La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Images de femmes ou le corset social de Jean-François Ferrillon

Images de femmes ou le corset social de Jean-François Ferrillon


Long-métrage français . Genre : Documentaire
Durée : 01h20min Année de production : 2010

Date de sortie cinéma : 5 janvier 2011

Réalisé par Jean-François Ferrillon


Production : Imagie
Chef opérateur : Stéphane Mauger
Monteur et directeur artistique : Philippe Monpontet
1er assistant réalisateur : Frédéric Bacala
Musique originale : Arnaud Jacquin
Sound design et Musiques additionnelles : Eric Simon
Mixage : Cyril Jegou
Les journalistes : Mathilde Toulot et Daphnée Delamare

Avec la participation de : Christian Lacroix, John Galliano, Noelle Chatelet, Isabel Marant, Catherine Breillat, Eric Zemmour, Catherine Deneuve, Florent Pagny, Nathalie Kosciusko-Morizet, Anna Prucnal Nomi, Anna Piaggi, Jacques Abeille, Catherine Perret, Gilles Lipovetsky, Jean-Charles De Castelbajac, Pascal Ory, Tina Kieffer, Herself, Sarah Stern, Marie Darrieussecq, Mercedes Erra, Olivier Cachin, Geneviève Morel, Catherine Bensaïd, Catherine Joubet, Florence Muller, Catherine Clément, Olivier Zahm, Marie-Françoise Colombani, J-D Nasio, F-Donatien, Diane Pernet, Danii Minogue...

Attaché de presse : François Vila

Images de femmes

Est-ce que l'on peut s'échapper de la fascination des images et des dits ? Est-ce qu'après avoir vu ce film on commence à regarder autrement avec un peu de recul ce qui nous corsète dans notre société occidentale ? Femmes et hommes et également les enfants...hélas.
Oui.

Et ce film donne même envie de le revoir...et pas seulement comme les publicités, car si tout est compté, chronomètre en main, comme dans notre vie active : « pas le temps ! », le réalisateur, Jean-François Ferrillon, crée par cet essai un « monstre-pieuvre » et les pistes qu'il ouvre et projette, comme des tentacules, sont nombreuses.
Film dense, extrêmement dense avec une maîtrise du montage et un plaisir des images !

Le réalisateur sait choisir, cadrer, donner « sens », dans toutes les déclinaisons du mot, sensation, direction et signification, en un dialogue constant entre l'écrit plein écran, les voix, l'écho des mots, dans le jeu d'une mise en abîme que l'on a envie de saisir.
Un savoir faire de publicitaire. Certes, cela énerve un peu ! Heureusement assez bien dosé.
Il faut voir sur grand écran ces plans, choisis sur paraît-il 900h de rushes, tellement en symbiose avec ce qu'une bonne partie de la société actuelle aime ou recherche, ou ce que les médias imposent. Fascinant !
Que de belles images ! Que de belles femmes ! Belles ou étranges, ou dérangeantes jusqu'à la monstruosité.
« Une voix d'homme, blanche, monocorde, comme hors du temps, s'interroge sur l'image des femmes qui s'offre à nos regards...

« Il s'agissait au départ d'un film sur la mode, la beauté, le rêve (répétition en écho) fait par un homme qui avait pris l'habitude de se retourner sur les femmes, de se retourner sur ces images dites belles et qui voulait interroger cette habitude de femmes, modèles irréels imposées par le marché dites belles, une réflexion sur l'idéologie de l'apparence »
Questionnement sur les critères de beauté véhiculés – imposés ? - par le monde de la mode et ses modèles. ».
Est-ce que tout le monde ressent cette fascination pour ces images, visibles partout, sur les écrans, les magazines, la publicité, les murs des villes …?

Pour ce faire le réalisateur s'appuie sur des milliers d'images de défilés, de mannequins, des magnifiques images de celles qui les regardent dans la pénombre, visages tendus, tristes, étonnants, des passantes de la vie de tous les jours en ville, des objets du quotidien qui font partie de notre société occidentale, de ses rues marchandes, ses magasins, son marketing, ses publicités, ses chalands, ses acheteurs, ses soldes, ses essayages, ses corps minces, maigres, obèses, ses visages peints, une flopée d'images en point ou contre-point dont les signifiants sont cloutés de graphies plein écran, écho d'un mot, d'une idée dans une redondance hypnotique.

La parole est donnée à de nombreux intervenants et fait entendre, dans une mise en scène toujours soignée, sophistiquée, les multiples opinions de spécialistes de notre monde contemporain, sociologues, écrivains, psychanalystes, psychiatres, éditrices de magazine, historienne de la mode, stylistes, philosophes, une réalisatrice...des propos construits à partir de leur expérience acquise au cours de la pratique de leur métier, leur spécialité. Le réalisateur sélectionne un aperçu de leur point de vue sur ce qui se passe, leur analyse actuelle. C'est vite énoncé, une phrase, un seul mot ou quelques phrases, celles-ci dans ce cas distillées au fil du film en plusieurs apparitions ou par la seule voix. Par petites touches, certaines trop vite enchaînées avec d'autres et d'autres encore. Pourquoi tant de précipitation ?

« En permanence » à l'oral, à l'écrit, en écho. Tout s'enchaîne avec des variantes et une rapidité et une esthétique assez irréprochable et provoquant une certaine ivresse des sens ainsi constamment sollicités. Cependant tout ceci pour nous dire quoi ? Le piège dans lequel la féminité est tenue, piège sociétal, piège médiatique ?
Voici une liste incomplète des mots-maux, trame de la quête du réalisateur et de son questionnement dans ce trop plein, ce débordement d'images. Lire juste les mots mis en valeur permet de retracer le cheminement de sa réflexion. Démontrer l'épidémie qui ravage notre société malade d'une beauté qui a perdu sa singularité, sa présence, son âme.
luxe, argent, valeur, fantasme, Beauté la beauté du diable, être en beauté, un grain de beauté, une beauté .... La Beauté, le rêve « En permanence » je suis Belle et vous ? Soumission, soumission à l'archétype, élite, élite, devenez top modèle, (une fiche signalétique se complète peu à peu)
taille :ok
silhouette :
visage :
poids :
personn (qui s'écrit lentement à l'écran peut-être pour jouer sur le mot personne, rien, et le mot enfin écrit, complet) personnalité,...belle, grande, personnalité, inquiétude, modèle, irréel, frustation, la société, reproduction, idéale, l'archétype, le mythe de la minceur, jeunesse éternelle, jeunes, le tourment, le vieillissement, imperfection, mirage oblige, essayer de se voir, la féminité, garantie qu'elle soit une femme Je veux être elle !
le commerce universel, le vêtement comme alibi, Mode, habit, femme
une réification globale de la femme ? (fait de transformer en une chose ce qui est une idée un concept)
Reflet et Miroir, les autorités, la norme, le rite sacrificiel, (dont des très jeunes mannequins quasiment anorexiques), libre de notre image, Mascarade féminine, l'expansion du diktat, l'esprit Marie-Claire, Les femmes n'aiment pas : faites-ceci, faites-cela, Dois-je refaire mes seins ? les mots de moi-même, réussir sa vie, mode d'emploi, on perd notre liberté, Ma vie ? ONE WAY Publicité contre parole poétique, le réel ? publicité , consommez, ne seront plus qu'images, partout

Le discours prisonnier de sa propre redondance explose dans ses deux extrêmes, le sexe et la poésie et n'arrive pas à donner de l'espoir, il s'enfonce au contraire dans la provocation avec l'extrait du film de Catherine Breillat (Anatomie de l'enfer), la dénonciation avec une image d'excision, (ce qui est un traitement infime par rapport au sujet), la bêtise humaine, une petite fille mimant la parade amoureuse, l'inconscience, les enfants laissés à eux-mêmes sur un canapé dans le noir face à l'écran où l'on peut imaginer ce monde d'apparence qui devient leur réalité, la laideur...

pornographie, ambiguïté, avertissement : ce programme est destiné à un public de plus de 18 ans, se conformer, voiles, métaphores, royaume d'Hadès et de l'oubli; glaïeul : les phonèmes donnent la sensation du sexe féminin, labiales nouvelles fleur de chair vivante, refus de son abîme, aucun discours sensé, projet, promesse, une attente de l'ordre de la présence, ce qui manque au discours sensé, on rentre dans la magie, enfants, induire, poème, fantasque beauté ...

Tant d'idées abordées et dont de nombreuses développées, films dans le film comme celle de l'apparence à travers le dernier siècle, ou l'emprise de la mode et des créateurs apportant une tyrannie mortifère à laquelle combien de jeunes succombent, ou le diktat des magazines de mode. Le film s'enfonce dans l'enfer d'une beauté qui a perdu toute âme et qui devient laideur et touche l'enfance, ce qui n'a pas le droit d'être sali pour que l'être humain puisse se construire.
Quelle solution ? Une esquisse est proposée, la poésie...il faudrait qu'elle atteigne la force et la beauté des «fleurs du mal».

Il y a objet à discuter à partir d'une telle démarche même si des zones impures pèsent, et ne sont pas clarifiées. Le réalisateur, a-t-il été subjugué à tel point qu'il ne sait plus où il en est, pourtant les dernières images crient avec ces enfants possédés par l'écran, partis dans un monde qu'ils ne peuvent pas maîtriser puisqu'ils le subissent. Ces images d'usine où tout est bien empaqueté, robotisation de notre monde dont il faut s'échapper en retrouvant d'autres valeurs, lesquelles ? Le beau, oui mais, le beau-bien, bon, vrai, réel et non mirage, mensonge, robot, argent, profit...pour ne pas sombrer et crier comme Marie Darrieussecq « perdu », « perdu » !

Oui il faut prendre du recul et réagir ! Il faut parler à son tour et la réussite de ce film pourrait se faire s'il est présenté à la lisière du « collège et cinéma ». Au lycée les dés ne sont-ils pas déjà jetés ? Il y a peu de repères le monde de l'image a tout envahi. Il faut donc en parler. Il faut parler et parler de tout cela. L'éducation à l'image ne peut pas laisser ce film de côté, il faut que des spécialistes le décortiquent en tronçon.

Le réalisateur Jean-François Ferrillon travaille déjà sur une suite, « au-delà de l'apparence » et puis « l'âme humaine », un triptyque qui lui permettra d'aller plus au fond des choses et espérons de laisser un peu plus de temps à certains intervenants de s'exprimer et surtout de s'ouvrir aussi aux images non seulement des femmes mais des êtres humains car les jeunes hommes sont subjugués de la même façon. Qui peut en réchapper actuellement quoiqu'en pense ce jeune sociologue que vous reconnaitrez aisément. Mais allez voir ce tourbillon d'images, il en vaut la peine.

Elyane Daniel

Accueil | Copyright | Contact | ©2011 Elyane Daniel