La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Offline de Peter Monsaert

Offline de Peter Monsaert

Long-métrage belge de fiction

Date de sortie France: 19 juin 2013
Durée : 1h 55min
Langues : Néerlandais, français.

Scénario : Peter Monsaert, Dominique Willaert, Tom Dupont

Réalisé par Peter Monsaert

Interprètes :
Anemone Valcke : Vicky
Wim Willaert : Rudy
Patricia Goemaere : Carine
Mourade Zeguendi : Rachid
Margriet Bruggeman : Denise
Robrecht Vanden Thoren : David
Souad Boukhatem : Naima
Katelijne Damen : Chantal
Peter Gorissen : Eigenaar wassalon
Liesa Naert : Sofie
Lukas Smolders : Bange chauffeur
Dominique Van Malder : Dikke Patrick

Musique originale : Triggerfinger
Film Editing by Alain Dessauvage

Production : Philippe Bertin

Makeup Department
Alexandra Kourline .... makeup department head
Saskia Verreycken .... prosthetic designer

Sound Department
Piet Baert .... boom operator
Céline Bernard .... foley artist
Raf Enkels .... sound mixer
Matthias Hillegeer .... sound editor
Henk Rabau .... boom operator
Pedro Van der Eecken .... sound re-recording mixer
Geert Vlegels .... foley recordist

Visual Effects by
Jos De Boevere .... digital compositor

Camera and Electrical Department
Gaetan De Poorter .... first assistant camera
Pieter Van Campe .... second assistant camera

Costume and Wardrobe Department
Valerie Le Roy .... costume supervisor

Editorial Department
Olivier Ogneux .... colorist

Music Department
Steve Willaert .... musician

Other crew
Wim Goossens .... location manager
Jana Mannaerts .... assistant location manager

Distributeur France (Sortie en salle) : Mica Films

Licorne d'Or - Meilleur film, Meilleur acteur, Meilleure actrice (Festival International du Film d'Amiens 2012 (édition n°32) Amiens, France )
Prix du scénario (Festival d'Aubagne 2012)
Le film a également remporté le prix Signis, attribué par l'organisation catholique internationale pour la communication, indique le Fonds audiovisuel flamand (VAF).

Offline

Un homme, Rudy Vandekerckhove, sort de prison. Il est interprété magistralement par l’acteur flamand Wim Willaert, révélé en 2004 dans "Que la mer monte" de Yolande Moreau (rôle de Dries pour lequel il avait reçu le Bayard d'or du meilleur acteur au Festival International du Film Francophone de Namur en 2004). Il a purgé 7 ans. Il n'est pas encore vieux mais il est loin d'être jeune. Il aime encore le rock (l'acteur lui-même, dans la vraie vie, joue dans le grand orchestre du Flat Earth Society). Il est encore beau. Mais qui est-il et qu'a-t-il fait ? Qu'est-ce que c'est qu'être un homme seul ?

Épaulé financièrement par Denise, coiffeuse à la retraite, et logé par son ami Rachid dont la femme est "assez" autoritaire et qui l'utilise occasionnellement comme baby-sitter, il tente de dégoter des réparations de machines à laver, ce qu'il sait faire, et de remonter une pente dont on ne peut rien révéler ici car le film est fait de découvertes, de plus en plus tristes peut-être, de plus en plus profondes sûrement, et c'est même son sujet : combien de temps faut-il maintenir les caches et jusqu'où un être peut résister au gouffre qui est son existence même ?

Que dire d'un film quand on ne veut pas trahir sa fabrication qui est de ne révéler que peu à peu, au spectateur et aux personnages, les espaces cachés derrière les cloisons que notre monde sur-virtualisé a installé cahin-caha ? que les villes ont érigé en destins liés à une image, parfois à une voix, fragiles et dépendants comme l'écrivait un auteur qu'il n'est peut-être pas très bon de citer, Drieu La Rochelle, dans "Le feu follet" (auteur qui n'a rien à voir avec ce film si ce n'est le sens de cette phrase et peut-être une fin tragique qui pend au nez des personnages de la première à la dernière seconde) : "Il suffit de si peu de choses pour qu'une philosophie remonte la rue au lieu de la descendre."

Et c'est bien à ce fil, et dans tous les sens du terme, que Rudy et Vicky sont suspendus. Rudy, personnage dont le silence, il le dira lui-même, est le dernier centimètre avant sa misère, Vicky, jouée par une actrice époustouflante (comme lui), née à Gand en 1990 et qui a fait ses études à la School of Arts de Gand. Son personnage, elle, tente de retrouver le chemin des études, et de laisser le reste, ce reste que Rudy a découvert... Une actrice d'une beauté et d'une puissance à se taper la tête dans un écran, dont c'est le premier rôle principal dans un long métrage, et d'une justesse à pleurer tellement elle incarne une demande, une demande de vérité que sa mère jugule. Parce que c'est aussi, et dans le mauvais rôle de la duperie maternelle, une interprète impeccable d'une femme à peine honteuse qu'incarne Patricia Goemaere dans Carine, murée dans ce qu'elle croit être son devoir quand ce n'est peut-être que sa vengeance (qu'on ne juge pas parce que le réalisateur à peine la juge, il reste, à travers le personnage de Rudy, dans la dignité extrême de ne pas condamner, même si par moments on voudrait crier à Rudy qu'il ne se soumette plus... et c'est le sens inouï de l'humanité de Peter Monsaert - on jurerait parfois avoir affaire à un documentaire). Tous sont emplis de cette humanité même quand ils tuent, au sens propre ou par répétition, par reflet, reflets qui sont peut-être les vrais vecteurs de cette histoire, quand on la regarde bien, quand on essaie d'en pousser les murs pour qu'une voie d'apaisement émerge.

Filmé avec une honnêteté et une intelligence qui coupent véritablement le souffle, mélange des langues et des accents comme une agglomération, celle de Gand qui n'en prend pas, qui plaque littéralement les personnages au sol (parfois de leur balcon rappelant certains instants magnifiques de "Babel" du Mexicain Alejandro González Inárritu), ces personnages que l'on voudrait sauver parce qu'ils crèvent tellement d'amours empêchées, que l'on cherche comme la caméra et que l'on trouve si souvent effondrés, ce premier long métrage est une pure merveille, un coup de poing, des corps et des regards, des yeux, des yeux tellement vrais qu'ils kidnappent les nôtres jusqu'à la fin abrupte et nécessaire, parce qu'ils ont quelque chose à régler entre eux, que l'on se sent alors remis nous-mêmes à la rue, à nos cités, émus jusqu'à la moelle mais que notre place n'est plus avec eux, parce que, personnages traqués dans leurs labyrinthes, ils nous obligent à la qualité suprême de ce cinéaste, la pudeur.

Michel MARX

Bande-annonce :

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