La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Bombón el perro de Carlos Sorin

Bombón el perro de Carlos Sorin

(Titre original : Bombón el perro. Film argentin, espagnol. Année de production : 2004
Sortie en France : 31 août 2005. Durée : 1h 37min)

Avec Juan Villegas (Juan), Walter Donado (Walter), Micol Estevez (Graciela) , Pascual Condito (Pascual), Claudina Fazzini (Claudina), Kita Ca (la veuve de la ferme)

Scénario : Carlos Sorin, Santiago Calori, Salvador Roselli
Producteur : Oscar Kramer, Jose Maria Morales
Production : Romikin, Argentine - Guacamole Films, Argentine - OK Films, Argentine - Wanda Vision
, Espagne
Musique : Nicolas Sorin
Directeur de la photographie : Hugo Colace
Monteur : Mohamed Rajid
Distribution : TFM Distribution, France

- Festival de Toronto 2004
- Prix de la Critique Internationale - Festival de San Sebastián 2004
- Prix du Meilleur réalisateur - Festival International du Film de Guadalajara 2005
- Prix de la Critique Argentine 2005
- 7 Nominations aux CONDOR DE PLATA (Césars argentins remis le 27 juin 2005)
- Montgolfière d’Argent et Prix d’interprétation masculine à Juan Villegas au Festival des 3 Continents de Nantes 2005

Bombón el perroBombón el perro est un film plein d'amour. Amour des paysages, de la route, des petites choses simples que le personnage de Juan, surnommé Coco, doit résoudre, au jour le jour, parce qu'à 52 ans et en Argentine, rien n'est vraiment facile mais qu'il faut bien continuer. Mécanicien homme à tout faire dans une station-service, il a perdu son emploi parce que l'établissement fermait. Aussi il fabrique et essaie de vendre ses couteaux, beaux mais chers, trop chers pour un pays en lendemain de crise et où, comme le dit un personnage, on ne demande pas aux couteaux plus que de couper. Sa fille l'héberge mais ce n'est pas le luxe et l'ambiance ne lui correspond pas tout à fait. Sa fille crie, l'enfant pleure, le mari a tout l'air d'être autiste. Après avoir dépanné une automobiliste, Juan se retrouve flanqué d'un dogue argentin de grande lignée qu'elle lui offre en remerciement, et peut-être pour s'en débarrasser parce qu'il déprime dans cette ferme depuis la mort de son maître qui, après trente-six métiers, comptait monter un élevage et est parti avant au paradis des grands regrettés. Juan va alors devoir quitter ce logement de fou, sa fille ne veut pas d'un chien, surtout si volumineux. Parce que le molosse n'est pas discret, c'est un fait, c'est le genre de compagnon qui prend de la place et vous change la vie. Et en effet, enchaînement des circonstances, on voyage avec le protagoniste dans la très belle lumière des horizons de la Patagonie magnifiquement filmé, anti-héros au sourire si humain et à l'intériorité radieuse ... Juan se trouve projeté dans le monde des expositions canines dont il ignorait tout, les yeux écarquillés et de la chaleur au coeur quand il reçoit sa coupe après tant d'années d'indifférence à servir l'essence où à graisser les moteurs. Walter, le dresseur enthousiaste qui l'a rapidement formé devient son ami, une danseuse libanaise qui n'est pas libanaise mais de Buenos Aires, Graciela, lit son avenir dans le marc de café... combines argentines et air du temps au jour le jour, Juan promène son regard gentiment curieux et presque toujours amusé dans cette histoire, jouée par des acteurs non professionnels (Juan est vraiment employé dans un garage, celui où Carlos Sorin gare son auto), tous excellents, qui est surtout celle de l'amour entre une bête et un homme. On n'est pas étonné d'apprendre dans les interviews que Carlos Sorin a la passion des chiens. Il sait nous la transmettre. Il a aussi celle des humains. Comme le dit si simplement Graciela à Juan : "On s'habitue à la compagnie, c'est comme ceux qu'on aiment, on réalise qu'on les aime quand ils sont plus là". Ce film est de cette onde pure, il semble ne rien s'y passer (ou le minimum !) et pourtant tout y est : le dérisoire de la vie, le goût si vertigineux de la précarité, le merveilleux du hasard et du peu, l'entêtement de l'animal et sa complicité subtile, la puissance du rêve, la passion qui est au coeur de chaque souffle, de chaque solitude. Et là où tout aurait pu être triste, tout nous réjouit.

Michel MARX

site officiel du film : www.tfmdistribution.com/bombonelperro/


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