La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : A l'origine de Xavier Giannoli

A l'origine de Xavier Giannoli

Drame français - Année de production : 2008 - Date de sortie France : 11 novembre 2009
Durée : 2h10 min

Scénario et dialogue : Xavier Giannoli

Interprètes :
François Cluzet : Philippe Miller
Emmanuelle Devos : Stéphane
Gérard Depardieu : Abel
Stéphanie Sokolinski : Monika
Vincent Rottiers : Nicolas
Brice Fournier : Louis
Patrick Descamps : Le chef de chantier
Thierry Godard : Le banquier
Brice Fournier : Louis

Equipe technique
Chef décorateur Francois-Renaud Labarthe
Monteuse Célia Lafite-Dupont
Décorateur David Edouard
Créatrice de costumes Nathalie Benros
2ème assistant réalisateur Julien Petit
2ème assistant réalisateur Serge Musy
Ingénieur du son François Musy
Assistante monteuse Katia Potok
Assistante monteuse Agnès Gaudet
Directeur de la photographie Glynn Speeckaert
Compositeur Cliff Martinez
Ingénieur du son Gabriel Hafner
Ingénieur du son Renaud Musy
1er assistant réalisateur Arnaud Esterez
Directeur de production Médéric Bourlat
Directrice de post-production Mélanie Karlin
Décorateur Francois-Renaud Labarthe
Compositeur Cliff Martinez
Ingénieur du son François Musy
Ingénieur du son Gabriel Hafner

Distributeur France : EuropaCorp Distribution
Producteur : Pierre-Ange Le Pogam
Producteur : Edouard Weil
Coordinatrice de production : Sandie Cabrol
Régisseur : Grégory Valais
Activités sociétés
Production Europa Corp.
Production Rectangle Productions
Production Studio 37
Coproduction France 3 Cinéma

Attachés de presse : Olivier Guigues, Myriam Bruguière et Thomas Percy

A l'origine

Dans un paysage cinématographique où il est si souvent question de descente aux enfers, la tentation du bien est tout de même un sujet de valeur.

La valeur des sentiments, Xavier Giannoli en avait intelligemment dessiné la mélodie il y a trois ans dans le très beau Quand j'étais chanteur où Gérard Depardieu était déjà son interprète. Ici on retrouve celui-ci grossi, encore plus en-dehors du monde, de plus en plus un symbole vivant. Mais dans un rôle moins important, même s'il a son importance dans l'histoire en lui donnant son dernier tour d'écrou, car le protagoniste de A l'origine est François Cluzet, excellent dans ce rôle d'idéaliste pour qui l'économie de mots est à la fois reflet d'une difficulté à communiquer et levier d'une histoire incroyable que sa détermination pleine de terreur intérieure rend possible.

2H10 à ne pas y croire (la version d'origine (!) faisait 25 minutes de plus) mais, tout comme les personnages tous extrêmement bien traités et interprétés dans leurs ambivalences, à vouloir y croire tant l'attitude de Philippe Miller, un nom passe-partout qu'il a choisi comme il a choisi de passer partout, est au fond celle du modèle humain que nous côtoyons aujourd'hui, partout, en nous-mêmes peut-être également, rouage d'un système qui se nourrit de sa propre sève, voire de son propre vide. Humains qui, pris entre la peur de l'inactivité et l'habitude du flou, se laissent porter et jouent la fonction que l'occasion leur permet de rejouer à plein, le corps en avant, qui chef de chantier s'accomodant d'un patron peu amène mais qui amène le travail, qui petit délinquant mendiant un stage tout en gardant l'oeil et le geste fiers, qui Madame la Maire, que Philippe identifie tout de suite comme une femme seule, et qui s'attache à lui.

Escroc, Philippe Miller l'est peut-être, même s'il ne fait pas "ça" pour l'argent... L'argent il le touche, le repasse au fer comme on protège une icône, pour que tout soit propre et irréprochable, pour que les marques sur lesquelles le monde se met en branle - à coups de pelleteuses et de dessous de table - aient le plus présentable visage.

Errant moderne qui répond le moins possible aux questions, Philippe Miller trouve sur son chemin de croix un chantier d'autoroute abandonné, arrêté depuis des années par des écologistes qui voulaient sauver une colonie de scarabées. L'arrêt des travaux avait constitué une catastrophe économique pour les habitants de cette région, devenus méfiants mais nécessiteux. Philippe y entrevoit comme une mission pour lui, et une rédemption "montable" pour ce village fossilisé où la jeunesse patauge dans les larcins et les petits jobs, où les entreprises respirent au ralenti, où les coeurs sont tièdes...

Images profondes et grandioses d'une crise, d'une transformation portée par la croyance, d'un engrenage huilé par le silence et par le désir rentré qu'une folie réanime, métaphore de ce qu'est aussi l'aventure d'un film, entreprise hissée par le fantasme d'un individu qui voit avant les autres et fait ployer les banques pour que son rêve s'anime, que les machines tournent, que les lumières éclairent son monument magique... avec tous les risques.

Et ce qui est extraordinaire dans ce portrait tiré d'une histoire vraie, c'est que ce n'est pas celui d'un falsificateur étrange qui abuserait des autres, c'est celui d'un manipulateur qui agit au service des autres, pour que les sourires éteints se tracent à nouveau, comme des routes, et que les bouchons de champagne sautent là où aucun bouchon jamais ne se formera parce que là où la loi du plus fort guette, point de salut.

Michel MARX

 

Site officiel du film : http://www.alorigine-lefilm.com/



 

 

 

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