La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Golden door de Emanuele Crialese

Golden door de Emanuele Crialese

(Film français, italien - Genre : Drame - Année de production : 2006 - Date de sortie : 21 Mars 2007
Durée : 1h 58min.)

Scénario et réalisation : Emanuele Crialese

Comédien(ne)s :
Lucy : Charlotte Gainsbourg - Salvatore : Vincenzo Amato - Donna Fortunata : Aurora Quattrochi -
Angelo : Francesco Casisa- Pietro : Filippo Pucillo - Rita : Federica De Cola - Rosa : Isabella Ragonese - Don Luigi : Vincent Schiavelli - Mangiapane : Massimo Laguardia - Don Ercole : Filippo Luna - Mr Del Fiore : Andrea Prodan - Dr. Zampino : Ernesto Mathieux

Directrice de la photographie : Agnès Godard
Compositeur : Antonio Castrignano
Monteuse : Maryline Monthieux
Directeur artistique : Laurent Ott, Filippo Pecoraino et Monica Sallustio
Chef décorateur : Carlos Conti
Costumier : Mariano Tufano
Coiffeur : Stefano Ceccarelli
Ingénieur du son : Pierre-Yves Lavoué
Directrice du casting : Norma Angeleri

Memento Films Production - Respiro (co-production) - arte France Cinéma (co-production) - Titti Film (co-production) - Rai Cinemafiction (co-production) - Wild Bunch (en association) - Canal+ (participation) - TPS Star (with the support of) - Westdeutscher Rundfunk (WDR) (with the support of) - Eurimages (with the support of) - Media Programme of the European Union (with the support of) - Centre National de la Cinématographie (CNC) (with the support of) - Cofinova 1 (with the support of) - Cofimage 16 (with the support of) - Soficinéma (with the support of) - Banque Populaire Images 6 (with the support of) - Sofica Europacorp (with the support of)

Distribution : Memento Films, France
Attachées de presse : Laurence Granec et Karine Ménard

Golden doorPlus que d'une certaine folie, Golden door est un film empreint d'une folie certaine. Folie des premières images où deux hommes grimpent vers un autel dressé en pleine montagne, une pierre dans la bouche, pour demander conseil à une sainte; folie de leur vie de labeur dans la campagne sicilienne du début du vingtième siècle, qu'ils décident de quitter parce que des cartes postales apparues comme un signe en haut de la montagne leur font croire à l'eldorado; folie de leur traversée en bateau où la vie humaine est soumise aux mouvements de la mer et aux caprices du vent, et aux conditions déplorables vendues pourtant à prix d'or; folie de cette immigration massive où le nouveau monde n'accepte du vieux monde que les sujets "adaptables"; folie des séparations familiales qui ne sont pas pas sans suggérer d'autres séparations plus actuelles, quand les sans-papiers font l'objet d'un court-métrage projeté en ouverture de séance. Car si Golden door surprend moins que Respiro, parce que Respiro est peut-être simplement antérieur à celui-ci, ce long-métrage est à la fois politique et esthétique et, avec peu de dialogues mais des images extrêmement maîtrisées, nous parle du laminage américain mais aussi d'amour. Parce que le père de famille, si nuancé Vincenzo Amato, qui, flanqué d'une mère guérisseuse et de deux fils, tous trois difficiles à maîtriser, emmène sa famille vers l'inconnu où les pièces de monnaie qui tombent du ciel sont gigantesques et les légumes à l'avenant, tombe en véritable fascination devant la voyageuse anglaise aux cheveux roux interprétée par la fascinante Charlotte Gainsbourg. Apparition à laquelle le cinéaste est si sensible que l'on finit par se demander si, pour lui, la sainte n'est pas cette jeune femme évanescente qui cherche un mari pour aborder la nouvelle terre avec des papiers en règle. Folie du tri, qui n'est pas non plus sans en rappeler d'autres encore plus tristes et qui viendront un peu plus tard dans le temps, folie des espoirs déçus quand il faut épouser de vieux riches pour satisfaire aux trafics monnayés sous le couvert de lois véreuses, folie de ces mouvements humains, ici quatre semaines de traversée avant d'atteindre Ellis Island pour savoir qui l'Amérique, au bout de ses tests aux ignobles visions modernistes, comme les dénoncent Charlotte Gainsbourg, belle et lucide, rayon de délicatesse éclairée sur ce monde d'ombres absorbeuses, verra comme citoyen acceptable. Autorité des anciens qui ne pèse plus rien devant la machine à broyer les particularismes qui pour autoriser le franchissement de la «La Porte d’Or» exige que l'on abandonne ses propres croyances, ses rythmes, ses silences méditatifs, ses propres réalités. Il faut mourir pour renaître, c'est le prix des pommes d'or et des carottes géantes. Emanuele Crialese, dans un filmage halluciné, ne reculant pas devant le symbolisme magique distillé comme un refrain enchanté, nous emmène deux heures durant, que certains spectateurs impatients trouveront parfois un peu longues, dans une matière difficile à résumer tant elle est portée par un souffle inspiré, grandiose et presque silencieux, comme un bateau qui avance et ouvre la mer dans un sillon bouillonnant où le goût des apparitions amoureuses tournoie dans le bouillon des larmes écumeuses.

Michel MARX

site officiel français : www.goldendoor-lefilm.com/

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