La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Huacho de Alejandro Fernández Almendras

Huacho de Alejandro Fernández Almendras

Drame chilien, français, allemand - Année de production : 2009 - Sortie France : 9 décembre 2009 - Durée : 1h29 min

Réalisation : Alejandro Fernández Almendras
Scénario : Alejandro Fernández Almendras et Sébastien de Sainte Croix
Scripte : Jerónimo Rodríguez Naranjo

Interprètes :
Clemira Aguayo : Clemira
Alejandra Yáñez : Alejandra
Cornelio Villagrán : Cornelio
Manuel Hernández : Manuel
Wilson Valdebenito : Wilson
Rosa Urbina : Rosa
Luz Marión Sepúlveda : Luz Marión
María Cristina Muñoz : Cristina
María Inés Saravia : Sra. María Inés

Production Charivari Films et Pandora Filmproduktion GmbH
Coproduction Arte France cinéma
Exportation/Distribution internationale Sophie Dulac Distribution

Directeur de la photographie : Inti Briones
Ingénieur du son : Pablo Pinochet
Monteur : Sébastien de Sainte-Croix
Costumière : Mary Ann Smith
Mixage : Dominique Vieillard
Directeur artistique : Rodrigo Guerra
Directeur de post-production : Daniel Henríquez-Ilic
Assistant réalisateur : Óscar Godoy
Directeur du casting : Paula Leoncini

Huacho

1h29 de beauté. D'où la question, pourquoi ne parle-t-on pas plus et mieux de ces films qui restent des comètes, font trois petits tours et puis injustement s'en vont quand des superproductions polluent les écrans occidentaux, les colonnes de journaux, les discussions au goût du jour, créant un immense embouteillage verbal ?

Et pourtant il y a tant à retirer de cette journée de fin d'été où l'on suit tour à tour les quatre membres d'une famille chilienne (qui ne sont pas des acteurs professionnels, une volonté d'authenticité de ce réalisateur exigeant dont c'est le premier long métrage, Huacho ayant entre autres le sens de "Abandonné") - un homme et une femme âgée mais qui travaillent encore, lui comme ouvrier agricole, elle à fabriquer des fromages qu'elle vend au bord de la route, leur fille, employée dans une ferme touristique pour bobos en voyage écolo, et leur petit-fils, surnommé le paysan par ses condisciples du collège, huppés et ayant accès aux consoles portables, credo d'un modernisme aux valeurs matérielles et vides, un vide qui pourtant ne se prête pas...

Il y a la vastitude des images qui embrassent le paysage fulgurant de ce sud chilien et ces plans rapprochés sur les visages où le temps passe, dans la nature, dans la ville, dans le même silence où les yeux de chacun des quatre cherchent à demeurer dans un monde qui tourne. Il y a lui qui aime raconter les histoires de sa jeunesse, qui contiennent un enseignement et peuvent soudain redoubler à la faveur d'une coupure d'électricité. Sa femme qui subit la hausse du lait et le marchandage des clients qui essaient de contourner la loi du marché. Leur fille, qui rattrape sa culpabilité sans rien dire, à l'écart de celles auxquelles le pouvoir de l'argent attribue un égard auquel elle n'a pas droit. Il y a ce gamin magnifique qui encaisse et a besoin de trahir ceux qui le rejettent, qui hésite à s'asseoir sur les genoux de sa mère dans le bus parce qu'il a grandi même s'il est encore petit dans cette foule, qui trouve que son grand-père raconte toujours la même chose mais ne lui manque pas de respect parce que c'est toujours la tendresse qui gagne.

Il y a ces hommes hissés dans les camionettes, dans les bars, ces hommes comme des murs qui boivent leur destin, il y a ce Chili qui se mondialise... et qui pourtant, si l'on suit l'actualité de ces contrées que l'on croit éloignées, semble pencher vers un passé...

Il y a toutes ces questions fondamentales : qu'est-ce que vivre, subir la condition de sa classe, garder sa croyance et son amour des autres ?

Il y a cette journée de vicissitudes et ces retrouvailles avant de retourner ensemble, comme une entité reformée mais qu'un fossé menace, vers la maison où la lumière revient et où les mots s'éteignent parce qu'une série télévisée happe le plus important... Le plus important ici, pendant qu'il reste encore quelques salles pour le projeter*, serait de voir ce film, un geste militant peut-être et qu'on ne regrettera sûrement pas tant les images nous emplissent immédiatement et - gage de talent - restent en nous comme des bruissements, des rappels, des éveils.

Et puis tant de calme (avant la tempête du XXIème siècle?), dans un récit qui n'est pas du tout réactionnaire ni platement passéiste mais montre, par une caméra maîtrisée, généreuse et volontaire, les mondes comme ils sont, sans décors irréels, sans renfort de luxe épatant, sans violence racoleuse, ça mériterait bien une médaille.

Michel MARX

Cette critique est relayée sur :
www.hippocampe-associe.com/article-cinema-parlant-tres-parlant--41439545.html

Bande annonce du film :


Bande annonce HUACHO VOST
envoyé par SDDistribution.

 

 



 

 

 

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