La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Algérie, histoires à ne pas dire...de Jean-Pierre Lledo

Algérie, histoires à ne pas dire...de Jean-Pierre Lledo

Documentaire algérien, français - Année de production : 2007- Date de sortie : 27 Février 2008 - Durée : 2h 40min.

Réalisation et scénario : Jean-Pierre Lledo

Acteurs
l'habitant de Skikda : Aziz Mouats
l'habitante d'Alger : Katiba Hocine
l'habitant de Constantine : Hamid Bouhrour
l'habitant d'Oran : Kheïreddine Lardjam

Directeur de la photographie : Othmane Abbane
Interprète (chanson du film) : Hayet Ayad
Monteur : Kahena Attia Riveill
Ingénieur du son : Mohamed Redha Belazougui
Production : Naouel films, France - Mille et Une Productions, France

Distribution : Colifilms Diffusion, France
Attachée de presse : Florence Bory

Algérie, histoires à ne pas dire...Présentant ici le troisième volet de sa trilogie après Un rêve algérien et Algeries mes fantômes, Jean-Pierre Lledo, pied-noir qui avait soutenu la révolution algérienne, avait étudié le cinéma à Moscou, et fui l'islamisme en 1993, quittant l'Algérie pour la France, s'interroge sur le passé enfoui que des dates fatidiques font ressurgir dans la mémoire embarrassée de personnes qu'il suit dans l'évocation de leur enfance. 43 ans après l’exode massif des Juifs et des Pieds-Noirs, consécutif à l’avènement de l’indépendance de l’Algérie en 1962, que reste-t-il de cette cohabitation dans la mémoire des Algériens d’origine berbéro-arabo-musulmane ? est la problématique globale qu'il tente, dans un documentaire dont on sent la longueur pour plusieurs raisons, d'explorer. Longueur parce que les trois portraits sont constitués par un regard sur les régions concernées, sur l'évocation des événements qui les ont meurtries, sur une nostalgie accompagnée par la voix de de Hayet Ayad, fort belle voix d'Alto mais qui nous laisse penser que l'Algérie ayant eu tant d'autres belles voix, même si ce n'est pas un film musical, il eut été plus heureux de nous en faire quelque peu profiter. Aziz est né en 1949 et est enseignant en agronomie à Mostaganem. Le 20 août 1955, les hauteurs de Skikda, ex-Philippeville, sont l'épicentre d’une insurrection déclenchée par l’ALN, qui cible principalement la population européenne. Lors de la répression de l’armée française, sous les ordres du colonel Aussaresses, 23 hommes de sa famille, dont son père, disparaissent à jamais. Mais son oncle Lyazid, chef ALN local, est à l'origine du sauvetage de 80 victimes potentielles recueillies par un colon local qui l'a aidé à vivre après le drame... Katiba, blonde aux yeux bleus qui ressemble à une française, née en 1949, anime à la Radio d’État une émission sur la Mémoire, exaltant le nationalisme. Elle revient sur la bataille d'Alger et représente par son physique une certaine ambiguïté. Kheïreddine, né en 1976, metteur en scène de théâtre, prépare la pièce de Marcel Camus, Les Justes. Il nous permet de revenir, à travers les témoignages embarrassés qu'il déclenche, sur le 5 juillet 1962, où fut mené par les activistes du FLN à Oran le massacre de très nombreux Européens. Il retrouve Tchitchi, fameux danseur arabe à l'époque, qui évoque les relations fraternelles qui s'étaient tissées entre Espagnols et Arabes, jusqu'à un certain jour où... Le parti pris de Jean-Pierre Lledo, dont le film a été déprogrammé en Algérie, est de laisser filer comme elle peut la parole au gré d'un accompagnement qui, bien sûr, traque les contradictions. Sauf que le système est chaque fois le même et que ses "personnages" lui permettent des raccourcis qui pourraient presque prêter le flanc à des thèses qui ne seraient pas les siennes. Peu de mots sur le colonialisme, peu de mots sur l'OAS, même s'il y en a, et que ces mots sont aussi parfois cachés dans les silences, mais beaucoup sur ces massacres de Français. Peu de mots sur les Juifs, même si la figure du chanteur Cheïkh Raymond, beau-père d'Enrico Macias, assassiné le 22 juin 1961 à Constantine, est évoquée... mais là encore dans un raccourci qui n'aidera pas vraiment les spectateurs jeunes à comprendre tout à fait ce qu'il s'est passé en Algérie, Jean-Pierre Lledo nous dit que c'est cet assassinat, dont on n'a jamais connu les coupables réels, plusieurs thèses s'affrontant, qui a entraîné le départ des Juifs d'Algérie. Propos tout de même simplificateurs... Et même si le réalisateur ne veut pas faire un film historique construit sur l'alternance d'images d'archive et de témoignages, il appelle cependant l'Histoire à travers trois protagonistes de milieux plutôt favorisés, un enseignant, une journaliste et un metteur en scène de théâtre. Était-ce le choix le plus judicieux (même si Tchitchi, mort peu après le tournage, nous permet ce regard sur les gens du peuple et sans doute les moments les plus originaux du film) ? Un ensemble dont on retiendra tout de même entre autres ces beaux moments, quand les souvenirs font rechanter les vieux, quand le vide laissé par les quartiers détruits dessine un vide affectif creusé par l'Histoire. Et puis comprendre que la haine est le résultat d'une manipulation peut toujours servir, surtout bien entendu dans le contexte actuel d'un pays toujours déchiré. Dommage pourtant que cela passe à travers une construction et une mise en scène dont on ne peut s'empêcher de relever quelques limites.

Michel MARX

> Site officiel du film : www.algeriehistoiresanepasdire.com/

 

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