La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Charly de Isild Le Besco

Charly de Isild Le Besco

Film français - Drame - Année de production : 2006 - Sortie 12 septembre 2007 - Durée : 1h 35min.

Réalisation et scénario : Isild Le Besco

avec : Julie-Marie Parmentier (Charly), Kolia Litscher (Nicolas), Jeanne Mauborgne (La vieille dame), Kadour Belkhodja (Le vieil homme), Philippe Chevassu (Le prof), Jean-Max Causse (l'automobiliste), Camille Grynko (l'amie du professeur)

Opérateur : Jowan Le Besco
Chef décoratrice : Jayne Chu
1er assistant réalisateur : Joseph Cordier
Ingénieur du son : Dana Farzanehpour, Pierre André, Gildas Mercier et Marie Chaduc

Production : Arte France cinéma, France - Sangsho, France
Distribution : Tamasa Distribution, France
Attachés de presse : André-Paul Ricci et Tony Arnoux

Charly"Sans toit ni loi" 2007 ou comment une jeune réalisatrice de 23 ans offre aux yeux du monde un regard radical sur une société faisandée, triste, vieille, où, tels des poissons enfermés dans leurs aquariums, des gamins essaient d'accéder à la grande mer où l'espace est juste un peu plus grand, délimité par les roches au lieu de l'être par les supermarchés et les étables. Terre battue, lait semi-industriel, regards penchés des vaches, sentances réductrices d'une famille d'accueil ou d'un professeur minable qui se joue comme il peut de l'incapacité à s'exprimer sur son avenir d'un orphelin de 14 ans, Isild Le Besco filme tout cela en quelques jours et nous le livre abruptement, tel que c'est, chaussettes percées et solitudes, corps sacrifiés, routine maladive sur laquelle tient une jeune prostituée, Charly, qui héberge dans sa roulotte cet adolescent puceau, Nicolas (dans la vie il est le frère de la réalisatrice), du pur extrait de désarroi. Sauf que ces deux laissés pour compte s'apprivoisent à leur façon, même si Charly s'abrite derrière une maniaquerie spectaculaire, malade, pathétique (qui déclenche des rires de malaise dans la salle de cinéma où les spectateurs essaient peut-être de faire comme s'ils ne se voyaient pas) ... c'est dans les silences que Isild Le Besco capte leurs moments d'incertitude, ces silences où l'on perçoit que Charly pourrait tout changer de sa vie, négatif d'une suite d'ordres jetés comme des règles absolues, comme un rempart au vide dans lequel ils sont injustement suspendus, comme tant d'autres. Ce négatif est l'espace de la beauté de leur rencontre, ode dramatique et poétique à l'amour pur, au don de soi, à la découverte de l'échange, dusse-t-il passer par la métaphore d'un texte sur la souffrance, L'Eveil du printemps, de Wedekind, qui est comme le fil rouge de cette partie de marelle où le surplace est la condamnation. Alors on rumine comme les vaches, on voudrait que ça aille plus vite, être débarrassé de ce fardeau qui est la quasi incapacité de ces personnages à se donner une chance - la tristesse durera toujours disait Pialat dans "A nos amours", citant Van Gogh... Pialat dont on retrouve ici bien sûr la rugosité et le sens de la tragédie humaine au fil du rasoir, mêlé à la lucidité âpre de Varda et au sens du récit hors concession de Godard (certains citeront aussi les frères Dardenne et leur Rosetta) - on voudrait que tout cela ne soit qu'un cauchemar, du pas vrai, puis l'on admet que c'est un rêve vécu par un gosse abandonné, le temps d'une fugue, une fugue dont on ignore ce qu'il fera mais qui est son vécu, sa part du gâteau, un gâteau d'anniversaire érigé comme une révolution dans l'étroitesse de leurs destins, comme un sexe merveilleux, hommage à sa rencontre avec Charly, à leur duo éphémère au bord d'un gouffre rimbaldien ("De mes souliers blessés, un pied près de mon cœur !") Léo Ferré en père poète et musicien est aussi du générique de ce film de toutes les bohèmes édifiantes, le gouffre de la violence et des cris, de la vie souillée que Charly s'évertue à nettoyer, comme les poissons, à la recherche d'une transparence bafouée.

Michel MARX

A signaler : Sang d’encre, d’Isild Le Besco. Éditions Anabet. 120 pages. 21 euros (Date de sortie: octobre 2007).

Exposition d’oeuvres picturales récentes à partir du 31 octobre et jusqu’au 17 novembre à la galerie Paule-Friedland et Alexandre-Rivault. 46, rue de Tournelles. Paris 3e.

site officiel du film Charly : www.charly-lefilm.com/

 

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