La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Perpetua 664 de Claudia Neubern

Perpetua 664 de Claudia Neubern

Documentaire réalisé par Claudia Neubern

Date de production : 1999
Date de sortie salle :19 juin 2013 (1h 15min)

Image : Kirsten Johnson - Son : Etienne Chambolle - Montage : Waldir Xavier
- Assistantes à la réalisation : Ana Gilioli et Joana Benetton Junqueira - Montage son : Eric Boisteau - Musique Originale : Théo Akola - Mixage : Stéphane Thiébaut - Assistantes au montage : Agnès Houet et Marion Chanon - Conformation : Laurent Lavergne - Etalonnage : Antoine Héberlé et Richard Deusy - Banc-titre : Françoise Souchet - Enregistrement voix : Olivier Audivert - Traduction - Stéphane Malysse - Adaptation et sous-titrage Fabian et Jean-Marie Remy - Production exécutive pour le tournage au Brésil : Etienne Chambolle -
Directeur de Production : Matthieu de Laborde - Production : Viviane Aquilli -

Une coproduction ISKRA PRODUCTIONS 108
ISKRA : Inger Servolin - Marie-Christine Lespannier
PRODUCTIONS 108 : Olivier Landau, Jean-Sébastien Chauvin, Marie-Amélie de Loisy
Lumières : Alexandre Boechat, Planeta Film - Montage virtuel : PRODUCTIONS 108 - Banc-titre, Enregistrement voix, Conformation : DURAN - Télécinéma Super 8 : PEV - Etalonnage : DIGIMAGES - Sous-titrage : CMC - Générique : VIDEO DE POCHE -
Mixage musique originale : LES STUDIOS DE LA SEINE - Mixage : JACKSON
Musique : "OUCA" ( Maysa ) Utilisation autorisée par Comercial Fonografica RGE. Ltda Ricordi/Bmg Music Publishing Brazil Ltda. Avec l¹aimable autorisation de BMG Music Vision -
Extraits des films : "Fênix" de Silvio Da-rin, "Todas as mulheres do mundo" de Domingos Oliveira

Perpetua 664Claudia Neubern vit à Paris parce qu'elle a coupé les liens avec son père, sa belle-mère et sa demi-soeur depuis l'âge de vingt ans. Elle devient assistante réalisatrice puis scripte. Perpetua 664 est son premier long métrage documentaire.

Lorqu'elle a vingt-cinq ans, son oncle maternel lui envoie un bobineau de son sur lequel elle trouve l’enregistrement de la cérémonie de mariage de ses parents. Pour la première fois, elle entend la voix de sa mère, morte alors qu'elle n'avait qu'un an. Sa mère, elle, en avait trente.

Il y aura deux voyages. Le premier, munie d'une caméra, pour retrouver dans les témoignages de ceux qui l'ont connue, la mémoire de sa mère. La mémoire d'un sourire, d'une aura, d'une façon, malgré la maladie, et de par la maladie (le coeur), de rendre belle la vie.

Son père lui dit qu'elle était très joyeuse mais qu'il a toujours été renfermé, que ce qu'il a à lui dire, il lui écrira. Claudia se heurte à ce silence, essaie de le rompre mais l'homme demeure mutique et l'entourage, la famille et les proches, sera à demi-mutique. Pourquoi ? Aucun destin extraordinaire (c'est toute la beauté du film) ne se cache derrière cette disparition. La mère n'était pas militante, la mère n'était pas narcotrafiquante, la mère n'était pas politicienne, la mère était institutrice et belle et c'est cette femme que Claudia, en toute légitimité, voudrait comprendre. Qu'est-ce qu'a été cette dépression dont on ne lui a jamais rien dit ? quelle a été cette émotivité, cette présence qui fait pleurer celles qui l'évoquent et l'ont admirée, enviée parfois, on le devine ?

Ce qu'elle traverse, et nous transmet, avec un art du montage exceptionnel, c'est ce qu'elle appelle elle-même un champ de bataille intérieur; c'est comment, sans rien savoir de sa mère, elle a grandi reliée à elle, à sa force, à sa grâce, à cette sensibilité que le film dessine par petites touches comme une image qui se recompose, et plus encore qu'un hommage un constat : le destin de cette mère c'est celui de toutes les femmes, et leur mystère.

C'est un regard sur la perte, sur la mémoire si délicate à recomposer parce qu'il s'agissait d'un autre temps et aussi d'une autre époque, où l'amour était plus romantique. Et c'est le nouveau côtoiement, alors qu'elle est désormais adulte, avec ce père, homme simple et déchiré qui n'a pas été accompagné parce qu'en ces temps encore, on ne travaillait pas sur soi. Surtout quand la nature et son histoire sans doute l'avait déjà fait ce qu'il est : quelqu'un qui, avec cette maigreur et ce tremblement imperceptible de la mâchoire, préfère regarder le ciel pour savoir si la journée sera limpide plutôt que d'éclairer le passé que sa fille vient réclamer frontalement, dressée devant ce qu'elle découvre être pour elle sa part d'essentiel.

Le tournage dure un mois et demi (à force de moitiés peut-on devenir entière?), avec une petite équipe, à sillonner l'État de Sao Paulo où demeure encore la famille de sa mère. Puis il y aura un second voyage, avec une caméra super 8 pour plus qu'un complément, d'autres vues, silencieuses cette fois, et encore plus poignantes.

On sort de ce film totalement bouleversé parce que ce n'est pas un travail intellectuel même si c'est purement et magnifiquement la remontée de l'inconscient qui perpétue, comme les marches d'un escalier, parfois droit, parfois en spirale, toujours dressé au-dessus d'un vide, c'est un travail du coeur, justement... Un vide qui fait que lorsque Claudia termine son film elle se rend compte qu'elle a atteint trente ans, l'âge où sa mère...

Et puis la réalisatrice rencontre Théo Hakola qui lui fait écouter une de ses musiques inédites. Elle est remixée, Claudia Neubern explique que Théo Hakola a eu l'intuition juste. Et tout ce film est dans ce mot : l'intuition.
Elle ajoute une chanson de Maysa, compositrice brésilienne vedette des années 60... et le pont est définitivement dessiné avec cette génération d'une maman disparue dont il reste des photos, des bouts de films, une voix. Alors sur une absence, une voie s'ouvre : celle du pardon, de la gratitude et de l'acceptation pathétique et merveilleuse qu'il n'y a pas de vérité absolue.

Michel MARX

Bande-annonce :


perpetua 664_BA par Iskrafilms

Site officiel : www.k-films.fr/distribution/films/perpetua.html



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