La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Koktebel de Boris Khlebnikov et Alexei Popogrebsky

Koktebel de Boris Khlebnikov et Alexei Popogrebsky

(Russe - sortie France 09 Novembre 2005 (Année de production 2003) - 1h 45)

Avec Igor Tchernevitch (le père), Gleb Puskepalis (le fils), Evgenii Sytyi
(l'inspecteur ferroviaire), Vera Sandrykina (Tania), Vladimir Kucherenko (
Mikhael), Agrippina Steklova (Xenia), Aleksandr Ilyin (le chauffeur du camion)
Anna Frolovtseva (la locataire)Scénaristes : Boris Khlebnikov, Aleksei Popogrebsky
Producteur: Roman Borisevich
Distribution : Celluloid dreams France
Directeur de la photographie: Shandor Berkeshi
Chef décorateur: Gennadi Popov
Chef monteur: Ivan Lebedev

Koktebel

Un père et un fils ... et on serait presque tenté de ne pas en révéler davantage. Car c'est une oeuvre en petites touches, premier film de deux réalisateurs russes de trente-trois ans, une oeuvre précise et naturaliste, pleine de temps et de vie, de paysages et de regards. Peu de dialogues, une compréhension heureuse même s'ils sont démunis - la mère est morte et ils font la route ensemble, et ce père, ce père est si humain - fort lorsqu'il répare un toit en échange du gîte et du couvert, faible quand il retouche à la vodka à laquelle il n'avait plus droit, après des excès que l'on devine trop périlleux pour leur avenir. Leur avenir, l'enfant le prendra lui-même en main... mais on n'en dit pas plus... Koktebel, nom d'une ville qui a tout du mythe, titre difficile à retenir mais qui contient peut-être cette dimension énigmatique contenue dans le regard intérieur de cet enfant qui visualise, les mains sur les yeux, la topographie des lieux vers lesquels leur destin les précipite. Images sereines de la méditation, tournant existentiel que l'on accompagne comme dans un conte aux visions parfois proches du fantastique, avec les embûches et les moments de paix (un si beau jus de fruit à la terrasse d'un restaurant de luxe, instant de grâce après tant de boue), les méchants qui font des blagues puis des crimes, et les gentils aux physiques d'ogres qui ne vous mangent pas mais vous donnent la mesure de votre petitesse dans un monde de tous les dangers. Le plus grand danger étant de comprendre que vieillir c'est savoir que contrairement aux oiseaux notre condition d'humain nous cloue au sol, malgré les trains, les marches, les distances gigantesques. On retiendra le moment déchirant du choix de l'enfant, on retiendra aussi sa découverte de la mer, ses yeux éblouis par le soleil qui clignent avec tant de justesse, avec aussi le goût, trop souvent frustré - la condition de vagabond oblige à d'autres priorités - du jeu. Il restera aussi cette silencieuse confiance dans le pas qui va suivre, sans doute parce que le père qui, dit l'enfant, "a fait des études supérieures", répond aux questions de son fils, lui explique la nature sans en rajouter, simplement pour le mettre en quelques mots sur la bonne voie, la voie de l'acceptation de sa solitude liée si contradictoirement à sa présence parmi les autres. Film sur la filiation, sur la paternité, sur la grandeur des femmes aussi. On ne voulait pas trop en dire et voilà... il y a des films qui savent vous montrer la chaleur de la neige, la verve du silence.

Michel MARX

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