La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Antichrist de Lars von Trier

Antichrist de Lars von Trier

Film suédois, italien, polonais, allemand, français, danois.
Genre : Thriller, Epouvante-horreur, Drame - Durée : 1h 44min.
Année de production : 2008 - Date de sortie : 03 Juin 2009
Interdit aux moins de 16 ans
Scénario et réalisation : Lars von Trier
Avec Willem Dafoe, Charlotte Gainsbourg

Directeur de la photographie : Anthony Dod Mantle
Monteurs : Anders Refn et Asa Mossberg
Directeur artistique : Tim Pannen
Production : Zentropa Entertainments, Danemark
Coproductrices exécutives : Bettina Brokemper et Marianne Slot

Distribué par Les Films du Losange

Antichrist

Ce qui change avec ce film, c’est que Lars von Trier n’est plus ironique. Dans tous ses films des dernières années il pratiquait la mise à distance, la mise en question. Sur le récit, les décors, la direction d’acteurs, il ne cessait de se poser en démiurge, en cinéaste à qui on la fait pas. Et c’était toujours vertigineux: dans la comédie modeste (Le direktor), le mélo débridé (Dancing in the Dark), ou la construction sophistiquée (Manderlay). Apparemment pour des raisons psychologiques (on parle de dépression) il a perdu tout recul sur son propos et il balance sans aucun filtre ses fantasmes, ses peurs, sa misogynie. Le film est donc plutôt antipathique, parce qu’il raconte tranquillement la lutte d’un homme idéal contre une femme perverse, le triomphe d’un cow boy sur les mensonges tordus de sa compagne. Tout cela sans la moindre distance, justement. Le triomphe final (et dégoûtant) du cowboy donne une telle satisfaction au cinéaste qu’il laisse apparaître des dizaines de femmes pour le saluer, auxquelles il prend la précaution de flouter le visage. Enfin elles n’ont plus d’yeux pour nous regarder! Tout cela pourrait disqualifier le film si Lars von Trier, déprimé, misogyne ou tout ce qu’on voudra, n’était pas l’un des plus grands cinéastes vivants et si son talent de cinéaste avait disparu avec sa lucidité. Or on n’a pas vu depuis très longtemps des images aussi belles, on n’a pas vu depuis très longtemps des interrogations aussi fortes sur le deuil, le mensonge, la manipulation, l’animalité. On n’a pas filmé depuis très longtemps des visages, et des angoisses, avec une telle acuité. On oserait presque dire que ce n’est pas Charlotte Gainsbourg qui méritait le Prix d’Interprétation, que c’était plutôt Lars von Trier qui méritait le prix du plus grand filmeur de visage de femme. Alors qu’on vient de dire qu’il finissait par faire disparaître ces mêmes visages. Qu’on comprenne bien qu’il y a dans ce film des scènes impossibles à regarder (peut-être cinq ou sept minutes sur l’heure et demie que dure le film, soit les mutilations diverses que l’auteur inflige à ses personnages), que le délire malfaisant qui amène à ces mutilations frôle le ridicule sans jamais y tomber, que l’invraisemblance du récit éclate à tout moment. Mais la montée du conflit a la force d’Hitchcock, le raffinement de la cruauté a quelque chose de stupéfiant. On assiste au cauchemar en direct d’un immense cinéaste, et, comme tous les cauchemars, ça ne sent pas très bon. Et ce n’est pas vraiment cohérent. Mais qui a jamais réalisé un film de cet acabit? Je cherche encore…

René MARX
Article à paraître la semaine prochaine dans Fenêtres sur Cours

 


 

 


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