La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Selkirk, le véritable Robinson Crusoé de Walter Tournier

Selkirk, le véritable Robinson Crusoé de Walter Tournier

Titre original : Selkirk, el verdadero Robinson Crusoe
Date de sortie France : 9 janvier 2013
Durée du film : 1 h 15

Film uruguayen, argentin, chilien

Réalisateur : Walter Tournier
Directrice artistique : Lala Severi
Design personnages : “Tunda” Prada
Responsable de fabrication : Martín De Rossa
Responsable des modèles : Javier Tournier
Chefs opérateurs : Santiago Epstein, Diego
Animation stop motion : Juan Andrés Fontán
Producteur : Esteban Schroeder
Directeur de production : Mario Jacob
Distributeur : KMBO

Selkirk

Walter Tournier, réalisateur uruguayen, fonde le studio d’animation "Tournier Animation" en 1998 et obtient un grand nombre de récompenses. Il est reconnu internationalement dans la technique d’animation en stop motion, sa passion (le stop motion recrée le mouvement image par image, seconde par seconde, grâce à une caméra qui prend une image à la fois).
Selkirk, le véritable Robinson Crusoé
, fabriqué donc en stop motion (à Montevideo, sans jeu de mots!) mais aussi en 3D pour les paysages, les fonds et les effets spéciaux (réalisés par Cinemadores à Santiago du Chili), le storyboard, l'enregistrement des voix, le montage, les effets sonores et visuels eux ont été conçus à Buenos Aires, sous la direction de la compagnie Maíz Producciones, est son premier long-métrage en tant que réalisateur et il faut saluer cette heureuse sortie sur nos écrans (coup de chapeau au distributeur), huit ans de recherche de fonds (coup de chapeau au producteur), trois années de fabrication, une équipe absorbée par le travail titanesque que représente cette aventure, puisque dans tous les sens il s'agit bien d'aventure (c'est également le premier long métrage d’animation tourné en Uruguay... petit pays peut-être, grand film sûrement).

Et si le bateau - un bateau à faire palpiter nos coeurs d'enfants - qui vogue et se heurte au Cap Horn, a un nom prédestiné "L'Espérance", comme Walter Tournier, on ne peut éviter de le remarquer, a aussi un nom prédestiné si l'on pense aux limbes du Pacifique (dans le roman du Français Michel Tournier, sorti en 1967, "Spéranza" était le nom que Robinson donne à son île où c'était la rencontre avec le personnage de Vendredi qui opérait la métamorphose de Robinson), le spectateur reçoit ici (sans Vendredi puisque c'est au contact des animaux que Selkirk, grâce à son sens de la méthode - même s'il passe par quelques déconvenues assurant sa force comique au film - se forge une morale et un sens de la survie une fois abandonné sur l'île par le méchant Capitaine Bullock, qui vont vers la construction d'un havre de paix) pendant 1h15 - format qui semble idéal pour ce spectacle - un régal de pureté, de magie, de rêve, sans imaginer, comme lorsque l'on écoute un grand pianiste, la somme de travail qu'il a fallu pour atteindre à cette fluidité enchantée.

Car il s'agit bien d'un enchantement, et si ce film s'adresse aux enfants, ce n'est pas un cliché de dire que les adultes y trouveront leur compte. Passant un message philosophique clair - l'argent n'est pas la clé de la sérénité - en une période où la crise fait tourner bien des têtes (et des langues) Selkirk, le véritable Robinson Crusoé s'ancre, c'est le cas de le dire, dans une morale aucunement naïve, puisque si ce n'est plus dans l'accumulation du capital mais dans la méthode et l'ingéniosité, et, au passage, le respect de la nature en choisissant une cueillette et un ramassage des oeufs de tortues raisonnés, que grandit Selkirk, se forgeant une nouvelle "grille" de valeurs - chasser l'ancien pour recevoir le nouveau - il y a bien du zen dans cette quasi institution qu'est Robinson qui a touché des siècles de lecteurs et offre aujourd'hui, après des fêtes où les raisonnements sur le consumérisme n'auront sûrement pas manqué de faire brouhaha, un film d'animation intelligent et d'une beauté visuelle qui transporte loin.

Construit en trois parties - la vie tumultueuse et pittoresque des grands ports du XVII ème siècle - la traversée où l'entêtement du Capitaine Bullock vire à la folie (regard sur les marins entre eux non dénué d'une critique élégante puisque si les combats - n'oublions pas que ce sont des pirates - sont quotidiens, jamais le film n'est sanglant avec complaisance, criard ou hystérique) - et donc enfin la vie "exotique" sur l'île en solitaire où Selkirk se heurte puis s'adapte aux éléments naturels - le film pas une adaptation du roman de Daniel Defoe, mais de la vie du marin écossais Alexander Selkirk (1679-1721) dont s'était inspiré lui-même Defoe pour son Robinson publié en 1719.
On ne raconte pas la fin mais elle porte aussi, et là encore avec tact mais assurance, une leçon contre la cupidité.

Dans une période où le public semble bien avoir besoin d'histoires sur le rapport à la nature mais aussi sur des personnages qui coupent les ponts, soit par choix, soit parce qu'un accident les projette dans un ailleurs qu'il doivent apprivoiser pour ne pas se perdre, Selkirk, le véritable Robinson Crusoé a le mérite de montrer que l'exil peut être aussi une délivrance. Prouesse technique donc - on voudrait rapporter avec nous les maquettes de cette embarcation de bois qui craque dans la tempête, toutes voiles dehors, et ces marionnettes dont les expressions si humaines nous touchent - mais aussi puissance et plénitude de ce récit plus que charmant, dont la musique est riche (émerveillement c'est vrai aussi au fil de la bande sonore et de ces chants de marins malins aux rythmes modernisés). Et ce que nous dit Selkirk que l'on a tant envie d'appeler Robinson, d'où le titre de ce film à ne pas manquer, c'est que l'enfance - et c'est peut-être pour cela que Walter Tournier a choisi, pour outil à l'accomplissement de ses rêves, le stop motion - c'est peut-être arrêter le temps.

Michel MARX

Bande-annonce :


Selkirk, le véritable Robinson Crusoé -... par Mister3ZE 



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