La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Les enfants rouges de Santiago Amigorena

Les enfants rouges de Santiago Amigorena

Fiction dramatique française
Sortie : 22 janvier 2014
Durée : 1h20

Scénario et réalisation : Santiago Amigorena

Inerprètes : Irène Jacob, Baptiste Amigorena, Jonathan Borgel, Eric Caravaca, Annabelle Hettmann, Garance Mazureck, Christophe Loizillon, David Kajman, Jacob Granger, Esther Husson, Esther Huet.

Ingénieur du son : Nicolas Joly
Chef monteur : Sarah Turoche
Monteur son : Valérie Arlaud
Mixage : Dominique Gaborieau
Directeur de la photographie : Marco Graziaplena

Production : Les Films du rat
Agence de presse : Bossa Nova
Distributeur France (Sortie en salle) : Rezo Films

Les enfants rouges"Faut-il deux amours pour survivre au premier ?"... Une jeune femme a aimé un jeune homme et l'a quitté parce qu'elle se sentait étouffer peu à peu... Elle en rencontre d'autres, en choisit un pour essayer de nouveau de croire au conte de fée ou simplement à un possible. Pourra-t-elle ne pas se sentir de nouveau étouffée ? Cesse-t-on t'aimer ? Peut-on quitter parce que l'on aime ? Quitte-t-on parce que l'on croit être plus aimée que l'on aime ? Parce que les capitales semblent offrir tous les choix ? Peut-on aimer ? Pourquoi vouloir et ne pas vouloir ? Veut-on tous la même chose ? Est-ce que le sentiment d'abandon pousse à l'errance tout autant que le sentiment d'abandonner ?

La jeune femme qui rompt tente une nouvelle histoire mais se retrouve face à elle-même, le jeune homme quitté achète un pistolet et se sent un moment plus fort, mais il le retourne contre... quoi ? contre qui ?

Dans le défilement off et in de cette poésie du corps, la parole, le mot, le fil de l'errance, un vélo, un métro, des roues qui tournent, une chambre, un chat, la solitude d'une cigarette fumée sur les marches d'un escalier, le romantisme et la fascination pour l'interro-négatif et les spirales de la pensée, Santiago Amigorena l'écrivain publié chez POL, le scénariste de Cédric Klapisch, Santiago Amigorena l'Argentin qui vit en France a fait ce film sans argent, sans pression, avec des acteurs non payés, et, sans doute parce que hors circuit commercial traditionnel, même si le film est produit par son producteur et ami de toujours, avec ce respect du temps, du temps des choses, de leur mûrissement, de leur pourrissement et de la difficulté de leur perte parce que rien jamais ne s'arrête et que tout emplit et communique dans une sorte de brouhaha qui fait les vies, les morts, les culpabilités et les cibles, la nuit des bars, les ombres du sexe, et se donne dans ce noir et blanc d'un autre temps, au rythme de la saudade, ce film, ponctué entre autres par le chant de Barbara sur les vues des rives miroitantes de la Seine, est vraiment très beau.

Ce film, dont on doit le titre au Marché des Enfants Rouges à Paris, lieu mythique où s'entrelacent aujourd'hui les restaurants, autour duquel se joue l'histoire, s'impose comme une note de courage dans le fiasco et le trafic qu'est aujourd'hui un certain cinéma français et pas seulement français.

Enfin de la poésie, c'est tellement rare, tellement interdit, tellement codifié. Chez Santiago Amigorena l'hypnotiseur et les habitants de son univers feutré, que de la passion, de la culpabilité, du désir de retour et d'annulation du retour, de la plongée dans les contradictions à dénouer, des larmes et des rires décidés et francs qui déchirent la toile de trous, une bouche de la nostalgie qui part à droite, à gauche, en bas... un visage défait et merveilleux qui ne parvient jamais à éteindre la bougie parce que le coeur du pouvoir d'aimer est si difficile à toucher quand on est blessé, comme des enfants...

Les Enfants Rouges a d'abord été un hôpital fondé par Marguerite de Navarre, en 1533, dans le IIIème arrondissement, pour donner asile a des orphelins que l'on vêtit de drap rouge. Peut-être bien que Santiago Amigorena a choisi ce joli titre pour son film en noir et blanc à la Eustache parce que le rouge y est induit pour mourir à Paris et parce que les personnages qui s'y meuvent sont orphelins d'un rêve. Pas nous, qui sortons drapés pour l'hiver, comme après avoir tourné les pages d'un livre envoûtant, d'un album de photos mouvantes qui semblent aussi nous appartenir, d'une irradiation poétique et filmique, grisés comme après une déclaration (pas d'impôt mais d'amour!).

Michel MARX

Bande annonce

 

 

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