La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Dead Man de Jim Jarmusch


Dead man de Jim Jarmusch

(Film allemand, américain, date de sortie 03/01/96, 2h14)

Avec Johnny Depp, Gary Farmer, Lance Henriksen, John Hurt

Dead manAvec la double bénédiction involontaire, hallucinogène et posthume des poètes William Blake et Henri Michaux ("Il est préférable de ne pas voyager avec un homme mort"), voici "Dead Man" de Jim Jarmush, un film comique, farci de citations. mais aussi un film triste et pur. William Blake, poète et peintre anglais mort en 1827, inventa un art visionnaire et mystique, où le rêve a une place décisive. Son homonyme,  un petit comptable timoré de Cleveland, vient se perdre dans l'Ouest (le vrai?) et rencontre une très jolie marchande de fleurs en papier qui rappelle la Virginia Cherrill des "Lumières de la Ville". Elle s'appelle Thel (comme dans un recueil de Blake). Elle est tuée par son amant ombrageux. La balle traverse la poitrine du timide qui tue le jaloux et saute par la fenêtre. C'est le début d'une passionnante poursuite à travers le grand Ouest, en compagnie d'un Indien atypique. La poursuite est longue et lente, les rencontres sont nombreuses et le parcours initiatique du petit comptable qui rêve, ou se meurt peut-être, est conté avec beaucoup d'ironie par Jarmusch. On passe de "Délivrance" à "Missouri Breaks", de "Mon nom est Personne" à  "Apocalypse Now". Les personnages de "Dead Man" sortent tous des quatre-vingt-treize ans de tradition qui nous séparent du premier western, "The Great Train Robbery", un chef-d'oeuvre de quelques minutes, réalisé par Edwin Porter en 1903. Pourtant, malgré ces références et des moments parfaitement burlesques (les rapports entre les trois tueurs à gages rappellent ceux des quatre Dalton, en beaucoup moins raffinés), on sort de là avec une joie sereine, comme d'un songe agréable où la violence compte pour du beurre. La tristesse sous-jacente du film apparaît plus tard, comme dans un bon cru qui livre peu à peu ses parfums.

 René MARX (article publié en 1996 dans Fenêtres sur Cours)

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