La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Inglorious Basterds, de Tarantino et L’armée du crime, de Guédiguian

Inglorious Basterds, de Tarantino
et
L’armée du crime, de Guédiguian

L'armée du crimeL’armée du crime, de Robert Guédiguian
Film historique français
Année de production : 2008 - Date de sortie : 16 Septembre 2009
Avec Simon Abkarian, Virginie Ledoyen, Robinson Stévenin...
Durée : 2h 19min.
Scénariste : Robert Guédiguian, Gilles Taurand, Serge Le Péron
Distribué par StudioCanal

 

 

Inglorious Basterds

Inglorious Basterds, de Quentin Tarantino
Année de production : 2008 - Date de sortie : 19 Août 2009
Avec Brad Pitt, Mélanie Laurent, Christoph Waltz...
Film de guerre américain, allemand
Durée : 2h 33min.
Scénariste : Quentin Tarantino - Collaboration au scénario : Tom Tykwer (non crédité)
Interdit aux moins de 12 ans
Distribué par Universal Pictures International France

 

Nos tueurs
Deux films extrêmement différents qui racontent la même histoire. Des francs-tireurs, juifs pour la plupart, tuent le maximum de nazis, en France occupée, pour terroriser l’ennemi, pour espérer un jour le vaincre. Ils tuent tout ce qui porte un uniforme vert-de-gris, sans négliger de cibler un cador quand l’occasion se présente. Ils le font, si on ose l’écrire, avec le soutien du spectateur, qui n’y voit pas, heureusement, d’inconvénient. Encore que c’est là que les films divergent, dans leur enjeu et dans leur traitement. On a reconnu Inglorious Basterds, de Tarantino et L’armée du crime, de Guédiguian. Tarantino nous prévient avec la faute d’orthographe du titre : on construira ce récit comme une blague, pas comme une histoire sérieuse. On est chez les cancres, les mal élevés, nourris de séries B, ayant décidé de les refaire en plus grand, en plus cher, en mieux bâti, pour décupler le plaisir et transformer tout en grand cinéma. Ce qui donne des dialogues extraordinairement tenus et un comique atroce servi par des acteurs incomparables (Brad Pitt et Christoph Waltz frôlent le génie). Le plaisir, c’est : des soldats juifs américains massacrant dans la joie des nazis qu’ils n’oublient pas de scalper ensuite (le lieutenant a du sang apache). A la fin, ils réalisent le rêve de tout un chacun, zigouiller les chefs dans un beau feu d’artifice. Humour déplacé, indécent ? Tarantino n’est pas si simple : les méchants vont être détruits par… le cinéma ! Tout prend son sens et sa place : le cinéma peut être la machine à tuer les méchants. Passons à Guédiguian qui lui n’a pas envie de rire. Arménien comme Manouchian, communiste de cœur comme ses héros, habité par la mémoire de ces Morts pour la France dont sa plus grande crainte est qu’on les oublie, les banalise, qu’ils se désincarnent dans les pages des livres d’histoire. Il dresse un monument pudique à ceux à qui nous devons notre liberté, rigueur intellectuelle absolue, acteurs magnifiques (Virginie Ledoyen, Simon Abkarian, Robinson Stévenin, Grégoire Leprince-Ringuet sont bouleversants). Il a de grands moments d’inspiration formelle (la première grenade jetée par Manouchian, les quais de la Seine vus du fourgon qui mène à la mort, le juste traitement visuel de la torture) et une conviction qui atteint son but : nous faire sentir encore et encore combien ces hommes-là sont vivants. Drôle d’instrument que ce cinéma qui permet de faire cohabiter deux films aussi différents, aussi proches souvent et qui ne se contredisent ni s’excluent.

René MARX

 

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