La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : El custodio de Rodrigo Moreno

El custodio (le garde du corps) de Rodrigo Moreno

(Film français, argentin, allemand - Titre original : El Custodio - Genre : Drame - Année de production : 2005 - Date de sortie : 04 Avril 2007 - Durée : 1h 33min - espagnol (sous-titré français)
35mm / 1:1,85 / Dolby SRD / Visa d'exploitation n°114906 )

Scénario et réalisation : Rodrigo Moreno

Interprètes :
Ruben : Julio Chávez - Artemio : Osmar Núñez - Beatriz : Cristina Villamor - Alfredo Barletta : Osvaldo Djeredjian - Salinas : Adrián Andrada - Delia : Elvira Onetto - La nièce de Ruben : Luciana Lifschitz - Rocío : Vanessa Weinberg - Un trafiquant d'armes : Marcelo Xicarte - Guadalupe : Guadalupe Docampo

Directeur de la photographie : Barbara Alvarez
Compositeur : Federico Jusid
Monteur : Nicolas Goldbart
Chef décorateur : Gonzalo Delgado Galiana
Costumière : Adelaida Rodriguez Puig
Assistant réalisateur : Juan Pablo Laplace
Ingénieur du son : Catriel Vildosola
Directeur de production : Lilia Scenna

Musiques :
"Para vivir un gran amor", compositeur : Humberto Castaña
"Wo Zhidao", compositeur : Ezequiel Saralegui
"Canzonesenza parole", compositeur : Felix Mendelsohn, interprétée par Federico Jusid

Production : Hernan Musaluppi (Rizoma Films, Argentine), Natacha Cervi (Rizoma Films, Argentine), Luis Sartor (Zarlek Producciones, Argentine).
Coproduction : Elise Jalladeau (Charivari Films, France), Christoph Friedel (Pandora Film, Allemagne), Fernando Epstein (Control Z Films, Uruguay), Maiz Producciones SA (Argentine).

Avec le soutien de : INCAA, Fonds Sud Cinéma (Ministère des Affaires Etrangères et le Centre National de la Cinématographie), Programme Ibermedia, Filmstiftung NRW, World Cinema Fund, Hubert Bals Fund et la Fondation Antorchas

Distribution : Sophie Dulac Distribution, France
Attachés de presse : Laurette Monconduit et Jean-Marc Feytout

Prix du meilleur scénario d'Amérique Latine au Festival de Sundance 2005; Mention spéciale du jury à San Sebastian; Prix-Alfred Bauer au Festival de Berlin 2006 (du nom du premier directeur de la manifestation); Festival de la Havane: Meilleur acteur - Meilleur réalisateur; Festival de Bogota: Meilleur film - Meilleur acteur - Meilleur réalisateur; Festival de Guadalajara: Prix du meilleur film - Meilleur scénariste - Prix "Fipresci" de la critique internationale; Festival de Montevideo: Grand prix...

El custodioEtre le garde du corps du Ministre de la Planification est le métier de Rubén, un homme de condition modeste forcé de côtoyer au quotidien le "beau linge" diplomatique. D'où ce décalage, des costumes impeccables rangés dans une armoire qui tient à peine debout, cette pression que filme Rodrigo Moreno pour son premier long-métrage réalisé seul (après El Descanso, co-réalisé en 2002 avec Ulises Rosell et Andrés Tambornino), dans une rigueur et une radicalité qui transmettent la froideur que supporte cet homme qui n'est que l'ombre d'un autre et n'a droit, tout au plus, qu'au mépris à peine bienveillant de tous ceux qu'il croise. Plus une soeur à moitié folle (premier rôle remarquable pour Cristina Villamor, amie de la mère du réalisateur) qui essaie de cacher cette misère des petites gens, si cruelle et comme irréversible, sous une logorrhée pitoyable qui nous vaut une scène d'anthologie dans un restaurant chinois, réalisme cauchemardesque, point de compression quasiment central de ce film qui traque la déshumanisation au rythme d'une mise en scène magistrale qui a tout d'une chorégraphie : sempiternelle surveillance qui répond au même ordre chaque fois, une voiture qui suit celle du ministre et dans laquelle, au côté d'un chauffeur qui ne lâche son volant que pour manger son éternel sandwich, Rubén veille, paré de son gilet pare-balles et de son 9mn, dont le nettoyage semble être pour lui la seule distraction possible, (si ce n'est quelques portraits qu'il réussit maniant aussi bien le crayon que le pistolet), tant tout lui est sordide, de la famille à l'amour, si l'on peut dire l'amour. Regard tranché sur l'esclavagisme moderne (ici un garde du corps mais ce pourrait être un employé de maison, un serveur de restaurant, en cela Rodrigo Moreno, s'il est argentin, est tout à fait sartrien : l'homme s'efface derrière son rôle), fable documentaire philosophique à la Camus aussi, tant Rubén est étranger à lui-même ou à ce qu'il fut. Seul élément de son passé que l'on apprendra : artilleur et connu comme bon artilleur... Comme, dans un tout autre registre, un ancien camarade de Chris Wilton, dans Match Point de Woody Allen, lui dit au hasard d'une rencontre qu'avec un si bon service il juge dommage qu'il n'ait pas continué... ou comme Rulo, le protagoniste de Mundo grúa de Pablo Trapero (réalisateur argentin que Rodrigo Moreno remercie au générique) qui a eu un passé de musicien phare avant de subir sa vie d'ouvrier de chantier, et que certains collègues reconnaissent également, nous révélant qu'il aurait pu endosser un meilleur destin. . . Rubén est un délaissé de la société, même s'il se déplace dans une belle auto, une belle tenue, bien entouré, quelqu'un qui aurait pu accéder à mieux, juste un peu mieux. Seulement il y a la vie, et elle ressemble parfois à une sacrée poisse. Une poisse que Rodrigo Moreno ordonne sans complaisance et sans spectaculaire, une poisse que les regards de chien soumis de Rubén distillent, regards sur les tromperies, les mensonges, les apparences et les provocations de la fille du ministre, tout ce qu'il doit couvrir et supporter. Rien pour aider Rubén, rien pour alléger son non-être, dénoncer son absence de suiveur transparent, soulager sa solitude intérieure immense rivée par l'intimité de l'autre qu'il protège. Jusqu'où cela ira-t-il ? jusqu'où ira-t-il ? telles sont les questions que chaque plan dessine, en une orchestration rude et presque silencieuse comme le malheur, comme une arme moderne, quand tout autour n'est que murmure, attente, haine. Ce film glisse telles les portières capitonnées des autos qui forment une ronde bien rodée dans les rues de Buenos Aires. Ce jeune cinéaste n'hésite pas à filmer sa ville comme un labyrinthe qui devient presque un personnage, un personnage qui étrangle peu à peu cet homme interprété de main de maître par Julio Chávez (vu et apprécié entre autres dans l'Ours rouge de Adrian Caetano, et que l'on verra bientôt dans El otro de Ariel Rotter). Petit bijou argentin de plus, film modèle, essai courageux tout simplement ? On hésite. Ce film audacieux d'un cinéaste modeste mais mature nous invite à suivre sa filmographie, pour savoir ce qui restera de cette radicalité : était-ce le sujet ? était-ce lui ? les deux ? Un premier film est toujours important, il contient les fondations d'une oeuvre à venir. Sans chercher à séduire son public par des artifices ou des facilités, Moreno lui donne ici un film sombre et intelligent, zen et glaçant, le récit d'un calvaire qui laisse le monde indifférent, parce que le monde ne le voit pas, tourne comme il tourne, empli d'ombres...

Michel MARX

site officiel (en français): www.sddistribution.fr/
site officiel (en espagnol et anglais): www.elcustodioelfilm.com.ar/


Garde du corps
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