La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : A Serious Man des frères Coen / Gainsbourg (vie héroïque) de Joan Sfar

A Serious Man / Gainsbourg (vie héroïque)

 

A Serious Man


Gopnik et Ginzburg

Sous ce titre d'article à la Beckett, il y a deux beaux rêves de cinéastes. Les frères Coen présentent dans A Serious Man le destin de Larry Gopnik, personnification de l'homme médiocre, de l'homme du souterrain comme disait Dostoïevski.

Et donc de l'homme tout court. Confronté à tous les ennuis dans son Minnesota ringard des années cinquante, il cherche un sens, mollement, il cherche une réponse que personne ne lui donne. Sa femme le largue pour un crétin, ses enfants n'ont aucun charme, rien ne va dans sa vie et tout ce vide donne un film drôle, palpitant, où le spectateur rit sans cesse des malheurs de son semblable de celluloïd. Les frères Coen sont de grands cinéastes comiques, leur sens de l'humour est la colonne vertébrale de leurs films. Comme tous les grands comiques, ce sont les plus sérieux des hommes, car, comme ils l'ont déclaré, le pauvre Larry Gopnik n'est pas très loin de notre ancêtre Job.

POUR :

GainsbourgJoann Sfar, lui, fait bénéficier son Gainsbourg (vie héroïque) de toute l'inspiration de la bande dessinée. La liberté de ton, la souplesse de l'imagination des auteurs de bande dessinée inspirent très souvent de grandes audaces aux cinéastes. En soumettant à cette fantaisie la vie du grand Gainsbourg, Sfar réalise un film plein de grâce, très fidèle à l'esprit de l'auteur de Comic Strip.

Le parti pris étant bien de faire de Gainsbourg un héros, le contraire justement de l'homme du souterrain, un homme à qui, malgré les souffrances et les vicissitudes, tout réussit. Il a mal, il se trompe et s'effraie, mais il vit l'amour, la musique, le goût de la beauté et Sfar, en s'autorisant toutes les libertés formelles et narratives ne trahit jamais son modèle.

Dans cette très belle galerie de portraits (Fréhel, Gréco, Vian, Brassens, Bardot, Birkin), il accorde une émotion particulière au beau couple des parents Ginzburg, auquel Serge/Lucien accorda toujours une importance primordiale.

René MARX

CONTRE :

Gainsbourg (vie héroïque), film que l'on pourrait dire machiste (est-ce le biais risqué sur lequel il fallait orienter cette fable ?), les femmes n'existant que pour leurs corps (dont on est privé de manière cliché par des draps blancs qui toujours les recouvrent) alors qu'il semble que ces femmes aient eu de belles carrières que le film aurait pu effleurer davantage que leurs jolies formes.


Le jeu de l'acteur, qui ne se limite pas à remuer ses doigts, quoique... est très répétitif dans des scènes qui n'arrivent pas à prendre leur rythme (découpage trop ronronnant) parce qu'il s'agit toujours (presque) de tête-à-tête où Gainsbourg sort gagnant (sauf sur la fin où sa déroute en quelque sorte est représentée).


A part Casta qui est douce en Bardot et juste, les autres sont des caricatures (alors on dira que c'est volontaire) et ce double animé ne met pas bien à l'aise pour de nombreuses raisons qu'une critique de quelques lignes ne détaillera pas, car là encore on sait comment une telle idée de représentation pourrait être aussi défendue par certains. Pour sauver l'effet on pourra dire que c'est du troisième degré et que c'est troublant, osé (même si l'image d'une conscience en personnage animé n'est pas une nouveauté) et donc intéressant mais je crois que l'imaginaire de Sfar un peu lâché (là encore c'est à double tranchant) a eu les yeux plus gros que le ventre. Il a voulu brasser toute une vie et a donc fait comme avec les chansons, une imitation presque trop fidèle mais seulement sur le principe des amorces (amorces de si jolies chansons que bien sûr on est heureux de les entendre de nouveau - à peine déformées par cette voix très étudiée, mesurée, économisée, mais offerte avec amour, de cela on ne doute pas - amorces des vraies questions artistiques que posa Gainsbourg mais sans que le film ne les résolve tout à fait... mais là encore diront certains : "Était-ce possible en deux heures et quelques "longues" minutes?").


On peut donc se laisser séduire et y glisser soi-même ce que les amorces permettent, si on a vécu l'époque du personnage réel, mais je pense que pour la nouvelle génération c'est juste un mélange de genres insolite et musical, l'histoire d'un mec moche (pas tant que cela d'ailleurs) qui séduit toutes les "bombes" possibles pour faire plaisir à son père. Gainsbourg fut autre chose, Sfar aurait pu aller chercher par-là davantage (même si, par instants, il y va, nous laissant penser que la pâte va prendre... mais la laissant retomber comme un élan trop difficile à transformer). A-t-il été mangé par son sujet ?

Michel MARX

Trailers :


Serious Man : Bande-Annonce / Trailer (VOSTFR/HD)


GAINSBOURG VIE HÉROÏQUE - BANDE-ANNONCE HD (le film)

 

 

 



 

 

 

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