La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Jaffa de Keren Yedaya

Jaffa de Keren Yedaya

Film allemand, israélien, français. Titre original : Kalat Hayam
Genre : Drame - Durée : 1h 45min.
Année de production : 2009 - Date de sortie : 10 Juin 2009

Scénario et réalisation : par Keren Yedaya
Collaboration au scénario : Illa Ben Porat

Interprètes :
Dana Ivgy : Mali
Mahmud Shalaby : Toufik
Ronit Elkabetz : Osnat
Moni Moshonov : Reuven
Roy Assaf : Meir
Hassan : Hussein Yassin Mahajne
Shiran : Lili Ivgy
Naima : Zenabh Mahrab
Evtesam : Suma Zenabh
Suzi : Dalya Beger

Directeur de la photographie : Pierre Aïm
1er assistant réalisateur : Shir Shoshani
Compositeur : Shushan
Monteur : Asaf Korman
Monteur son : Carola Richter, Jörg Theil et Michael Kaczmarek
Mixage : Dominique Delguste
Chef décorateur : Avi Fahima
Costumière : Li Alembik
Ingénieur du son : Jörg Theil
Superviseur du design sonore : Jörg Theil
Régisseur général : Boaz Vexler
Directrices du casting : Mira Shoval et Suma Zenabh
Scripte : Karen Sternler
Chef machiniste : Gal Altshuler
Directeur de production : Eyal Sadan
Chef électricien : Avi Avrahami

Exportation/Distribution internationale : Rezo Films International, U.S.A.
Production : Arte France cinéma, France - Bizibi Productions, France - Transfax Film Productions, Israël - Rohfilm, Allemagne

JaffaMon trésor, premier film de la réalisatrice israélienne Keren Yedaya, avait reçu la Caméra d'or en 2004 dans le cadre de la Semaine de la critique à Cannes, le Grand Prix de la SACD, le Prix de la jeune critique, remis par des lycéens ainsi que le Prix "Regards jeunes", décerné par un jury de jeunes cinéphiles européens. Ronit Elkabetz et Dana Ivgy y jouaient déjà admirablement une mère et sa fille. Ici, Ronit Elkabetz que l'on a vue souvent à l'écran en femme digne et malheureuse, est encore malheureuse mais moins digne. Car c'est le portrait d'une femme qui se croit fatale - que fait-elle de ses journées ? la réalisatrice nous le laisse imaginer : les magasins, les coiffeurs, du thé devant les programmes de la télévision... - mais qui devient, par son acharnement à vouloir régler quelque chose (son hystérie?... il faut la voir se faire masser les pieds en famille tantôt par l'un, tantôt par l'autre, dans une lassivité décalée et gênante), poussant son mari, Reuven, à une autorité démesurée et qu'il ne trouve donc pas, en quelque sorte l'outil de la fatalité. La fatalité c'est une dispute qui tourne mal entre son fils, Meir, et l'employé du garage familial, Toufik.
Meir est un véritable fléau, un cliché avec ses mains qui marquent toujours sa colère empêchée et sa constante parole venimeuse et raciste. Toufik, c'est un calme au regard de chat, un beau garçon digne celui-là, amoureux de Mali, la soeur de Meir, qui le lui rend bien. D'ailleurs elle est enceinte de lui.
Alors quand Meir meurt de sa chute, Toufik part en prison où il purgera en silence une peine de neuf ans.
Pendant ce temps, la famille endeuillée, qui a quitté Jaffa comme on fuit en vain une ombre, a recomposé le carré autour de la table de ces repas faits du même silence (un silence parfois à la Pialat) que l'isolement de Toufik - un silence dont Keren Yedaya excelle à rendre l'épaisseur universelle. Cependant le quatrième coin de ce carré n'est plus Meir mais Shiran, la fille de Mali à qui l'on a dit que son père était mort. Il y a des simplifications qui pèsent lourd. Ce poids, c'est le regard de la petite fille, c'est le regard de ce film qui démarre dans un malaise que l'on attribue au début à une mise en scène un peu improbable, dans un garage auquel on croit à peine, avec cette absence de clients - dont seuls les noms sont évoqués - avec ces gestes des employés qui ne semblent pas tout à fait être des mécaniciens mais des acteurs de théâtre tant l'espace est marqué par un vide qui serait celui de la scène mais est en fait, on l'intègre vite, le vide de ces vies de contradictions coincées entre des habitudes et un conflit national et ancestral qui donne toute sa portée tragique ainsi que sa beauté farouche à l'histoire. Car ce que pose la réalisatrice derrière cette famille dont la violence est le non-dit et dont elle scrute les visages comme s'il s'agissait d'animaux - un père fouine, un fils loup, une mère jument malade... et une fille dont la grâce martyrisée lui donne la démarche d'une biche blessée - c'est, peut-être, parce que le père est ashkénaze, la mère sépharade et l'amour de Mali palestinien, le drame d'une autre grande famille divisée.

Michel MARX

 


Accueil | Copyright | Contact | ©2009 Michel Marx