La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Bolivia de Adrian Caetano

Bolivia de Adrian Caetano

Drame argentin - Année de production : 2001 - Date de sortie : 11 Juillet 2007 -
Durée : 1h 15min.

Réalisé par Adrian Caetano
Scénariste : Adrian Caetano (D'après l'oeuvre de Romina Lanfranchini)
Interprètes :
Freddy : Freddie Flores
Rosa : Rosa Sanchez
Oso : Oscar Bertea
Enrique Galmes : Enrique Liporace
Marcelo : Marcelo Videla
Hector, le vendeur ambulant : Héctor Anglada
Mercado : Alberto Mercado
Borracho : Rafael Ferro
lui-même (images d'archive) : Evander Holyfield
lui-même (images d'archive) : Mike Tyson

Directeur de la photographie : Julian Apezteguia - Compositeur : Los Kjarkas - Monteurs : Santiago Ricci et Lucas Scavino : Chef décoratrice :Maria Eva Duarte - Costumière : Maria Eva Duarte

Production : Fundacion PROA, Argentine - Hubert Bals Fund, Pays-Bas - Iacam, Argentine - Instituto Nacional de Cine y Arte Audiovisuales (INCAA) , Argentine - La Expresion del Deseo, Argentine
Distribution : Bodega Films, France
Attachée de presse : Elodie Avenel

Prix du Jury Jeune Public de la Semaine de la Critique au Festival de Cannes, Prix du meilleur film latino-américain au Festival de San Sebastián, Prix de la critique au Festival de Rotterdam, Prix Fipresci au Festival de Londres.

Bolivia

Second long-métrage de Adrian Caetano sorti en 2001 en Argentine, après Pizza, birra, faso, coréalisé en 1998 avec Bruno Stagnaro, et avant L’Ours rouge en 2003 puis Buenos Aires 1977 (sorti en France en juin 2007 après sa sélection officielle au festival de Cannes 2006), Bolivia est enfin sur nos écrans. Il y dessine, sur la base d'une chronique intimiste dont le centre est un café où se retrouvent surtout des employés en difficulté qui se connaissent, et où c'est le rush les soirs de matchs ou de combats de boxe, la crise argentine de 2001. C'est principalement l'histoire, simple dit l'auteur, de Freddy qui a quitté sa Bolivie natale en y laissant ce qui comptait le plus pour lui : sa famille. Il a rejoint Buenos Aires dans l'espoir de trouver un travail et un logement pour la faire venir. Or cette capitale en chute libre, vue presque seulement à travers ce lieu clos, se révèle peu accueillante. Jusque-là on pourrait imaginer que le film tire la corde du misérabilisme mais c'est par un autre procédé que le réalisateur nous retranscrit cette misère qui fut celle de l'Argentine et en surprit plus d'un. Car c'est en effet la surprise qui se lit sur ces visages filmés en noir et blanc, avec de temps à autres des ralentis un peu esthétisants (sans doute pour rompre avec ce ton documentaire qui s'installe au fil des dérives filmées, des bribes de conversations attrapées, des décors tramés comme des étendues malades), la surprise de se retrouver dans la précarité la plus totale, à vivre à crédit et à se faire insulter pour quelques pesos de dette, retirer son véhicule quand on est taxi, refuser un sandwich ou une bière, jeter dehors alors qu'on s'était endormi sur la table d'un café parce qu'on n'avait nulle part où aller... et cette surprise se tourne en haine de l'autre, de l'étranger qui devient le bouc émissaire, ici ce Bolivien, cuisinier et serveur clandestin, que la moitié des gens prennent pour un Péruvien car qu'est-ce qu'un être après tout sinon une étiquette, un déversoir, un ennemi quand le ventre est vide ? Racisme primaire, jalousies, rondes policières, c'est dans ce climat que Freddy tente de relativiser tout en gardant son amour-propre. Seulement voilà, l'amour trinque dans cet espace délétère, et la propreté est un mot caduque, aussi le destin de Freddy ne vaut pas plus que celui de milliers d'émigrés qui, comme lui, se cherchent une place de par le monde avec des photos de famille et quelques papiers dans un sac que la police a vite fait de désigner comme un tas de cochonneries. On l'aura deviné, on sort de la salle laminé mais certains sujets valent le choc qu'ils nous infligent, histoire de se rappeler la valeur des choses. Un film réalisé avec peu de moyens sans doute, tourné en DV avec des acteurs majoritairement non professionnels, au plus près d'un réalisme social qui rappelle, par certains éléments de la mise en scène et par l'interprétation d'Oscar Bertea dans le rôle de l'antagoniste, Oso, le long-métrage espagnol Les lundis au soleil de Fernando León de Aranoa (postérieur puisque sorti en 2003) où Javier Bardem, même type de colosse à la verve haute, avait aussi du fil à retordre avec ses amis et ennemis humiliés de la même façon par la crise économique et sa vague de licenciements meurtriers. Sauf que le personnage interprété par Javier Bardem avait la philosophie qui tombait d'un meilleur côté dira-t-on. Dans Bolivia, Oso le colosse n'a pas le beau rôle. L'os de la rancoeur est rongé jusqu'au bout. La jeune serveuse paraguayenne, Rosa, très justement interprétée par Rosa Sanchez, aura apporté à ce passage express de Freddy, travailleur habitué à la dureté des champs boliviens de coca grillés par les Yankees, un moment de respiration. Elle aura été la seule, sans doute, à le connaître vraiment en Argentine et à s'en souvenir. Un film court à voir pour le portrait honnête d'une violence qui semble aussi sourde que solide, tout à fait dans l'époque (la violence, le film, lui, d'un réalisateur uruguayen né en 1969 et vivant en Argentine depuis 1985, a la forme d'une certaine nostalgie, du temps où les thrillers savaient être radicaux sans être forcément spectaculaires).

Michel MARX

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