La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Adieu de Arnaud des Pallières

Adieu de Arnaud DES PALLIERES

AdieuLe réalisateur d’Adieu, Arnaud des Pallières dit que le cinéma a cet avantage qu’il permet de raconter plusieurs histoires en même temps. C’est effectivement ce qu’il paraît faire ici. D’une part une famille de riches éleveurs du centre de la France bouleversée par la mort de l’un d’entre eux, un jeune homme. Et d’autre part un Algérien qui fuit son pays et que la France refuse d’accepter sur son sol. D’un côté le “malheur des riches”, marqué par la souffrance du deuil, les questions métaphysiques, les interrogations sur les desseins de Dieu et sur son existence même, et de l’autre un homme “simplement” frappé par l’histoire, l’injustice politique, la cruauté d’un monde clivé et sans solidarité. Le cinéaste fait se rencontrer ces deux histoires pendant quelques secondes au cours du film, mais, s’ils sont du même temps et du même lieu, ces deux mondes souffrent loin l’un de l’autre, sans se voir. Le film est bien précisément daté de la France, ici, et de 2004, maintenant, même si on y retrouve longuement le petit prophète Jonas, l’Ismaël de Herman Melville et un curé digne de Bernanos. C’est l'habileté et la profondeur du projet de des Pallières de parvenir à faire cohabiter toutes ces histoires en en faisant une seule en réalité. Il parvient même, dans toutes cette gravité, à inventer une ou deux scènes du plus haut comique. En réunissant des comédiens célèbres (Michaël Lonsdale, Aurore Clément, Olivier Gourmet, Laurent Lucas) et des acteurs moins connus mais tout aussi admirables (Mohamed Rouabhi, Thierry Bosc, Axel Bogousslavky) des Pallières signe un film important et qui bouscule à la fois la philosophie, le cinéma, la politique.

René MARX (article publié en septembre 2004 dans Fenêtres sur Cour)

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