La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Étreintes brisées de Pedro Almodóvar

Étreintes brisées de Pedro Almodóvar

Film espagnol - Titre original : Los abrazos rotos - Genre : Drame - Année de production : 2008 - Date de sortie : 20 Mai 2009 - Durée : 2h 9min.

Écrit et réalisé par Pedro Almodóvar

Penélope Cruz : Lena
Blanca Portillo : Judit
Lluis Homar : Mateo Blanco / Harry Caine
Luis GOMEZ José : Ernesto Martel
Angela Molina : Mère de Lena
Tamar Novas : Diego
Rossy de Palma : Julieta
Rubén Ochandiano : Ray X
...

Directeur de la photographie : Rodrigo Prieto
1er assistant réalisateur : Guillermo Escribano
2ème assistant réalisateuR : Daniel Rivero
Compositeur : Alberto Iglesias
Monteur son : Pelayo Gutiérrez
Mixage : Marc Orts
Chef décorateur : Antxón Gómez
Costumière : Sonia Grande
Coiffeur : Maximo Gattabrusi
Maquilleuse : Ana Lozano
Ingénieur du son : Miguel Rejas
Directeur du casting : Luis San Narciso
Scripte : Yuyi Benringola
Directeurs de production : Toni Novella et Sergio Diaz

Production : El Deseo S.A., Espagne
Distribution : Pathé Distribution, France

Les étreintes brisées

La cécité du personnage réalisateur nous renvoie au film de Woody Allen de 2002 : Hollywood Ending où il était aussi question de la relation d'un cinéaste à un producteur riche et de la problématique que représente le film à finir, l'oeuvre à mener jusqu'à son terme, cécité et finalité, pulsions de vie et pulsions de mort, Éros et Thanatos... Signatures de deux maîtres cinéastes peut-être ressemblantes aussi par la présence de leur égérie désormais commune (même si Penélope est loin d'être commune...) puisque Étreintes brisées ne nous sépare de Vicky Cristina Barcelona que de quelques mois et nous ramène la grande actrice espagnole (dont le nom ici couvre les murs puisque les croix y sont légion comme une croyance en la transmigration des âmes) telle une soeur décidément si belle qu'il ne nous viendrait pas à l'idée de quitter cette famille, et que les minutes en trop de ces Étreintes nous semblent au fond relever de la délectation pour le déjà vu que l'on aime retrouver, que l'on redemande, qui fait partie d'un capital d'images et de sensations au goût d'héritage. Après avoir été sa secrétaire, et failli être sa belle de jour, sous le même nom que Deneuve dans le film de Bunuel (Severine), Lena (Penélope Cruz) est la compagne de l'homme d'affaires fortuné Ernesto (José Luis Gomez). Elle se rêve actrice et malgré un casting qui lui laisse peu d'espoir, Lena est retenue pour le rôle principal du film de Mateo Blanco (Lluis Homar). Elle pousse Ernesto à financer la production du film, il la poussera d'une autre manière. Mateo est subjugué par la vision si malléable et magique de ce visage de l'amour, et c'est sa propre vue qui en sera brisée. Ernesto a un fils inverti, et c'est lui qui inversera le cours de notre jugement de spectateur en nous faisant comprendre que le hasard est le pire ennemi dans cette intrigue en chausse-trapes où l'angoisse de la vengeance, du retour des choses, de la folie du temps, de la disparition des êtres chers, est diluée comme les onguents almodovariens et alleniens, résineux et déraisonnables, qui nous font dire parfois de leur ouvrage qu'il n'est pas le meilleur de leur immense filmographie, qu'ils s'imitent eux-mêmes à nous faire douter de notre vraie émotion devant les ombres qu'ils mélangent dans un souffle toujours revenant, revenu, captateur, comme ici l'oeil de la caméra documentaire et scrutatrice de ce fils (Almodóvar?) qui est le regard blessé et rejeté de cette fantasmagorie qu'est le cinéma, la vie, l'amour et la trahison, regard sur les mouvements de lèvres plus tard décodés par une traductrice neutre et dangereuse (Almodóvar encore?)... autant de représentations versées dans un geste ample, prismatique et torturé, comme les ingrédients d'une recette qui est désormais une marque de fabrique, un talent, une interrogation d'artiste sur le monde, sa beauté et sa fulminance.

Michel Marx

Cette critique est mise en avant sur le site de L'Hippocampe associé :
www.hippocampe-associe.com/article-31942103.html

 


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