La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Frozen River de Courtney Hunt

Frozen River de Courtney Hunt

Film américain. Genre : Drame - Année de production : 2008 - Date de sortie France : 07 Janvier 2009
Durée : 1h 37min.

Scénario et réalisation : Courtney Hunt

Interprètes :
Ray Eddy : Melissa Leo
Lila : Misty Upham
Trooper Finnerty : Michael O'Keefe
Jacques Bruneau : Mark Boone Junior
T.J. : Charlie McDermott
Jimmy : Dylan Carusona
Guy Versailles : Jay Klaitz
John Canoe : Bernie Littlewolf
Billy Three Rivers : Michael Sky

Directeur de la photographie : Reed Morano
1er assistant réalisateur : Kevin Pazmino
Compositeur : Peter Golub et Shahad Ismaily
Monteuse : Kate Williams (II)
Chef décorateur : Inbal Weinberg
Créatrice de costumes : Abby O'Sullivan
Régisseur général : Craig Shilowich
Directrice du casting : Tracey Deer
Scripte : Andrew Cesana
Assistant de production : Laura Mehlhaff
Chargé de production : Shamika Pryce
Assistant opérateur : Waris Supanpong

Producteur : Heather Rae
Coproducteur : Molly Conners
Producteur associé : Alfonso Trinidad
Producteurs exécutifs : Charles S. Cohen et Donald A. Harwood
Coproducteur exécutif : Jay B. Itkowitz
Producteur délégué : Chip Hourihan

Distribution : Rezo Films, France - Sony Pictures Classics, U.S.A.
Attachées de presse : Céline Petit et Camille Bonvallet

Grand Prix au Festival de Sundance 2008
Prix d'interprétation féminine pour Melissa Leo au Festival de San Sebastian
Prix d'interprétation féminine pour Melissa Leo au 8ème Festival International du Film de Marrakech.

Frozen rverEtre(s) dans la neige
Voici un très beau film. Il s'ouvre sur des larmes, il se ferme sur une compassion certaine, il a donc le sens de l'espoir mais n'est pas une seule seconde aveugle sur les grandes questions humaines : la survie, la famille, le devoir des femmes, la souffrance sociale, la solitude à assumer dans un contexte d'une dureté naturelle immense. Une petite ville de la grande Amérique à la frontière du Canada. Ray, bouleversante Melissa Leo (remarquée dans 21 grammes et Trois enterrements) qui épisodiquement nous fait penser à Isabelle Huppert dans ses meilleurs moments, quand rigueur et tristesse glacent ce beau visage de la maturité écorchée, d'autre fois à certaines approches de Ken Loach, pour la véracité du grain, Ray, donc, héroïne combattive qui, le pistolet à la main quand il le faut, lutte pour la survie de ce qu'il reste de sa famille - un petit et un adolescent - depuis que le père a filé pour continuer à jouer l'argent de la maison, Ray nous colle à notre fauteuil pendant toute la durée de cette aventure des temps modernes qui, même si l'action se situe en effet de nos jours, a quelque chose d'intemporel ou plutôt de tous les temps, de toutes les épopées, depuis que la civilisation opprime les faibles et les isole dans la nuit glaciale de tous les dangers. Voici pourquoi Tarentino parle de thriller en présentant ce film sur l'affiche, un film qui pour moi n'est pas un thriller - même s'il ne manque pas d'action - mais un portrait social et intimiste, un oeil posé avec une impeccable justesse sur des destins en résistance et donc en lutte, dans les paysages d'un froid qui ne facilite rien, et ne purifie rien, au contraire. Les êtres y sont montrés comme des loups. C'est le portrait principalement de deux femmes, une Blanche, Ray, la quarantaine, et une jeune Indienne de la tribu des Mohawks, Lila, souffrant d'une mauvaise vue (de près car de loin rien ne lui échappe des paysages tant de fois traversés) interprétée magistralement par Misty Upham. Ray qui est à la recherche de son mari, rencontre Lila qui lui a volé sa voiture. Raison de l'emprunt : faire passer illégalement aux Etats-Unis des immigrés clandestins, à travers la rivière gelée de Saint Lawrence, située dans la Réserve indienne, zone sous contôle indien. Afin de récupérer l'argent qui manque pour payer la dernière traite de la maison - seul espoir de quitter ce mobil home misérable qu'elle occupe avec ses deux fils dont le plus grand est en pleine révolte liée à son âge et à la relation détruite entre cette mère surprésente et ce père absent - Ray décide donc après avoir mis les choses au point à sa manière, de collaborer avec Lila qui, elle, vit seule dans une roulotte, sorte de miroir du lieu de vie de Ray. Juste pour quelques passages, le temps d'amasser la somme dont elle a besoin. Lila, dans son silence poignant, porte aussi une déchirure, auquel Ray donne la légitimité d'un combat : son bébé lui a été volé par sa belle-mère. Voilà de quoi, sans palabres, se comprendre, après s'être flairé et battu. Voilà de quoi affronter les lois, celle de la police d'État, celle de la police Mohawk, celle des esclavagistes pour qui les corps sont de la marchandise, des dollars, de la monnaie d'échange, du silence encore puisque certains, la plupart sont des asiatiques, ne parlent même pas l'anglais et sont traînés devant nous à coups de pieds, tirés par les cheveux, jetés à grands cris dans la malle arrière... Rien ne nous est épargné, rien ne leur est épargné, les réseaux fonctionnent sur une quasi impunité et une mécanique implacable, et Ray et Lila se seront rencontrées dans ce désespoir immense qu'est le monde où règne la suprématie du Blanc dont on peut se demander ce qu'il en tire quand on observe, en regard du calvaire des clandestins, ce maigre espoir auquel il est forcé désormais de se raccrocher pour trouver un sens à sa vie. Curieusement, et grâce au talent de la réalisatrice américaine dont c'est le premier long-métrage, à la précision de sa caméra, à la ferveur de sa mise en scène qui donne à chaque rôle une très belle amplitude, à l'intelligence de son montage, on ne sort pas laminé de cette séance qui nous remonte les bretelles et nous permet de relativiser notre hiver. Là-bas la nuit est à -34 degrés et les secours n'existent pas. Mais là-bas, bien sûr, c'est aussi un peu ici, l'un des carrefours des clandestins et des marchands d'esclaves comme une image de ce que nous sommes, des loups pour l'homme, des êtres dans la neige, et parfois des saint(e)s.

Michel MARX

(critique signalée sur L'Hippocampe associé)

Bande annonce :


Frozen River
envoyé par ultimteam
 

Accueil | Copyright | Contact | ©2009 Michel Marx