La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures, de Apichatpong Weerasethakul

Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures, de Apichatpong Weerasethakul


Titre original : Lung Boonmee Raluek Chat

Long-métrage français , britannique , espagnol , thaïlandais , allemand . Genre : Drame
Durée : 01h53min Année de production : 2010 - Sortie France : 1 septembre 2010

Écrit et réalisé par Apichatpong Weerasethakul
Avec Thanapat Saisaymar, Jenjira Pongpas, Sakda Kaewbuadee, plus

Production Illuminations Films

Distribution : Pyramide Distribution

Thanapat Saisaymar - Rôle : Boonmee
Jenjira Pongpas - Rôle : Jen
Sakda Kaewbuadee - Rôle : Tong
Natthakarn Aphaiwonk -Rôle : Huay
Geerasak Kulhong -Rôle : Boonsong
Kanokporn Thongaram -Rôle : Roong
Samud Kugasang -Rôle : Jaai
Wallapa Mongkolprasert -Rôle : La princesse
Sumit Suebsee -Rôle : Le soldat
Vien Pimdee -Rôle : Le fermier

Décoratrice Panithan Pisittakarn - Régisseur général Panithan Pisittakarn - Compositeur Koichi Shimizu Directeur de production Suchada Sirithanawuddhi - Directeur de la photographie Sayombhu Mukdeeprom - Chef décorateur Akekarat Homlaor- Ingénieur du son Akritchalerm Kalayanamitr - Monteur Lee Chatametikool - 1er assistant réalisateur Suchada Sirithanawuddhi - Directeur du casting Panjai Sirisuvan - Costumier Chatchai Chaiyon- Maquilleur Achawan Pupawan - Photographe de plateau Nontawat Numbenchapol- Directeur de la photographie Yukontorn Mingmongkon - Directeur de production Yaowalak Sae-Khow - Directeur du casting Sakda Kaewbuadee - Directeur de la photographie Jarin Pengpanitch

ONCLE BOONMEE

Palme d'Or du Festival de Cannes 2010... On l'a entendu dire : le président du festival, Tim Burton, a dû être ému par les singes aux yeux rouges... Et nous ?

Au-delà du plaisir de croire retrouver quelque chose de la beauté de La Planète des singes, voire même de la lucidité de 2001 l'odyssée de l'espace, ou bien encore de la fantasmagorie de certains films d'Alain Resnais - on se lasse - on se sent distant même, dubitatif - de ces singes qui représentent la bête que l'être lâché dans l'infini du temps, déjà ou en attente de réincarnation, est forcé, la première apparition du fils de l'oncle l'explique, d'arborer pour se protéger des autres bêtes sauvages affamées qui rôdent dans cet espace où les codes ne sont plus les nôtres... même si, nos codes, Apichatpong Weerasethakul finit par nous les montrer, nous les placarder, quand, après la mort de ce doux apiculteur - métier qui nous vaut des scènes magnifiques dans ces forêts vertigineuses où Boonmee, atteint d'une maladie rénale, a su faire régner sa vie durant une paix relative - sont faits aussi de rapports de force, de tensions politiques, de racismes entretenus, photos fixes d'enfants soldats aux sourires qui en disent long sur le nettoyage de leurs cerveaux, sur l'écrasement de leurs consciences, sur ce qui nous pend au nez, et déchire aujourd'hui la Thaïlande, faisant de ces images aux immobilités soudaines et interrogatives futuristes des constats flagrants d'un présent fatidique.

D'ailleurs le propos de ce récit - parce qu'il y a un récit même si par moments toute cohérence semble échapper, de par la liberté de penser de l'auteur, sorte d'inspiration flottante comme flotte le corps d'une énigmatique princesse, malade aussi, d'une autre maladie qu'Oncle Boonmee mais qui en est peut-être la représentation enchantée et torturée, à moins comme l'ont dit certains qu'Oncle Boonmee soit davantage le poisson qui sous l'eau secrète la fait jouir quand elle s'est elle-même débarrassée des richesses de sa vie sur terre - le propos de ce récit est donc que nous appartenons à une chaîne de liens affectifs et qu'il n'est pas impossible que les esprits nous visitent lorsque notre heure est venue d'en devenir nous-mêmes, pour nous tendre la main dans le passage vers l'autre monde (bien sûr longtemps après le film nous reste cette valeur poétique pour ne pas dire, ce qui est une évidence, mystique).

Mais il est aussi possible, la longue scène finale le transcrit par un trucage un peu facile mais plaisant (toutes les scènes sont longues et c'est finalement ce que l'on pourrait reprocher à l'auteur, juger même comme une certaine suffisance, de nous prendre en otage dans ces interminables déambulations au coeur des méandres que forment les espaces sidéraux de nos karmas errants sous les voûtes de grottes mêlant les temps de nos vies dans une humidité des origines...) que lorsque nous partions nous restions, que notre mort ne soit qu'un glissement qui n'efface rien.

Si ce film est très loin d'être vide - il y a même dans cette confrontation entre la splendide puissance méditative des lieux et le chaos du récit, qui semble lui-même se perde et se chercher, une force communicative - il nous pèse par son excès de confiance en lui, d'économie finalement de contenant. Quand la femme demande, revenante diaphane et figée, mais douce et aidante, des excuses à son époux, on aimerait par exemple, un tant soit peu, savoir de quelle faute elle s'accuse (même si on peut deviner par cette absence d'éléments que le message est que toutes les fautes et tous les pardons se ressemblent d'une famille l'autre). Sans exiger de ce film qu'il utilise donc les principes de la dramaturgie occidentale - avec souvent ses abus d'explicatif - on a tout de même comme envie de résister au charme étiré de cette construction très personnelle mêlant sens et aléatoire, magie et pacotille, envolées mystiques et trucages de bande dessinée. Les yeux rouges errant dans la nuit, peut-être, nous faisant vaguement hésiter entre fascination et distance.

Michel MARX

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