La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : All tomorrow's parties de Yu Lik Wai

All tomorrow's parties de YU Lik Wai

Dans un avenir proche, le monde industriel s’est effondré, le capitalisme a raté son coup. Nous sommes en Chine, une secte a pris le pouvoir, ce sont des talibans ou des khmers rouges, on ne sait pas très bien. Leurs victimes errent dans un paysage ruiné, dans le souvenir vague d’un passé où ils pouvaient encore exprimer des sentiments sans être punis. Ainsi commence ce film du hongkongais Yu Lik Wai. Rien d’original dans ce point de départ et pourtant tout est surprenant dans ce film d’un constant raffinement, rien n’est prévisible. Ni 1984, ni Mad Max, ni rien de connu, aucune comparaison ne pourrait réduire All Tomorrow’s Parties à du déjà vu. La première surprise est visuelle, grâce à l’inventivité du cinéaste, son sens de la lumière, de l’absence de la couleur et de son apparition quand il le faut, grâce à une liberté formelle toujours élégante. La seconde surprise est scénaristique puisqu’au lieu de s’appesantir sur l’image de l’oppression, le film se met très vite à réfléchir sur les conditions de la liberté. Tout ce qui pourrait être violent (ou érotique) ne le devient qu’avec une extrême retenue dans les gestes, les postures. Cette retenue donne un ton de mélancolie pensive qui rappelle évidemment Wong Kar-wai, la grande référence du cinéma de hongkongais, mais parfois aussi un Antonioni plus sentimental, plus sensuel mais aussi plus politique que l’original italien. Mine de rien, et sous prétexte d’annoncer un réflexion sur l ’avenir, le film renvoie constamment à une réflexion politique et morale absolument contemporaine. Ne ratez pas le miroir que vous tend Yu Lik Wai.

 René MARX (article publié en mai 2004 dans Fenêtres sur Cours)

 

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