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La vie des films : Dernier étage, gauche, gauche de Angelo Cianci

Dernier étage, gauche, gauche de Angelo Cianci


Long-métrage français . Genre : Comédie
Durée : 01h35min Année de production : 2010 - Sortie salles : 17 novembre 2010

Scénario et mise en scène : Angelo Cianci

Hippolyte Girardot : François Echeveria
Mohamed Fellag : Mohand
Aymen Saïdi : Salem
Julie Anne-Roth : Lieutenant Saroyan
Judith Henry : Anna
Georges Siatidis : Commandant Verdier
Michel Vuillermoz, de la comédie française : Baldini

Equipe technique
Monteuse : Raphaële Urtin
Montage son : Damien Aubry
Compositeur: Gast Waltzing
Directeur de la photographie: Laurent Brunet
Ingénieur du son : Jean-Luc Audy
Costumes : Claire Chanat, Uli Simon
Décors : Christina Schaffer

Production: Tu Vas Voir
Producteurs : Edgard Tenembaum, Gérard Lacroix, Nicolas Steil, Peter Kassovitz

Distributeur France : Memento Films Distribution
Attachée de presse : Vanessa Jerrom
Attachée de presse : Claire Vorger

Dernier étage, gauche, gauche

Comme on se doute déjà qu'un certain public bobo de gauche va hurler au film raciste malgré lui - dans ces analyses auto-satisfaisantes qui permettent à certains d'être des censeurs malgré eux - on commencera par dire ici que cette histoire qui, du début à la fin, vogue sur le fil de la dérision, ce qui est une de ses grandes qualités, n'est raciste que contre la connerie qui inonde notre microcosme, parfois goutte à goutte, comme ce robinet qui fuit chez Mohand, le père, et Salem, le fils, parfois dans les grandes largeurs, comme quand chez eux la tuyauterie lâche.

Car on est beaucoup chez eux dans cette histoire, l'histoire d'une banale intervention d'huissier dans un HLM de cité, François Echeveria joué par un Hippolyte Girardot plein de vérité dans ses contradictions, qui, sans doute parce que cela se passe un 11 septembre, date symboliquement anniversaire d'une autre déflagration, tourne mal, très mal.

Classique engrenage - très bien filmé - de la prise d'otage rendue irréversible de par le débordement de moyens mis en place par un préfet que la situation révèle rapidement inconséquent - lui-même dépassé par le commandement zélé du GIGN - pas plus intelligent - qui n'exclut pas la piste terroriste... face à un père digne mais dépassé par un fils qui simplement, parce que la charge émotive est trop lourde - et qu'il est coincé par quelques kilos de poudre que, non connu des services de police, il s'était chargé de stocker - pète les plombs, un pistolet en main et, au bout du canon, l'huissier qui va se révéler un interlocuteur clé (pour un huissier ça tombe bien !) entre ce père et ce fils qu'un secret de famille a égaré l'un de l'autre, mais que sa présence va permettre de mettre au jour. Les deux forcenés sont d'origine kabyle, aussi le traducteur que la brigade envoie pour parlementer ne comprend rien. Et lui aussi est lâche et ridicule, tout comme le médiateur qui a perdu sa place il y a un mois mais à qui il est cependant demandé de tenter de calmer la fièvre exponentielle de Salem, un médiateur qui finira par insulter Salem avec des mots que lui-même, pourtant de ce côté-là bien aguerri (on rit aussi beaucoup même si c'est toujours le drame qui pointe), n'avait pas même utilisés.

En fait, on l'a saisi (ce n'est pas un jeu de mots!), ce qui est très fort dans ce film que l'on peut considérer comme un thriller psychologique (il y a parfois du Caché de Haneke pour le spectre du colonialisme qui n'est pas caché du tout puisque le climax de la situation sera l'évocation par le père (excellent Fellag) du passé dans le maquis algérien, et que la toute fin montre bien où en est toujours la tension dans les banlieues et la capacité auto-suicidaire devant ceux du dehors, les autres, ceux qui sèment l'enfer protégés derrière leurs boucliers), c'est l'évitement systématique du cliché qui rôde pourtant et partout - rappelons d'ailleurs que c'est le premier long-métrage de Angelo Cianci, ce qui est tout à son honneur, réalisateur de nombreux making-of ainsi que de cinq courts et moyens métrages.

En réalité ces clichés sont les vies obligées qui pèsent sur tous les personnages, jusqu'à la femme de François, Anna, interprétée avec cette justesse qui rend son regard froid par Judith Henry qui complète cette galerie d'égoïstes, car plus que pour la vie de son mari elle s'inquiète du retard que sa séquestration va provoquer dans leur rendez-vous avec le médiateur conjugal... un médiateur de plus.

Oui, c'est ce que pointe du doigt ce film habile, sain, et courageux, un monde pétri de médiateurs fragiles, de couples démolis, de familles déchirées, de doléances confuses parce que le malaise est aussi profond qu'indéfinissable, il fuit de partout, comme fuit cette société qui a besoin de coupables et sait bien où les trouver puisque c'est elle qui les a rangés dans du béton fissuré, et hurle, hurle contre les cris, le dehors contre le dedans, les forces du bien réglementé par une administration kafkaienne face aux forces du mal de vivre. On retiendra aussi la capacité à mettre en scène la progressive complicité entre preneurs d'otage et victime, et ce n'est pas le syndrome de Stockholm, la situation n'en laisse pas le temps (un film très rythmé), mais une prise de conscience, le résultat d'un constat qui dépasse le constat d'huissier prévu, celui que ce qui gronde, et menace, c'est l'évidence d'une solidarité nécessaire (solidarité que l'on sent même chez la Lieutenant Saroyan, laquelle n'a, d'une certaine façon, pas envie d'abandonner le trio) qui, détournée par un système dont on constate encore ici la capacité de déploiement, risque bien de faire grand bruit. Dernier étage, gauche, gauche est un film intelligent, une comédie qui abrite un drame, mené tambour battant par un excellent Aymen Saïdi, qui campe un grand enfant fou et touchant, ivre et perdu, qui, jeté dans le vide, appelle à l'aide.

Michel MARX

Bande annonce


DERNIER ÉTAGE, GAUCHE, GAUCHE : BANDE-ANNONCE HD
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