La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : 12 and Holding de Michael Cuesta

12 and Holding de Michael Cuesta

(Film américain - Titre original : Twelve and holding - Genre : Drame - Année de production : 2005 - Sortie France : 20 septembre 2006 - Durée : 1h 34min.)

Comédiens :
Jacob Carges / Rudy Carges : Conor Donovan
Leonard Fisher : Jesse Camacho
Malee Chung : Zoe Weizenbaum
Gus Maitland : Jeremy Renner
Jim Carges : Linus Roache
Ashley Carges : Jayne Atkinson
Carla Chung : Annabella Sciorra
Grace Fisher : Marcia Debonis
Patrick Fisher : Tom McGowan
Kenny : Michael C. Fuchs
Jeff : Martin Campetta
Gilmore : Bruce Altman
Keith Gardner : Joseph Foster
Gabe Artunion : Adam LeFevre
M. Farmer : Mark Linn-Baker
...

Scénario : Anthony Cipriano
Directeur de la photographie : Romeo Tirone
Compositeur : Pierre Foldes
Musiques additionnelles (compositeur) : Death in Vegas
Monteurs : Eric Carlson, Kane Platt
Costumière : Marina Draghici
Chef décorateur : Lucio Seixas
Attachées de presse : Isabelle Duvoisin, Jérôme Jouneaux, Matthieu Rey
Directrice du casting : Judy Henderson
Producteurs : Brian Bell, Michael Cuesta, Jenny Schweitzer, Leslie Urdang
Producteurs exécutifs : Mike Downey, Michael Hoffman, Doug Mankoff, Michael Nozik, Amy Robinson, Andrew Spaulding, Frank Frattaroli
Distribution : Diaphana Films, France - IFC Films, U.S.A.

 

12 and holdingC'est le second long-métrage coup de poing de Michael Cuesta après Long Island Expressway (L.I.E.), sorti en France en 2003, qui explorait avec sensibilité le rapport fort et ambigu entre un homme de cinquante ans et un adolescent de quinze ans qui venait de perdre sa mère. Ici, c'est un garçon de douze ans qui perd son jumeau, frère préféré par leurs parents parce que lui n'avait pas cette vilaine tâche de naissance sur le visage (c'est le même acteur pour les deux frères, sublime Conor Donovan*). C'est une gamine de douze ans, Malee, qui vient d'avoir ses premières règles et pourrait comme elle dit "enfanter" mais qui manque surtout d'un père. Un père qu'une mère thérapeute, et supposée avoir tout compris de la vie, lui a ôté parce qu'il l'avait fait souffrir, elle. C'est Leonard, douze ans aussi, obèse, qui perd le sens du goût suite à la chute "accidentelle" qui fait le levier de ce film où tous les destins vont changer. C'est cet homme plus mûr, Gus, et sur lequel la petite Malee va jeter son dévolu alors qu'il est le patient de sa mère et traîne bien des bagages. C'est ce petit gamin noir que les parents de Jacob vont adopter, niant tenter de remplacer Rudy par cet acte si louable. C'est la longue liste des mensonges faits aux enfants parce que l'on sait bien à quel point il semble plus facile de nier... dans un premier temps. Mais les retours de bâton ne tardent pas à demander justice, et la justice a un prix. C'est ce que martèle ce film qui ne recule devant rien. Ni devant les caricatures d'Américains qui nous font craindre au début une sorte de critique facile de la société des hamburgers frites ketchup et manchons de poulet mayonnaise, sodas, milk shake et tout ce que l'on sait tout en préférant l'oublier. Ni devant les dérapages de jeunes livrés plus ou moins à eux-mêmes parce que les parents n'imaginent jamais assez que le pire est à leur porte. Et des portes il y en a beaucoup dans ce film : celle d'où l'on tombe, celle que l'on barricade, celle que l'on franchit sans autorisation... Ni devant les premiers émois qui ne sont que de la tendresse en somme, mais que les confrontations peuvent transformer en drames. Ni devant les pulsions de meurtre, ni devant les actes irréversibles, ni devant les larmes, ni devant les mains tendues. C'est parce qu'il s'agit là d'un portrait non pasteurisé des vrais vertiges intérieurs de ces époques où devenir adulte passe par le constat de ce que l'on a fait de vous. C'est parce que Michael Cuesta traite l'image avec le même vertige que celui qui hante ses personnages. C'est parce tous les acteurs sont à la hauteur de cette fresque trash, non dénuée d'humour, et terriblement réaliste en vérité parce qu'elle piège les êtres dans leurs contradictions. Ils voudraient aimer et ils tuent. C'est nous, nous les parents qui croyons mieux faire que les autres, nous les enfants qui cherchons éternellement à réparer, à ôter les masques qui ont pourri nos vies dans les longs corridors des forêts où nous nous sommes parfois perdus. Ce n'est pas un film sur la morale, c'est bien un film sur la justice, sur les coups rendus aux affronts, sur la tristesse, sur les ravages de la différence, sur le sens redonné aux événements, sur la passerelle fragile entre accident et massacre délibéré. A voir sans attendre.

* Conor Donovan, qui joue le double rôle de Rudy et de son frère jumeau Jacob, est un acteur qui fait son chemin puisque Martin Scorsese le dirige dans le rôle de Matt Damon adolescent, dans son nouveau film, The Departed, qui sortira fin novembre 2006 sur nos écrans.

Michel MARX

> Site officiel de 12 and holding

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