La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Donoma de Djinn Carrenard

Donoma de Djinn Carrenard

Comédie dramatique française sortie le 23 novembre 2011 (2h 13min)

Écrit et réalisé par Djinn Carrenard

Prix Louis-Delluc du 1er film

Interprètes :

Emilia Derou-Bernal : Analia
Sékouba Doucouré : Dama
Salomé Blechmans : Salma
Matthieu Longatte : Raïné
Laetitia Lopez : Leelop
Vincent Perez (II) (as Vincente Perez) : Dacio
Laura Kpegli : Chris
Marine Judéaux : Soraya

Coordinatrice de production : Emilie Davy
Producteur associé : François Margolin
Producteur : Djinn Carrenard

Directeur de la photographie : Djinn Carrenard
Chef monteur : Djinn Carrenard
Ingénieur du son : Djinn Carrenard
Compositeur : Frank Villabella

Distributeur France : Donoma Guerilla / Commune Image Media
Production : Donoma Guerilla et Arte
Attachée de presse : Agnès Chabot

DonomaDonoma a coûté 150 € quand le budget moyen en France est de cinq à six millions par film.

Toute la presse parle du sang neuf qu'on attendait, d'un nouvel espoir pour le cinéma national.

On nous raconte longuement, deux heures quinze, l'itinéraire de trois femmes : une prof d'espagnol devant des lycéens "difficiles", une photographe qui veut connaître le premier amour avec un inconnu à qui elle interdit de parler, une jeune fille trop riche, que l'amour et Dieu lui-même abandonnent, et qui s'occupe de sa grande sœur cancéreuse. On est effectivement impressionné par la performance économique.

Avec si peu de moyens (mais les acteurs et les techniciens gratuits sont là quand même), Djinn Carrenard réalise un exploit incontestable. C'est un véritable metteur en scène, cohérent, solide, doué, ses images sont impressionnantes.

Mais la presse salue un émule de Cassavetes en ignorant à quel point les personnages du film souffrent d'autisme sentimental, social, culturel, même s'ils parlent beaucoup et invoquent tous des modèles et des principes supérieurs. Les trois femmes sont en réalité dans l'impossibilité absolue d'une relation.

Célébrer le portrait réaliste et pertinent des amours au temps du néo-libéralisme, ce que font la plupart des critiques, paraît totalement à côté de la plaque. On peut s'intéresser au film comme à un portrait audacieux de passions folles et suicidaires, pas en tant que récit social global. A cette condition, il devient légitime de saluer ses qualités, même si Cassavetes est encore loin.

René MARX

Regard sur un monde de déchirures ou pantomime autour d'un malheur fragmenté : Donoma est un film sur la nausée sociale et affective actuelle - cette difficulté d'être de toutes les couches de notre société - une oeuvre courageuse, intuitive et subtile, extrêmement bien filmée, cadrée, montée, construite avec un puissant équilibre (le dérapage de l'éducation, la difficulté du couple et la croyance refuge - le triptyque comme rappel iconique), du cinéma inspiré, poétique, fiévreux comme l'est notre jeunesse, prête à exploser, sans repères, vouée à une errance autant intellectuelle que topographique. On déménage, on se quitte, on se rencontre par hasard et sans communiquer parce que le verbe est ligaturé, on flirte avec le transgressif et l'on cherche la voie, d'une psy (qui contient la langue arabe - ses fautes de syntaxe en français - et finit par l'utiliser quand elle veut atteindre à l'autre profond), d'un Dieu, d'un inconnu, New York étant comme un signe encore d'une référence qui mixte post-moderne et ancestral, l'Amérique lieu de tentative d'accès à une image sublimée de sa part onirique et libre, d'une gifle pourtant, pour ce garçon africain qui hésite entre psychédélisme et bled quand il cherche simplement une famille, comme tous, dans cette histoire d'intersections et de sang, où les cellules familiales ont lâché, où l'épate et la morale s'affrontent entre collègues, entre rires, pleurs et déraillements.
Les voies ferrées ne sont pas dans le champ du viseur par hasard non plus, ces lignes de fuite attestent d'un horizon fantasmé, hypothétique et résolutoire, où les soeurs n'appellent à un véritable encadrement que lorsqu'elles acceptent leur mort.

Michel MARX


BANDE ANNONCE DONOMA par Donoma 

 



 

 

 

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