La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Amador de Fernando León de Aranoa

Amador de Fernando León de Aranoa


Drame psychologique espagnol
Sortie France : 15 février 2012 (1h 52min)
Écrit et réalisé par Fernando León de Aranoa

Interprètes :

Magaly Solier : Marcela
Celso Bugallo : Amador
Pietro Sibille : Nelson
Sonia Almarcha : Yolanda
Fanny Castro : Puri
Juan Alberto de Burgos : Vendeur de réfrigérateurs
Priscilla Delgado
Antonio Duran : Samuel
Voisin : Eleazar Ortiz
Pharmacienne : Raquel Pérez
Curé : Manolo Solo
Vendeur : Christian Sampedro

Directeur de la photographie : Ramiro Civita
1er assistant réalisateur : Antonio Ordóñez
Compositeur : Lucio Godoy
Directeur artistique : Llorenç Miquel
Chef monteur : Nacho Ruiz Capillas
Chef décorateur : Luis Fernandez Lago
Ingénieur du son : Iván Marín
Chef coiffeur : Josefa Morales
Directeur de production : Ana Parra
Chef costumier : Fernando García
Chef maquilleur : Romana Gonzales
Ingénieur du son : Daniel Peña
Ingénieur du son : Alfonso Raposo

Production : Reposado Producciones
Agence de presse : Makna presse
Distributeur France (Sortie en salle) : Sophie Dulac Distribution
Production : MediaPro

Festival cinéma de Valenciennes 2011 (édition n°1) France : Prix du jury


Amador

Tourné à Madrid et Barcelone, Amador est le sixième long-métrage de Fernando León de Aranoa. On y retrouve Celso Bugallo qui jouait déjà un personnage nommé Amador (qui signifie "Amateur" en espagnol) dans l'également très beau Les Lundis au soleil en 2003 (La musique distillée dans "Amador" nous remet d'ailleurs tout à fait dans l'atmosphère triste et méditative - si humaine - de ces Lundis de licenciés économiques de chantiers navals rêvant d'antipodes).

Avec la même suavité des interstices et la même violence sourde des enchaînements qui ici nous montrent Marcela, immigrée d'Amérique latine, d'un de ses pays où il n'y a pas la mer, compagne d'un marchand de fleurs qui rêve d'un avenir plus assis (faisant travailler sans état d'âme des illégaux avec des fleurs récupérées presque fânées et revigorées dans un frigo puis à coups de vaporisateur au parfum "naturel" de rose) accepter un travail de garde-malade pour assurer le paiement du crédit du nouveau frigo indispensable, trônant désormais dans cet appartement de fortune où se prépare le travail, où l'on dort, mange et attend des jours meilleurs, avec quelques mensonges que l'oeil de Marcela ne tardera pas à détecter.

Cette fois, comme une façon d'y revenir comme pour l'assumer encore davantage, ce prénom, Amador, est le titre du film. Amateurs dans la vie, amateurs de puzzles - la vie n'est qu'un casse-tête dont les pièces sont données par avance - amateurs de mots mais aussi du silence - "Quand le silence enfin régne, alors on entend vraiment." - est un adage que Marcela rapporte de son pays d'origine - tous tissent comme un poème à la vie et à la mort, dans une très grande humanité et à la fois une conscience âpre de la lâcheté contemporaine. Amador, comme Les lundis au soleil, est un film politique, parce que c'est bien la dérive de nos sociétés qu'il jugule. Le vieil Amador n'a pas sa langue ni ses yeux dans la poche. Il ne sort plus mais connaît le monde et ses travers, et ses merveilles. Il semble même le capter comme par magie, sans avoir besoin de le regarder. D'où ce sourire d'une sagesse certaine, d'abord retenue puis communiquée comme une proposition de transmission, une main tendue.

De philosophique, le traitement glisse vers le film noir et la peur gagne, comme si le sujet nous prenait au collet, une peur qu'on n'expliquera pas ici pour ne pas rompre le charme de ce moment exceptionnel et très personnel, d'une grande maîtrise narrative et de mise en scène. Rien en trop, pas un faux pas, une partition de maître où l'humour n'est pas absent non plus. Parce que le réalisateur a trouvé ici le ton juste, parce que tout son casting est une totale réussite. On en sort ému, troublé, convaincu que le réalisateur a tapé fort en laissant le temps au temps, et dans sa carrière, et dans cette histoire où la beauté silencieuse de l'héroïne - l'actrice péruvienne Magaly Solier est actrice au Pérou et en Espagne mais aussi compositrice-interprète - est comme un témoin permanent d'une vérité beaucoup plus profonde que la surface des choses, que leur simple logique attendue. Là où un autre cinéaste aurait peut-être opté pour une chute facile, Fernando León de Aranoa est tout simplement brillant, intelligent, puissant. Il montre le monde, notre monde et son odeur de putréfaction, que les prolongateurs de fraîcheur en aérosol s'épuisent en vain à maquiller, parce que quand le silence règne...

Michel MARX


Amador Bande-annonce par toutlecine 

 

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