La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : La Mosquitera de Agustí Vila

La Mosquitera de Agustí Vila

Comédie dramatique
Année de production : 2010 - Date de sortie cinéma : 19 octobre 2011
Long-métrage espagnol (argentin-catalan).
Durée : 01h35min

Écrit et réalisé par Agustí Vila

Interprètes :

Emma Suárez : Alícia
Eduard Fernàndez : Miquel
Martina García : Ana
Fermi Reixach : Robert
Géraldine Chaplin : María
Anna Yzcobalzeta : Raquel
Alex Batllori : Sergi
Marcos Franz : Lluís
Noa Schinnerling : Fille de Raquel

Agence de presse : François Vila
Production : Eddie Saeta S.A.
Coproduction : Televisio de Catalunya (TV3)
Distributeur France: (Sortie en salle) Bodega Films

Assistant réalisateur : Pol Rodriguez
Directeur de la photographie : Neus Ollé
Cadreur : Ramon Sanchez Jr.
Ingénieur du son : Eva Valiño
Directeur de production : Josep Amoros
Directeur artistique : Leo Casamitjana
Maquilleuse : Concha Martin Jurado
Monteur : Martí Roca

Goya 2011 edition n° 25
1 nomination :
- Goya de la meilleure actrice (Emma Suárez)

Premiers plans d'Angers 2011 edition n° 23
4 nominations :
- Grand Prix du Jury - Long métrage européen (Agustí Vila)
- Prix du public - Long métrage européen (Agustí Vila)
- Prix Mademoiselle Ladubay - Long métrage européen ou français (Agustí Vila)
- Prix Jean Carmet - Long métrage européen ou français (Agustí Vila)

La Mosquitera

Papa est en haut il fait du gâteau, Maman est en bas... mais pas toujours, et ici pas du tout. Car ce que fait Papa c'est reluquer la jolie femme de ménage, avec honte, et ce que fait Maman est mettre Papa dehors. Mais sait-elle qu'il draguait la jeune employée latino-américaine en lui offrant des gants de cuisine, le film ne le dit pas. Ce que dit Maman c'est qu'elle a besoin d'une pause. Et qu'il va en profiter, Papa ne le dit pas, ne se le dit pas. Car le film ne dit pas tout, il est comme ses personnages, il est la face montrable - bourgeoise - de l'iceberg, le reste, le souterrain, travaille sans s'exprimer par les mots.

Les mots même, comme dans la vie, disent exactement le contraire de ce que les gens pensent. Papa et Maman mentent parce qu'ils se mentent chacun à soi-même. Ils cherchent.
Papa veut ouvrir la fenêtre, Maman veut la fermer. On est à Barcelone, Maman parle en espagnol, Papa en catalan. Les deux langues se mélangent, comme les sentiments, comme les pulsions imbriquées, comme deux mondes qui s'ignorent et cohabitent, comme la dualité de l'être...
Et Papa et Maman ont un fils, un grand ado comme beaucoup d'ados d'aujourd'hui, qui écope leurs névroses et leur grande difficulté à aimer, qui viennent de loin, en se foutant des aiguilles dans le bras, un garrot sur l'escalade de la tristesse.

Les parents de Papa sont vieux et depuis six ans Mémé ne parle plus. Alors Pépé fait les questions et les réponses, inventant la voix de Mémé dans un exercice de ventriloque à faire peur, autre façon de parler sans communiquer. Et chez eux, tout est en ordre, un ordre que leur fils répète, et qui étouffait Maman, mais qui rassure la femme de ménage... Aussi, quand Pépé a décidé de "les suicider" au gaz, Mémé a laissé la fenêtre ouverte. Un ratage de plus qui leur montre la direction de l'hospice...

La soeur de Maman, ivre de violence, vit seule avec sa fille, petite, victime, si belle et déjà foutue. Où est le père de la gamine? le film n'en parle pas non plus, son absence est là, suffisante à indiquer le déséquilibre, qui a tourné à l'horreur. Mais Maman couvre sa soeur, elle ne veut, ne peut voir aucune des réalités telles qu'elles sont, c'est si dur d'ouvrir la fenêtre. Si dur que livrée à elle-même, avec ce fils mutique et désespéré qui recueille chiens et chats abandonnés - là encore le geste fait sens par lui-même - évitant de peu l'inceste, elle essaie le rôle de la putain avec le plus proche copain de son fils, pendant que Papa paie les frais de l'ex-femme de ménage - qui à part qu'elle fait trois têtes de plus que lui n'a rien en commun avec Maman - qui n'a plus de travail et, émigrée et seule avec son fils, a trop de mal à joindre les deux bouts et accepte la situation, puisque la situation est là, devant elle, dans les mains de ce petit homme lâche mais argenté.

La critique a parlé de Festen, oui, quand Pépé tape dans son verre pour dire sa vérité, terrible, il y a du Festen. Quand Maman veut se faire appeler Putain il y a du Jean Eustache, bien sûr aussi. Mais au-delà de ces belles références, il y a Agustí Vila et ce premier long-métrage, frontal, plus qu'intelligent dans son traitement glacé et triste comme du papier d'aluminium argenté et froissé, justement, l'argent serait-il la base de la démolition ?

Car c'est aussi ce que nous dit ce réalisateur très talentueux, rigoureux, inventif, courageux - qui, c'est à noter aussi, avait auparavant réalisé un court métrage "Ábreme la puerta" (Ouvre-moi la porte), et écrit la pièce de théâtre "La Ventana Cerrada" (La fenêtre fermée), titres qui indiquent une vraie ligne directrice dans son travail - cette question fondamentale de l'ouverture et de la fermeture - c'est qu'une certaine classe, un peu plus que la classe moyenne ici mais pas beaucoup plus - Maman est dessinatrice et a un peu de mal à placer ses productions - "On dirait que tes personnages flottent" murmure son fils - mais Papa a une bonne situation - c'est que le confort arrangé et hérité n'exclut pas, et peut-être favorise, une misère certaine et intérieure, et que les billets de 100 euros jetés sur les tables comme un balbutiement ne remplacent pas l'amour.

Un excellent film, brillamment mis en scène, brillamment interprété, brillamment cruel.

Michel MARX
Cette semaine au Nouveau Latina


La Mosquitera - Bande-annonce VOSTF par Bodegamovies 



 

 

 

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