La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Buongiorno Notte de Marco Bellocchio

Buongiorno notte de Marco BELLOCCHIO

Buongiorno notteL’assassinat d’Aldo Moro par les Brigades Rouges en 1978 fut un traumatisme déterminant pour l’Italie. Alors que ce chef historique de la Démocratie Chrétienne allait peut-être signer le “compromis historique” avec le Parti Communiste, il fut enlevé, séquestré deux mois et exécuté après un procès soi-disant prolétarien, en réalité délirant et criminel. L’intérêt pour la politique italienne est restreint en France et, vingt-cinq ans après, le public français se souvient mal des détails complexes de “l’affaire Moro”. Elle fait aujourd’hui l’objet d’interprétations contradictoires, qui vont d’un complot de la CIA jusqu’à la plus vraisemblable dérive paranoïaque de groupuscules d’assassins. Le titre du film de Marco Bellocchio vient d’un poème d’Emily Dickinson. La première qualité de Buongiorno notte, qui raconte  l’affaire du point de vue d’une des brigadistes, est qu’il n’est justement pas nécessaire de tout comprendre pour être touché par le récit de cette mort annoncée. Bellocchio montre ses certitudes, qui sont nombreuses, et ses doutes, qui ne le sont pas moins. Il dit clairement que les Brigadistes étaient des imbéciles dévoyés mais aussi que la société qu’ils prétendaient combattre était injuste, plombée par une classe politique en partie archaïque, et déjà envahie par une télévision débilitante. Il dit aussi qu’il ne comprend pas tout de ce qui s’est déroulé pendant ce qu’il représente au fond comme un cauchemar vécu dans l’irréalité par des contemporains frappés de stupeur. Il n’hésite pas à mêler à l’histoire politique ses propres angoisses autour de la mort, de la destruction, de l’inéluctabilité, au-delà même du contexte r éel. Le cinéaste intransigeant qui tourna Les poings dans les poches est fidèle à ses promesses d’il y a quarante ans.

René MARX (article publié en janvier 2004 dans Fenêtres sur Cours)

Accueil | Copyright | Contact | ©2005 René Marx