La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : L'iceberg de Dominique Abel, Fiona Gordon et Bruno Romy

L'iceberg de Dominique Abel, Fiona Gordon et Bruno Romy

(Film belge - Comédie - Date de sortie : 05 Avril 2006 - Année de production : 2005 - Durée : 1h 24min)


Avec Fiona Gordon (Fiona), Dominique Abel (Julien), Lucy Tulugarjuk (Nattikuttuk), Philippe Martz (René Le Marin), Ophélie Rousseau (leur fille), Robin Goupil (Leur fils), Thérèse Fichet (Fernande),
Leen Dervaux (L'employée), Georges Jore (Achille), Louis Lecouvreur (Léon), Bruno Romy (Georges), Lola Hélie (Lola), Justine Fernandez (Rosalie)

Scénario : Dominique Abel, Fiona Gordon, Bruno Romy
Compositeur : Jacques Luley
Costumière : Laura Couderc
Monteur : Sandrine Deegen
Producteur délégué : Fiona Gordon, Dominique Abel
Production : Courage Mon Amour Films, Belgique
Distribution: MK2 Diffusion, France

L'iceberg

Au royaume de la dérision, L'iceberg tient le pompon. Car si cette comédie givrée est décapante, qui ne s'exclamera pas dès la sortie de la salle : "Bon Dieu mais c'est Tati !", elle a le privilège d'être aussi profonde que les oeuvres du maître qui l'inspire et auquel ces trois compères, alliés dans l'écriture, la réalisation et le jeu taillés au couteau à glace, tirent un coup de chapeau qui tendrait à sortir le genre de la glaciation dont il était victime ces derniers temps, depuis que déferlent sur nos écrans une avalanche de tueries plus ou moins complaisantes selon les cas, ou de comédies grasses. Car il y a dans L'iceberg, qui ressemble par certains côtés (le côté apparent de l'iceberg) à une pochade de collégiens qui essaieraient de passer le maximum de blagues avant l'arrivée du surveillant (quand Fiona fait valdinguer son mari du lit pour dessiner avec son corps recouvert du drap des figures évoquant la banquise, on se demande un peu combien de temps cela va durer - un des ressorts du comique de ce film étant l'étirement des situations teinté du procédé qui n'est plus à tester de la répétition) un regard pointu sur la famille, le couple, le travail, l'amour, la folie, l'ailleurs comme réceptacle de tous les manques (le côté à peine caché de l'iceberg). Et l'on rit, oui, l'on rit souvent devant la cruauté de la vie ici évoquée, un enfant par exemple qui est obligé de tendre le bras pour attraper le beurre, parce que la famille pour ce trio d'auteurs éclairés c'est cette violence de l'immobilité - personne ne rapprochera de vous le beurrier quand votre rôle assigné est de tendre le bras à vous le devisser, dussiez-vous en crever. L'iceberg c'est un délire décalé à la Rozier, une bousculade acide à la Mocky, une poésie farouche à la Étaix, c'est un chouette moment de cinéma, dans la tradition des meilleurs gagmen auxquels les révérences se font plutôt rares, sans vouloir jouer avec excès les nostalgiques irrités de l'entracte et des esquimaux glacés (on aura eu par bonheur un souffle d'air frais il y a tout juste un an - hasard du calendrier - avec Les yeux clairs de Jérôme Bonnell, racontant aussi d'une façon personnelle le voyage initiatique d'une grande bringue qui lutte pour que l'on respecte son identité et trouve un havre de paix en la personne d'un marginal, chez Bonnell homme des bois, chez nos amis belges du moment homme des mers). Transgressif dès son ouverture - fidèle en cela aux paternités ci-dessus nommées - souffrant parfois de quelques très légères longueurs, l'inspiration étant peut-être moins fulgurante, moins nourrie, même si l'on continue à rire et à penser, quand Fiona prend la mer (espace homonyme où elle fuit son rôle de mère niée qui doit casser un verre - comme on brise la glace - pour que son tendre et cher et leurs petits prennent conscience de sa présence), L'iceberg, performance tombée sur la tête, nous propose de très belles envolées où non seulement les corps assurent le comique de situation mais aussi les voix, souvent distordues comme de la guimauve à cent sous, des voix et des silences qui disent toute l'horreur du monde, toute la tendresse musicale, pachidermique, conviviale, mécanique et protectrice des vieux, autres rejetés du système, que plus rien n'étonne, et tous les espaces cachés du bonheur, parfois niché dans les contrées les plus inattendues, dans les replis des coeurs blessés. Ici, tout commence par une chambre froide qui se referme, claquement de porte qui prévient qu'une grande vague va s'abattre sur Fiona, qui incarne une trublionne rescapée des temps modernes au mauvais goût de fast-food décongelés. L'iceberg, un film qui réveille les sourds, une couverture de survie.

Michel MARX

site officiel du film : www.mk2.com/cinedecouverte/site.html
dossier de presse : www.couragemonamour.net/docs/iceberg



Accueil | Copyright | Contact | ©2006 Michel Marx