La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : King Kong de Peter Jackson

King Kong de Peter Jackson

(Film néo-zélandais, américain. Durée : 3h. Année de production : 2005, sortie France: 14 décembre 2005)

Avec Naomi Watts (Ann Darrow), Jack Black (Carl Denham), Adrien Brody (Jack Driscoll), Andy Serkis (King Kong / Lumpy), Thomas Kretschmann (le Capitaine Englehorn), Colin Hanks (Preston), Kyle Chandler (Bruce Baxter)...

Scénario : Peter Jackson, Fran Walsh, Philippa Boyens
Producteur : Peter Jackson
Productrice : Fran Walsh
Producteur : Jan Blenkin
Productrice : Carolynne Cunningham
D'après l'oeuvre de Merian C. Cooper, Edgar Wallace
Production : Universal Pictures, U.S.A. - WingNut Films, Nouvelle-Zélande

Compositeur : James Newton Howard
Directeur de la photographie : Andrew Lesnie
Costumier : Terry Ryan
Directeur artistique : Dan Hennah
Effets spéciaux : Richard Taylor
Chef décorateur : Grant Major
Animation et effets visuels : Richard Taylor
Chef monteur : Jamie Selkirk
Collaborateurs artistiques : Alan Lee, Gus Hunter

Distribution : Distribution Universal Pictures, U.S.A.
United International Pictures (UIP), France

King Kong de Peter Jackson New York, 1933, la crise met la population au plus bas, les gens font les poubelles, et en face de la soupe populaire quelques salles de spectacle tournent encore. La magnifique Ann Darrow, jeune comédienne pleine de courage, interprétée par Naomi Watts, voit les portes du théâtre où elle joue fermer ses portes et son seul soutien décider de retourner vers son Chicago natal. Contrainte de voler une pomme à un étalage, elle ne doit son salut qu'à la détermination du réalisateur Carl Denham en péril à sa manière car tous les producteurs de la ville le donnent pour fini et la police est à ses trousses parce que, vexé, il a dérobé la pellicule du film en cours. La jeune fille n'y voit que du feu car apprenant que le scénariste est un créateur qu'elle admire, Jack Driscoll, elle accepte de jouer dans cette histoire d'amour à Singapour. Mais le destin tourne autrement puisque c'est dans l’île mystérieuse de Skull que le bateau qui quitte le port un peu tôt avec l'équipe du film (Denham veut gagner du temps pour tourner et remonter la pente) va se retrouver coincé. Et l'équipage se retrouve aux prises (dans tous les sens du terme puisque jusqu'au bout Denham tentera de faire des prises pour accumuler les meilleures images possibles) avec les indigènes tout de même assez gratinés (mains sanguinaires et yeux révulsés), seul reproche direct que l'on peut faire au film : donner une image des peuples indigènes on ne peut plus grotesque et réductrice (de têtes en l'occurrence). Indigènes aux soubresauts orgasmiques dès qu'ils ont capturé Ann Darrow pour l'offrir en sacrifice au Dieu du lieu... vous aurez deviné, le grand, le fort, le sentimental (et c'est grâce à ce sentimentalisme que film il y a) King Kong. On serait presque tenté - après un démarrage à l'Américaine, bonne retranscription de l'époque, rythme enlevé, humanisme de bon ton - de se lever de son siège et de quitter la salle, tant la surenchère de péripéties nous est rapidement promise, dès que le bateau quitte New York et que la caricature menace. Et pourtant, pourtant, quelque chose nous retient, l'envie de superproduction peut-être - qui a ses charmes - mais surtout de nous laisser gagner par cette lecture à plusieurs niveaux d'une histoire où bien des mâles, jusqu'au singe, sont intéressés à leur manière par la belle actrice aux grand yeux. L'un parce qu'il voit en elle la naïve parfaite qui acceptera d'incarner son personnage quand il sait que New York ne veut plus de lui. L'autre parce qu'il est séduit par cette actrice entière et plutôt douée. Le troisième, parce que, pour une fois, quelqu'un l'amuse. Autour de cette silhouette "idéale" se nouent alors toutes les situations du monde : la lâcheté, le courage, la cupidité, l'amour impossible... et, si l'on supporte le crescendo sonore : fracas du bateau, hystérie des indigènes (que l'on s'étonne un peu de ne plus du tout revoir après ces premières scènes de violence inouïe), multiples assauts des habitants de la forêt : insectes, chauves-souris, et même (comme c'est curieux) dinosaures, sans oublier les rugissements si modulés de la bête, on se laisse séduire par ces multiples coups de chapeau à l'histoire du cinéma, on se met même peut-être à inventer des références qui n'y sont pas, on s'abandonne pour ainsi dire à cette immense énergie tourbillonnaire, à cette faim de spectacle qui se situe entre la reconstitution grandiose, l'hommage délirant mais brillant et le plus démesuré feu d'artifice d'effets spéciaux. Mais les enfants pleurent à la fin car le singe est un véritable héros incompris par les hommes, une fois encore. Tel Kevin Costner dans le dénouement pathétique de Un monde parfait, liquidé par la brutalité aveugle de nos "protecteurs", King Kong est la cible des pilotes aux yeux perçants. Des yeux que le cinéaste, sans aucun doute, condamne, comme il condamne l'arrivisme du réalisateur. Alors, avec une petite gêne quelque part comme on dit - qu'est-ce qui a changé depuis la version de 1933 si ce n'est les moyens techniques ? - on sort tout de même imbibé par un vrai spectacle, ce qui est, certains l'oublient parfois, et Peter Jackson le dit haut et fort, l'objectif premier du cinéma. Une main broie les bus et les autos, et sème la panique dans les rues d'une capitale (toujours un vrai plaisir de nous voir exploser si facilement comme si nous n'étions, ou parce que nous ne sommes, que des jouets), mais c'est par amour, un amour que les gestes ont chaque fois prouvé. Au final, le sacrifice est inversé et voilà que c'est un homme, un homme si fragile (en comparaison avec le monstre gentil mais que l'on imaginerait toutefois mal finir sa vie avec la poupée que représente pour lui le poids plume de Naomi Watts) et pourtant si téméraire (pour ceux qui ont vu le Pianiste de Polanski, beaucoup de moments nous le rappellent, tant Adrien Brody nous semble encore hanter les ruines de Varsovie alors qu' il hante ici celles de l'île mystérieuse où il semble tout autant surnager au-dessus et pourtant au coeur du drame, image surgissant parfois, dans les deux films, avec cet effet de surimpression qui lui donne valeur de conscience), qui récupère la belle... Tout rentre dans l'ordre, au prix d'un meurtre, et pour nous de quelques euros... qui valaient bien le déplacement, le mythe de la Belle et la Bête n'aura pas encore réussi à nous lasser. Il y a derrière tout cela quelque chose, on le sait, de si fondamental.

Michel MARX

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