La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Ajami de Scandar Copti et Yaron Shani

Ajami de Scandar Copti et Yaron Shani

Long-métrage israélien . Genre : Drame
Durée : 01h58min - Année de production : 2009 - Sortie France : 7 avril 2010

Scénario et réalisation : Scandar Copti et Yaron Shani
Interprètes :
Shakir Kabaha : Omar
Ibrahim Frege : Malek
Fouad Habash : Nasri
Youssef Sahwani : Abu Elias
Ranin Karim : Hadir
Eran Naim : Dando
Scandar Copti : Binj
Elias Sabah : Shata
Hilal Kabob : Anan
Tami Yerushalmi : Mère de Dando
Moshe Yerushalmi : Père de Dando
Sigal Harel : Soeur de Dando
Abu-George Shibli : Sido

Equipe technique
Ingénieur du son : Kai Tebbel
Monteur son : Kai Tebbel
Mixage : Matthias Schwab
Directeur artistique : Yoav Sinai
Monteur : Burkhard Althoff
Monteuse: Doris Hepp
Monteur : Scandar Copti
Monteur : Yaron Shani
Directeur de la photographie : Boaz Yehonatan Yacov
Compositeur : Rabiah Buchari

Production : Inosan Productions
Coproduction : ZDF/Arte
Distributeur France Ad Vitam
Attachés de presse : François Hassan Guerrar et Bérengère Maisons

L’Académie du film Israélien lui a décerné 5 Ophirs (équivalent des oscars en Israël) dont le prix du meilleur film, du meilleur réalisateur et du meilleur scénario.
Prix du meilleur film au festival international du film de Jérusalem.
Meilleur premier film au festival du film de Londres.
Meilleur film au festival de Montpellier.
Mention spéciale de la Caméra d'or à Cannes.

Ajami

Ajami est un quartier de Jaffa, en Israël, où cohabitent Juifs, Musulmans et Chrétiens.

Yaffa signifie en hébreu « belle ». Alors "Belle la vie ?", pas tout à fait. L'hébreu, et l'arabe majoritairement, sont les deux langues qui dans une alternance qui pourrait aussi s'appeler de l'ambivalence (Je te hais, tu m'attires, nous vivons côte à côte et qu'en faire?) nous emmènent, en quatre chapitres, comme un carré dramatique sur trois religions (les Chrétiens sont aussi représentés avec tout autant de contradictions, la même "Je voudrais t'approcher et je te tue"), dans un labyrinthe biblique - non ce drame ne pourrait se dérouler de la même manière ailleurs - car c'est bien Israël le sujet du film - où la fraternité, l'amour et la violence sont condamnés à du court terme - la vie ne vaut pas chère même si c'est l'argent qui, malgré le dénuement des lieux, mène les hommes.

L'oncle de Nasri - Nasri est un gamin de 13 ans qui, autre élément biblique, a des visions, tel Joseph rejeté par ses frères, et de son grand frère Omar, un jeune plein d'amour et de frustrations - a été tué par un groupe de caïds qui voulaient venger l'un des leurs tué par cet oncle qui avait simplement tenté de protéger son restaurant. L'affaire tourne aux réglements de compte en chaîne, commençant par une bavure, à un jugement secret qui évalue l'arrêt du sang en dette financière si importante pour la famille qu'il va falloir qu'elle paie en travail le prix d'une protection. Mais ce travail suffira-t-il ? Parallèlement, Malek, un jeune réfugié palestinien, besogne illégalement en Israël pour financer l'opération que sa mère doit subir. Mais ce travail suffira-t-il ? A quelques pas, Binj, Palestinien qui aime la musique, la vie, le bon temps avec les amis (joué si finement par le réalisateur Scandar Copti), envisage d'officialiser son amour pour une jeune femme qui n'est pas de sa confession. Dans la même zone, Dando, un policier juif aussi brutal qu'attachant recherche les traces de son jeune frère disparu...

Tel un film d'Inárritu, ce récit choral est le tracé d'une partition où jamais n'arrive exactement ce que l'on pouvait imaginer avec les données lancées par les dialogues, parce que les clés sont toujours au-delà du simple aperçu, parce que les clés sont aussi l'envers d'une marche organisée où, en quelque sorte, le hasard brouille suffisamment les cartes pour que la machination semble à la fois circonstancielle et ontologique.

Ce qui émeut, et plie le spectateur dans une souffrance contagieuse, dans ce film qui a demandé dix mois de préparation avec des acteurs non professionnels qui n'ont jamais eu le scénario en main, et un an de montage - sept ans de travail au total - c'est comment l'interprétation, excellente comme l'est de toute évidence la mise en scène que l'on doit à l'alliance artistique entre deux Israéliens dont l'un est Palestinien, l'autre Juif, (premier long-métrage pour chacun des deux) donne à la structure complexe du récit une spontanéité époustouflante. C'est comment les simples gestes de la vie, une main frôlée, une gamine lavée par son père dans une baignoire, croisent l'horreur qui pèse à chaque instant. C'est comment le destin assigne chacun à une perte.

Ajami est un grand film, sur une grande Histoire, un regard intègre et puissant sur le secteur abyssal où l'acidité des célèbres agrumes s'infiltre comme un compte à rebours, avec pour seul filtre le choc des croisements impossibles et pourtant représentés ici, avec la grâce de deux talents qui en font émerger tant que le générique de fin est à lui seul une oeuvre d'art et un message : "Ouvrez les yeux!".

Michel MARX

 

 



 

 

 

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