La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : J'attends quelqu'un de Jérôme Bonnell

J'attends quelqu'un de Jérôme Bonnell

(Film français - Genre : Comédie dramatique - Année de production : 2006 - Date de sortie : 21 mars 2007 - Durée : 1h 36min.)

Comédien(ne)s :
Louis : Jean-Pierre Darroussin
Agnès : Emmanuelle Devos
Jean-Philippe : Eric Caravaca
Sabine : Florence Loiret
Stéphane : Sylvain Dieuaide
Farida : Sabrina Ouazani
Tony : Yannick Choirat
Bouchardon : Marc Citti
la dame aux chiens blancs : Nathalie Boutefeu

Scénario : Jérôme Bonnell
Réalisation : Jérôme Bonnell

Directeur de la photographie : Pascal Lagriffoul
Musiques additionnelles : Grieg, Stevie Wonder
Monteuse : Camille Cotte
Chef décoratrice : Anne Bachala
Costumière : Carole Gérard
Maquilleuse : Barbara Schneider
1er assistant réalisateur : Sébastien Deux
Ingénieur du son : Laurent Benaïm, Hervé Guyader et Emmanuel Croset
Régisseur général : Olivier Bonnard
Scripte : Christine Raffa-Catonné
Directeur de production : Philippe Roux

Distribution : Bac Films, France
Attaché de presse: Cédric Landemaine

J'attends quelqu'unL'une mange des carottes, l'un mange des bananes, l'autre promène ses chiens, Jérôme Bonnell y va du symbole et de son regard toujours fin, pétri d'amour pour ses personnages. Des personnages qui ne sont pas compulsifs, non, ou pas seulement, et qui tiennent le coup avec un verre de vin, un disque, quelques rires et des pleurs presque toujours retenus... la vie comme qui dirait, comme dans L'éducation sentimentale de Flaubert, que lit pour la cinquième fois Louis, ce qui surprend tout le monde. C'est parce que l'écrivain, se justifie-t-il, est né comme lui un 12 décembre... Louis c'est lui, lui c'est nous, si juste Jean-Pierre Darroussin, incarnant le pathétique évité de justesse par le rire et une bienveillance certaine derrière les airs bourrus et les blagues à deux sous, si souvent au fil du rasoir, patron de bar toujours seul, même s'il y a sa soeur, Agnès - émouvante et si présente Emmanuelle Devos, si vivante et si seule aussi, à tel point qu'on la prend pour notre propre soeur - ce que réussit toujours Bonnell, du Chignon d'Olga en 2002, en passant par Les yeux clairs en 2005, filmant l'élégance du désespoir en n'oubliant jamais de nous faire rire. Louis est seul, même s'il y a cette petite pute de province, Sabine - excellente Florence Loiret - qui fait ça avec le détachement d'une poisse acceptée, le même sourire en coin que Darroussin. Qui se ressemble s'assemble, et se détache... les personnages de Bonnell dérivent et s'accrochent au talus qui borde la mauvaise rivière sur laquelle ils attendent tous quelqu'un mais ne le disent jamais. Joli titre qui n'a l'air de rien et pourtant, J'attends quelqu'un, écho à d'autres films qui font partie de la même famille des sans famille: Pardonnez-moi de Maïwenn, Je vais bien ne t'en fais pas de Philippe Lioret, Je ne suis pas là pour être aimé de Stéphane Brizé. Tous la même qualité, la perception aiguë du déséquilibre des choses, et du peu qui nous sépare toujours des solutions, des réconciliations, des contes de fée abandonnés dans une consigne de gare, quelque part dans la province des sentiments. Ici aussi, c'est le drame français : plus franchement d'inscription politique même si l'on s'interroge sur l'industrie de la viande, plus de vraie cellule familiale parce que les vieux souffrent d'alzheimer, plus de vrai travail parce que le chômage grignote les énergies, plus d'espoir parce que l'argent et le manque d'argent salissent tout, plus d'amour parce que les histoires se ratent à la pelle comme les feuilles mortes des romans classiques. Et pourtant, ce sont des bras tendus vers les autres, pas toujours vus, le bon mot à la bonne place, pas toujours entendu, des regards bouffés de romantisme ravalé qui ne demande qu'à s'exprimer, dans une forêt, un restaurant, un parc, un train... Louis a les mains baladeuses, sa soeur ne sait pas toujours quoi faire des siennes parce que les hommes, que ce soit le mari d'Agnès, Jean-Philippe - excellent Eric Caravaca - ou Sylvain - tout aussi brillant Sylvain Dieuaide - marchent tous à cloche-pied - dans les films de Bonnell, il le dit lui-même, ce sont les femmes qui ont les pieds sur terre... dans une histoire ou il y en a plusieurs, qui elles aussi, comme les gens, paraissent indépendantes mais ne le sont pas. Car si l'affaire centrale est celle du patron du café de la Paix où, bien sûr, on ne lui fiche jamais la paix, entre ce fils à partager avec la mère, un fils qui n'a pas de jouets chez son papa mais des bouquins, les clients, Sabine qu'il aime sans pouvoir le lui dire, et les banquiers qui guettent, des récits il y en a d'autres, et tout ça ça fait d'excellents moments... des propos égrainés au long d'une partition qui commence avec des images panoramiques comme si le monde était large et ouvert, lumineux, baigné de promesses, et se referme peu à peu sur les parois grises d'un hôtel anonyme, de pavillons dont on peut toujours changer les meubles de place, il vous en restera le goût de la poussière, jusqu'à l'image finale où la luminosité semble envoyer de nouveaux signaux . Louis le dit si bien, le problème des morts c'est qu'on ne pense pas à leur mettre quelqu'un dans leur cercueil... Ne serait-ce pas aussi le problème des vivants ? nous dit Jérôme Bonnell, que la conscience poétique sauve toujours du misérabilisme. Français, oui, mais quand on regarde les films qui nous viennent de loin, ainsi La perrera de Manuel Nieto Zas d'Uruguay, on se dit que la question de la solitude, du manque d'inscription amoureuse, des sentiments ravalés, d'une perte des repères, est bien mondiale, et que Jérôme Bonnell, plaçant un délicat caillou de plus dans le cheminement fredonnant de son oeuvre, a quelque chose de talentueusement universel, d'époustouflant dans sa mesure : le sens de l'humain... cet animal... et du cinéma.

Michel MARX

> Site officiel de J'attends quelqu'un : www.bacfilms.com/fichesalles.php?id=194

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