La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Backstage de Emmanuelle Bercot

Backstage de Emmanuelle Bercot

(France - sortie 16 Novembre 2005 - 1h55)


Avec Emmanuelle Seigner (Lauren Marks), Isild Le Besco (Lucie), Noémie Lvovsky (Juliette)
Scénario : Emmanuelle Bercot, Jérôme Tonnerre
Directeur de la photographie: Agnès Godard
Chef décorateur: Eric Barboza
Compositeur: Laurent Marimbert

backstage

 


Le problème des films cyniques c'est qu'à force de parler du dégoût ils risquent bien de nous le procurer. Car même si Emmanuelle Seigner chante correctement (des chansons mièvres à souhait qui sous le couvert de cette mode de la dérision à tout va, et des comédiens chanteurs, vont bien entendu dès demain remplir dans les bacs...) , même si Isild Le Besco interprète fort bien le rôle d'une fan aussi pathétique que son idole (une fan qui se coupe une épaule au rasoir et porte ensuite un pansement de l'autre côté?!) , le spectateur se fatigue vite des effets soulignés à outrance pour bien indiquer le sujet du film au cas où on ne l'aurait pas compris : le showbiz est un milieu aussi "flingué" que celui du public. Alors il faut avaler tous les poncifs et ne pas quitter son siège en se répétant que c'est, intelligence des faiseurs d'images oblige, du second degré. On se met alors à penser (on en a le temps!) à "Opening night" de Cassavetes ou plus encore à "l'Effrontée" de Claude Miller, en regrettant que l'émotion qui nous giflait dans ces films ne se retrouve pas ici, malgré toutes les larmes versées par ces deux jeunes femmes au bord de la crise de nerf, l'une victime du starsystem, l'autre du RTT, chacune entourée de débiles légers (les personnages) qui occupent leur poste, l'un d'impresario (excellent dans ce rôle de Seymour, Valéry Zeitoun, qui dans la vraie vie est d'ailleurs Directeur général d’AZ, un des plus importants label d'Universal...), l'autre de garde du corps (Jean-Paul, joué par Walle Wa Wana, aux épaules carrées mais à la voix douce), l'autre d'amant beau et inconsistant des deux femmes (Daniel, joué par Samuel Benchetrit), l'autre encore de secrétaire dépressive (Juliette jouée par Noémie Lvovsky) , qui n'ont que faire de leur sensibilité si ce n'est ce garde du corps qu'un lourd passé rend forcément plus attentif. Car il ne semble pas y avoir d'autre alternative pour Emmanuelle Bercot, vivre aujourd'hui c'est se sentir vide sur scène, ou lors d'un covoiturage où l'on met au point le rendez-vous du lendemain matin pour aller au travail accomplir une nouvelle part de ses 35 heures. Ce "pas d'autre choix" (si ce n'est, vêtu de sky et des paillettes d'une jeunesse insouciante - qui n'est pas celle des banlieues -, celui d'hurler en vain le nom de son idole devant un hôtel de luxe inviolable avant d'aller dormir trois heures avant l'école) est sans doute ce qui met le plus mal à l'aise dans ce portrait corrosif et désespéré de notre société, et même si en quittant la salle on a envie d'en parler, d'essayer de circonscrire le point de vue, il y a tout de même beaucoup de tristesse et bien peu d'amour dans ce cri d'alarme d'une réalisatrice qui a le courage de jouer sur la corde raide, certes, mais aurait pu le faire en appuyant moins sa caméra dès qu'une réplique explique quelque chose des personnages. Car nous savons entendre puis voir, nous n'avons pas forcément besoin d'aide. C'est ce qu'un certain cinéma français qui se dissèque lui-même (même si le milieu visé ici est celui de la chanson et même si Bercot n'est pas la pire) devrait sans délai prendre en compte, s'il ne veut pas se brûler définitivement à force de nous faire prendre de l'eau de rose pour de l'acide. S'insurger contre une certaine misère c'est aussi proposer des voies, des issues, un bout de ciel...

Michel MARX

 

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