La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Charlie et la Chocolaterie de Tim Burton

Charlie et la chocolaterie de Tim Burton



Charlie et la chocolaterieCharlie et la chocolaterie, film fantastique américain de Tim Burton, adapté du roman à succès Charlie and the Chocolate Factory, écrit en 1964 par Roald Dahl (plus de 13 millions d’exemplaires vendus, traduit en 32 langues et dejà porté à l'écran en 1971 par Mel Stuart). Sortie en France: 13 juillet 2005
(titre original: Charlie and the chocolate factory, production 2004) 1h.56, avec Johnny Depp (Willy Wonka), Freddie Highmore (Charlie Bucket), Helena Bonham Carter (Madame Bucket), Christopher Lee (Docteur Wilbur Wonka), Missi Pyle (Mrs Beauregarde), James Fox (Mr Salt), Noah Taylor (Monsieur Bucket), Philip Wiegratz (Augustus Gloop), Jordan Fry (Mike Teavee), David Kelly (Grandpa Joe), Julia Winter (Veruca Salt), Annasophia Robb (Violet Beauregarde)...

Etre pauvre mais unis, ainsi s’ancre le film de Tim Burton, être si pauvre que les quatre grands-parents dorment dans le même lit, tête-bêche, sous le toit ajouré d’une maisonnette digne des contes des frères Grimm; si unis qu’ils dînent comme ils peuvent, servis par la maman qui éclaircit la soupe quand le père de Charlie n’a plus de travail, mais toujours ensemble. Etre pauvre, ainsi s’installe la thématique de ce film profond qui avance, fidèle à la manière de Tim Burton, comme une sorte d’éventail s’ouvrant au gré d’un imaginaire débordant et si talentueux, si pur et enfiévré. Charlie est un garçon d’une dizaine d’années qui reçoit une plaque de chocolat par an, le jour de son anniversaire, quand les rêves d’un enfant de son âge iraient sans aucun doute vers d’autres aspirations, et n’en garde pas moins une dignité certaine. Un enfant gentil comme dit son grand-père, Grandpa Joe, vieil homme au physique de marginal qui pourrait aussi sortir d’un film de Woody Allen, grand-père sensible et plein d’une mémoire enchantée. C’est lui qui fait le lien, en évoquant son passé d’employé de la fabrique de chocolat Wonka, au beau temps de l’entreprise, avant que des espions à la physionomie d’espions (la caricature est composée avec une intelligente ironie) ne viennent saborder l’affaire en vendant les recettes à la concurrence. Nous voyageons alors, pour ne pas dire nous sautillons, au pas des inventions des grands confiseurs (dans une Amérique à la Tom Sawyer), auxquelles l’isolement de Willy Wonka ne va pas tarder à répondre, après le licenciement de tout le personnel - dont Grandpa Joe - par une ruse absolument secrète et délirante : engager des petits bonshommes - les Oompas Loompas - vénérant la fève de cacao si rare dans leur univers parallèle, clones parfaits les uns des autres - le public français trouvera peut-être dans ce physique de nain ingénieux et fêtard une légère ressemblance avec le regretté Francis Blanche, expert en comédie - mais il s’agit de l’excellent acteur américain Deep Roy qui danse (lui et son image multipliée) chaque fois qu’un enfant périt par-là où il a pêché (gourmandise, arrogance, violence, convoitise). Et ces enfants sont au nombre de cinq, Willy Wonka ayant lancé un jeu international : cinq plaques de chocolat de sa marque contiennent un ticket couleur d’or. Les cinq enfants qui les trouveront pourront visiter, accompagnés d’un parent, que fustigent dans la plupart des cas Tim Burton, tant pour lui ce sont eux les responsables des grandes dérives de la jeunesse, la fabrique énigmatique dans laquelle plus personne n’est entré depuis des années, et qui fonctionne cependant à plein régime, faisant réaliser à son patron des profits miraculeux. Ce patron, bègue lorsque l’on touche à son talon d’Achille, la parenté, est interprété par le fascinant Johnny Depp, quelque chose de la folie d’un Phantom of the Paradise de Brian De Palma, quelque chose d’un chanteur défrayant la chronique aujourd’hui et accusé d’aimer les enfants, quelque chose de ces personnages sensibles, décadents et inquiétants à force d’ambiguïtés, qui peuplent nos cauchemars et parfois nos rêves. Car Tim Burton est bon, même s’il n’a pas fait ce film pour les enfants, il les respecte, et Johnny Depp ne les poursuit pas, il les punit. Les machines qui pourraient les détruire les épargnent toujours au dernier moment - l’enfance doit durer après avoir enduré - et tous sortiront de cette chocolaterie, même si quatre d’entre eux auront subit des transformations. Le cinquième est Charlie, on l’aura deviné, Charlie que sa probité et son sens de la justice légués par sa famille sauvent du désastre que le monde moderne pose comme un couperet au-dessus des gamins pourris par des parents agents d’une société de consommation aux Dieux trop matériels. Un film moral donc, où l’amour immense et difficile des pères est rattrapé au final, si généreusement, où la psychanalyse est la voie royale, et où les références aux penseurs du cinéma ne manquent pas - 2001, l’odyssée de l’espace prend soudain une place importante dans la fiction, film dans le film, quand le monolithe de Kubrick devient une plaque de chocolat géante pour Burton et la musique de Strauss l’embléme d’un fleuve de chocolat noir aux onctuosités qui rendent amoureux, comme le dit Willy Wonka qui sait tout des effets du cacao, lui qui, à l’inverse de Charlie, a tant manqué d’amour. Enfin quand on sait que les décors grandeur nature construits dans les studios de Pinewood, en Angleterre, étaient vraiment en chocolat, et qu’une caméra entière y est tombée (aux premiers jours du tournage, justement dans la rivière de chocolat), on comprendra pourquoi ce goût de la tentation mêlée de frustration imbibe et traverse les personnages, les acteurs, les parois des murs et les salles de cinéma où la poésie de Tim Burton est téléportée, vive et limpide, comme un long fleuve brun et intranquille mais merveilleusement réconciliateur. Grandiose. Sublime.

Michel MARX

 

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