La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : L'appât de Bertrand Tavernier

L'appât de Bertrand Tavernier

(Film français - Date de sortie : 08 Mars 1995 - 1h55)

Avec Marie Gillain (Nathalie), Olivier Sitruk (Eric), Bruno Putzulu (Bruno), Philippe Duclos (Antoine)
Clotilde Courau (Patricia), Richard Berry (Alain), Marie Ravel (Karine), Philippe Torreton (Un policier)...

Scénario : Bertrand Tavernier, Colo Tavernier
Producteur : Frédéric Bourboulon, René Cleitman
D'après l'oeuvre de Morgan Sportès
Compositeur : Philippe Haim
1er assistant réalisateur : Julie Bertucelli
Directeur de la photographie : Alain Choquart
Costumière : Marpessa Djian
Monteuse : Luce Grunenwaldt
Chef décorateur : Emile Ghigo
Production : France 2 Cinéma, Little Bear, M6 Films, Hachette Première et Cie

L'appâtL'avocat Thierry Lévy a évoqué avec raison le philosophe Emmanuel Lévinas au sujet de L'appât. Car c'est bien du côté de la philosophie que ce film trouve son interêt. Tavernier s'est souvenu des jeunes gens qui, en 1984, avaient torturé et assassiné deux hommes attirés par la fille du groupe, "l'appât". Ses personnages, issus pour deux d'entre eux de familles aisées, sont d'une imbécillité qui ira jusqu'au meurtre commis sans aucun sentiment de culpabilité. Ils prêtent à l'argent des vertus inouïes, incapables de songer que la réussite dépensv=X_Ld d'autre chose que de la possession d'une Jaguar. Leur culture est celle du simulacre, de la figuration remplaçant subrepticement le réél. Rien ne les fascine que les vêtements, la télévision et la vidéo, la vie d'un show-business imaginaire qu'ils rêvent de côtoyer. Le film est admirablement réalisé. Grand connaisseur du cinéma américain, Tavernier sait tourner une scène de violence ignoble en y mettant une humanité à la John Ford. La comparaison vaut à la fois pour la morale et pour l'art cinématographique. Si Tavernier cherche à prouver que la violence à la télévision et la glorification de l'argent "pervertissent la jeunesse", s'il souhaite faire de ces trois assassins le parangon d'une génération perdue, il y a là sérieuse matière à discussion. La crise des valeurs n'est probablement pas une cause du malaise actuel, mais l'effet d'une fragilisation sociale qui tourne à la catastrophe. Ce qui est montré cependant dans L'appât, à propos du Mal, et de sa compagne fidèle, la Bêtise, c'est-à-dire l'ignorance de l'autre, en fait un film terrifiant et d'une force exceptionnelle.

René MARX (article publié dans Fenêtres sur Cours en 1995

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