La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Je vais bien, ne t'en fais pas de Philippe Lioret

Je vais bien, ne t'en fais pas de Philippe Lioret

(Film français - Drame psychologique - Année de production : 2005 - Date de sortie : 06 Septembre 2006 - Durée : 1h 40min.)

Avec :
Mélanie Laurent : Lili
Kad Merad : Paul
Julien Boisselier : Thomas
Isabelle Renauld : Isabelle
Aïssa Maïga : Léa
Simon Buret : l'ami de Loïc
Christophe Rossignon : le professeur du couloir
Eric Hérson-Macarel : le premier professeur
Thierry Lavat : le second professeur
Emmanuel Courcol : le médecin de Vigneux
Martine Chevallier : la première infirmière
Marie-Flore Limal : la voisine de chambre de Lili
Jean-Yves Gautier : le médecin chef
Nathalie Besançon : la seconde infirmière
Thibault de Montalembert : le psychiatre
Stéphanie Cabon : l'interne
Olivier Mothes : l'infirmier
Emmanuelle Dupuy : la secrétaire médicale
Valérie Blin : la cliente du Shopi
Alain Cauchi : le gérant du Shopi
Yoann Denaive : le frère de Thomas
Charlotte Clamens : la mère de Thomas
Laurent Claret : le père de Thomas
...

Scénaristes : Philippe Lioret et Olivier Adam (d'après le roman de Olivier Adam, éditions Le Dilettante)

Directeur de la photographie : Sacha Vierny
Compositeur : Nicola Piovani
Monteuse : Andréa Sedlackova
Chef décorateur : Yves Brover-Rabinovici
Attachés de presse : Dominique Segall, Astrid Gavard
Scripte : Beatrice Pollet

Producteur :Christophe Rossignon
Producteur associé : Philip Boëffard
Producteur exécutif : Eve Machuel
Directeur de production : Olivier Hélie
Distribution : Mars Distribution, France
César 2007 : Meilleur acteur dans un second rôle : Kad Merad
Meilleur espoir féminin : Mélanie Laurent

Je vais bien, ne t'en fais pas

Mélanie Laurent, que l'on avait remarquée notamment dans De battre, mon coeur s'est arrêté de Jacques Audiard en 2005, porte ici avec une intensité authentique et puissante cette histoire de mensonges ou de vérités arrangées, selon que l'on voudra dénoncer l'ignominie des familles, ou l'absoudre, ce qui est tout le sujet de ce film - punir ou pardonner - film que l'on a parfois l'impression d'avoir déjà vu ou déjà vécu, ce qui est loin d'être ici un reproche. Je vais bien, ne t'en fais pas est la version moderne de la phrase de Paul Nizan : « J’avais 20 ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie ». Une phrase, "Je vais bien...", dont le sujet est triple. C'est Lili qui s'accroche à la vie malgré tous les éceuils, et va bien. C'est Loïc qui, même s'il a disparu, ne la laisse pas sans nouvelles, et va bien. C'est la société d'aujourd'hui, avec ses villes dortoirs, ses supermarchés et leurs caissières qui sont en année de doctorat, les envies d'autres choses qui se limitent à des envies de bord de mer, et les émissions télévisées qui noient le poisson dans les flonflons de la perversité consensuelle, une société où tout est si malheureusement possible que tout va bien jusqu'à ce que l'on découvre que tout allait mal ... Quand Lili rentre de vacances, sa mère lui apprend que son frère Loïc a fugué. Le père, extraordinaire Kad Merad, plein de silences et d'impuissance, avoue s'être disputé avec son fils pour une énième histoire de chambre mal rangée. Il n'ira pas plus loin dans les aveux, même si Lili insiste, criant qu'il y a bien dû y avoir autre chose. Il faut dire que Loïc est son frère jumeau, et l'on devine que ce n'est pas rien. Un jumeau c'est une prolongation de soi, et ne plus rien savoir de lui c'est comme dans le titre du film de Jacques Audiard, sentir que de battre son coeur s'arrête. Alors Lili ne s'alimente plus, et un estomac, quand il devient une noix, ce n'est pas comme dans la chanson de Charles Trenet, à l'intérieur il n'y a plus rien. Mais dans Je vais bien, ne t'en fais pas, c'est une autre chanson que l'on entend: celle que Loïc a composé à la guitare pour sa soeur... et qui reviendra par trois fois, comme trois petits tours... Et ce film n'est pas seulement un mélo, même s'il en a quelques ingrédients. Pour ceux qui n'ont pas pleuré depuis longtemps au cinéma, il leur faut aller voir ce fort moment où un réalisateur de grand talent sait prendre le temps d'observer la peau des visages, les timides bonheurs dans les regards, les fêtes surfaites, les tentatives d'amour si difficiles, les paysages où se perdent les individualités, les brochettes qui brûlent comme le bonheur malmené et les secrets enfermés dans les torchons qui pourraient vous brûler à la gueule... s'il n'y avait la délicatesse de la compassion. De la compassion il y en a à tous les carrefours de ce récit, et de la délicatesse aussi, de pleins paniers, une compassion sans chichis pour une société - car ce film est bien un film social - qui a perdu ses repères, qui a bouffé les gens, le couple - la mère de Lili est aussi très finement interprétée par Isabelle Renauld (mère déjà par deux fois dans Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran de François Dupeyron et dans Les Blessures assassines de Jean-Pierre Denis) - une société qui a bouffé les occasions d'enfin se dire. Deux balançoires vides représentent l'image d'une enfance double qu'une séparation inexpliquée et inacceptée rend impossible à transformer en âge adulte, jusqu'à ce que le très beau personnage de Thomas, si digne Julien Boisselier, anti-héros cuisant aussi d'authenticité, ne vienne tendre une main qui lui est d'abord refusée mais qu'il maintient comme les gens bien savent le faire quand, autour d'eux, le monde est dégueulasse, mais qu'ils s'évertuent à lui donner un sens. Un film sur les âmes blessées, sur les familles tordues, sur les absences qui vous nouent la gorge, sur les ombres qui courent par les rues pluvieuses comme des larmes et que l'on essaie de rattraper pour réparer l'impossible.

Michel MARX

site de Mars distribution (vidéos, photos, documentation sur le film): www.marsdistribution.com/



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