La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Cartes postales de Leningrad de Mariana Rondón

Cartes postales de Leningrad de Mariana Rondón

Titre original : Postales de Leningrado
2007 - Venezuela - Drame - 1h35 - Sortie France : 11 mars 2009

Direction : Mariana Rondón
Scénario : Mariana Rondón
Interprètes : Laureano Olivares (Teo), Greisy Mena (Marcela), William Cifuentes (Teo Nino), Haydee Faverola (La grand-mère), María Fernanda Ferro (Marta), Ignacio Marquez (Tio Miguel), Oswaldo Hidalgo (Le grand-père), Claudia Usubillaga (La fille à 6 ans), Beto Benites (Cadenas), Valeria Márquez (La fille à 8 mois)

Directeur de la photographie : Micaela Cajahuaringa
Compositeurs : Felipe Perez Santiago et Camilo Froideval
Monteur : Marite Ugas

Producteur : Marite Ugas
Distribution France : Colifilms

Grand prix "L'Accolade" du Festival de Biarritz, 2007

Prix du jury (révélation) et du public jeune, Festival International de Cinéma de Sao Paulo

Meilleur film, meilleur réalisatrice, prix du public et quatre autres Prix, Festival de Mérida (Venezuela), 2007

Postales de LeningradoUn pied sur l'absence, un autre sur le volcan de l'Histoire
Qui connaît bien l'histoire de la République Bolivarienne du Venezuela ? Qui sait exactement ce qui s'y joua dans les années 1960 ? Qui pourrait relier ces années à notre époque actuelle avec une précision limpide ? Ce pays est-il si loin de nous ? Le mot Révolution est-il une notion devenue vague ou que l'on préfère remiser au rang des illusions ? Un peu comme des enfants nous vivons dans un monde dont les grandes causes ressemblent à des traits rouges sur des écrans intérieurs et où les méchants sont habillés de noir... et c'est comme cette retranscription d'un monde pourtant complexe que Mariana Rondón (Elle a étudié le cinéma d’animation à Paris puis est entrée en 86 à l’école EICTV de Cuba) nous invite à regarder en face avec la relative simplicité du regard de l'enfant qu'elle était quand sa famille fut héroïque et victime, quand pour la protéger, petite fille aux grands yeux inquiets dès sa naissance, une main maternelle serrant son petit corps de toutes les promesses empêchées, elle dut apprendre à changer de nom tous les jours et à devenir invisible comme l'homme des bandes dessinées dont lui parla très tôt son cousin Teo. Pendant les soulèvements armés de la gauche révolutionnaire, que connut le Venezuela dans les années 1960, une jeune militante doit accoucher dans la clandestinité. Marcela naît au coeur du Front Armé de Libération Nationale, mais sa naissance tombe le jour de la fête des mères, et son visage et celui de sa maman sont placardés dans la presse qui va donc circuler contre elles. Éternels suiveurs en noir, les tortionnaires officialisés et formés qui vont les traquer pour "bouffer du guerillero" obligent Marcela à grandir dans la peur qu'il faut vaincre et le mensonge qu'il faut intégrer. S'il nous semble que c'est l'histoire de Teo - Mariana Rondón, avec intelligence, humilité, tact, et sens de l'éthique (dont son film est empli comme un poumon marqué par la clandestinité) explique qu'elle ne voulait pas être le centre de cette histoire parce qu'elle ne le fut pas - c'est bien l'histoire de la venue au monde de Marcela, et à travers elle de toute une génération dont les tristes petits cailloux furent des cartes postales prétendument venues de Leningrad et qui cachaient une tragique vérité - qui devait retenir ses surnoms pour échapper à la mort - que nous conte ce joli témoignage, fait de fiction, d'animation et d'images d'archives. Récit familial et universel : l'enfance à qui l'on dérobe un papa, une maman, une fête, et que l'on rend cinéaste parce qu'il ne reste plus alors qu'à raconter, dans un ordre chronologique balbutié comme un jeu de fausses pistes, pour échapper encore, et pourtant devenir soi. Ce film plaira au public adolescent parce qu'il narre comme pense la jeunesse, imbrication d'images secouées au shaker de l'émotion parfois égarée, parfois visionnaire, toujours authentique. Et il apprendra aux adultes - qui auront pour certains du mal à raccorder les fils de cette toile livrée comme elle a été vécue - toile qui fut la protection de Marcela - à regarder par le chemin de la construction d'un enfant ce que naître de l'amour et de la croyance en un monde meilleur veut dire dans un univers de déchirements, de sang et de folie, un pied sur l'absence, un autre sur le volcan de l'Histoire.

Michel MARX

Postales de Leningrado est le second long-métrage de Mariana Rondón. Pour vous informer sur son premier long-métrage, A la Media Noche y Media, cliquez ici...

Bande annonce du film (en espagnol) :

Site officiel du film : www.postalesdeleningrado.com/

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