La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : La traversée du Zanskar

La traversée du Zanskar de Frédérick Marx

Scénario et réalisation : : Frédérick Marx
Titre original : Journey from Zanskar
Long-métrage américain . Genre : Documentaire
Durée : 01h29min Année de production : 2010 - Sortie France : 19 janvier 2011
Distributeur : Jupiter Communications

Interprètes :

Richard Gere : Le narrateur
Dalaï Lama : Son propre rôle
Lobsang Dhamchoe : Son propre rôle
Geshe Lobsang Yonten :Son propre rôle

Directeur de la photographie : Nick Sherman
Monteur : Frédérick Marx
Superviseur post-production : Tchavdar Georgiev
Ingénieur du son : Alex Wilmer
Animateur : Ray Wiggins
Assistant monteur : George Aprea
Compositeur : Adam Schiff et Michael Fitzpatrick
Assistant monteur : Jeffrey Schneider
Monteuse : Joanna Kiernan
Directeur de la photographie : Frederick Marx
Assistant monteur : Corey Trench

Producteur associé : Amber Dodson
Producteur : Frédérick Marx
Distributeur : France Jupiter Communications
Attaché de presse : François Vila

La traversée du Zanskar


Entre reportage et documentaire « la Traversée du Zanskar » du réalisateur américain Frédérick Marx nous emmène dans une aventure singulière dans la plus haute vallée « habitée » de l'Himalaya à plus de 3500 mètres d'altitude. La population de tradition tibétaine vit à l'extrême nord-ouest de l'Inde, pays auquel elle appartient, entre « le Tibet », dont elle faisait historiquement partie, et le Pakistan.
Une carte plein écran permettra de situer exactement cette région.

L'histoire se met peu à peu en place et le narrateur expose clairement les enjeux.

L'homme qui nous fait vivre cette aventure s'appelle Guéshé. Il appartient à ces montagnes qu'il a quittées lorsqu'il avait à peine dix ans. Cela lui a permis de suivre des études et de devenir moine.
Le départ fut un arrachement, une souffrance. Cependant il sait, avec le recul, quelle chance il a eue de s'ouvrir au monde en recevant cette éducation, avoir voyagé, avoir appris tant de choses sans oublier ses racines. Alors tout simplement il veut se battre pour un projet permettant à des enfants de vivre aussi cela. Donner à son tour ce qu'il a reçu un jour.

Guéshé a pu obtenir une quinzaine de places à l'école de Manali en Inde pour que des enfants de sa communauté soient éduqués et qu'ils ne perdent pas leur propre culture et leur langue. L'accueil d'enfants de familles démunies nécessite de trouver les fonds nécessaires pour payer les frais de scolarité, l'hébergement, la nourriture, et ce pendant au moins huit ans.

Au début Guéshé doit convaincre l'assemblée des moines de son monastère d'appuyer ce projet. Le Dalaï Lama va t-il l'approuver ? Il lui faut tous ces appuis pour trouver des financements.

Qui sont ces enfants ? Quel âge ont-ils ? Ce sont de jeunes enfants de 4 à 11 ans. Aucun n'aura les moyens de pouvoir faire le voyage en sens inverse. Il faut convaincre les familles pour que celles-ci lui confient leurs enfants. Ces familles pauvres savent que c'est une chance qui leur est offerte. Quel peut être l'avenir de familles isolées huit mois par an dans la neige, analphabètes et représentantes d'une ethnie et d'une culture bannie ?Cependant ne pas revoir ses enfants pendant plusieurs années, quel déchirement. A dix ou onze ans, les enfants peuvent déjà savoir ce qu'ils souhaitent faire, même s'ils ne peuvent pas prendre pleinement conscience du vide familial provoqué par une telle séparation. A trois, quatre ou cinq ans, comment une famille peut-elle s'engager dans un tel sacrifice ? Quelle grande intelligence de survie et de projection dans le futur cela demande. Comprendre, oui, mais passer à l'acte au nom du futur, de l'avenir, d'une culture qui risque de disparaître à jamais, faute d'hommes qui puissent la transmettre, comme pour toute espèce vivante.

Et puis il y a des risques...atteindre Manali n'est pas le moindre.
La situation géo-politique est dressée et les choix argumentés. La décision sera de prendre la voie des cols : le plus court en nombre de kilomètres (300), le moins dangereux en risque de zone d'affrontement guerrier. D'autres dangers réels sont là : le froid, les chutes de pierre, la durée du voyage, 9 jours minimum. Le Zanskar, perdu sur les hauteurs de l'Himalaya à l'est du Tibet est déchiré entre les pays frontaliers qui se l'approprie à coups d'attentats meurtriers. Cela semble si peu, seulement 300km, oui mais prévoir 32 km par jour est déjà un exploit à cette altitude. Passer par des cols de montagne de plus de 5140 mètres d’altitude, totalement infranchissables plus de 8 mois par an ! Sentir le froid qui pénètre votre corps, glace les pieds, les lèvres, ressentir le manque d'oxygène, haleter, étouffer, voir que l'on ne peut plus avancer, ne pas perdre le sentier étroit dans les bourrasques de neige, tout cela est-il possible ? Et si ce risque on le prend avec des enfants, à la dernière semaine du dernier mois où cela peut, peut-être encore possible, avant que le col ne devienne infranchissable, est-ce de la folie ? Et si les yaks refusent d'avancer, faut-il les forcer, écouter leur instinct alors que l'on est si prêt du but ? Toutes ces questions nous traversent l'esprit.
Guéshé sait que c'est une gageure immense, à la dimension de la rudesse des cols qu'il faudra franchir et dont la température sera indiquée au fil du voyage (moins 9 degrés, moins douze degrés, moins dix-huit degrés), de moins en moins d'oxygène, les sauts de pierre en pierre si glissantes au dessus d'un ruisseau, la peur des chevaux, le vent, la neige, le refus des yaks d'aller plus loin.
Frédérick Marx fait comprendre les conditions réelles et montre cette réalité incroyable : des enfants sans gants avec des températures si basses, des femmes, dites en pèlerinage, avec des vêtements qui semblent si légers. La réverbération brûle les yeux. La caméra sait se placer pour saisir les précipices, les éboulements, les peurs des hommes et des bêtes.

Le chemin est difficile et les doutes sont là. Rien n'est esquivé.
Guéshé va gérer tout cela. Voilà le magnifique projet qu'il veut mener jusqu'au bout.

C'est un défi.
Les avoir suivis, à cette altitude et dans ce froid intense, en est un autre qui nous est donné à partager par le réalisateur, peut-être plus si jeune que cela, et au risque de sa propre vie.
Partager grâce à ces images prises dans des conditions ultimes, avec l'aide de ceux qui sont avec lui, moine ou parent. Un partage là aussi pour témoigner.

C'est une belle histoire, d'une beauté simple et humaine.
Guéshé est des plus responsables.

Son attitude calme et sereine est toute en écoute des parents, grands parents, des enfants. Deux enfants de dix, onze ans, savent ce qu'ils veulent et malgré leur âge Guéshé acceptera aussi de les emmener et de prendre en charge l'orientation qu'ils choisissent. Il y a tant de simplicité et d'attention dans son comportement et sa démarche vers les autres. Certains parents vont décider d'accompagner le groupe pour les aider en sachant qu'ils ne pourront pas rentrer avant des mois auprès de ceux qu'ils laissent.
Si le réalisateur explique la difficulté qu'il a eu de traduire la langue des Zanskarpas, il a su par l'image dévoiler les sentiments humains qui s'inscrivent sur les visages et nous parlent immédiatement. Timidité, espoir, douleur des vieilles femmes dont les petits enfants sont le dernier bonheur de leur vie et qui leur sont arrachés.

Les paysages sont saisis dans leur immensité. Ce n'est pas seulement beau, majestueux, étonnant, c'est aussi habité par cette aventure qui nous est contée et cela nous permet de saisir la dimension de cette histoire réelle, en train d'être filmée, un vécu que l'on partage et qui restera comme nombre de ces films dont certaines séquences ne seront jamais oubliées du fond de notre mémoire car elles nous ont fait saisir une réalité dans toute son émotion, non déguisée, non rejouée.Il y a tant de choses dites, et surtout montrées sur les visages qui sont saisis avec beaucoup de respect, et d'observation fine par la caméra d'un geste de la main, d'un visage qui se lit comme un livre ouvert, d'un regard chargé d'espoir, de timidité, de douleur, de caractères que l'on ressent justes ou profiteurs, courageux ou peureux, ceux...bref tant de caractères différents qui sont montrés simplement, aux âges différents de la vie, une histoire humaine dans une situation historique de notre époque.
Car c'est en ce moment, à notre époque que des personnes vivent ainsi.
Ce film peut aider à comprendre une facette du monde, et voir la réalité en face.
L'éducation seule permet d'évoluer. Et les parents qui confient leurs jeunes enfants, les grands mères qui savent qu'elles risquent de ne jamais revoir leurs petits enfants mais que c'est non seulement leur avenir mais l'avenir de leur peuple qui est en jeu, n'est-ce pas le plus important ?
Difficile de savoir si on aurait le même cran.

Sans dévoiler le film on peut dire que le deuxième voyage et les ellipses certainement nécessaires (45h de rushes c'est déjà beaucoup à transporter...), nous laissent un peu sur notre faim. On aurait envie d'en savoir encore plus.

Quand les êtres humains se surpassent, malgré toutes les douleurs, il transparaît quelque chose de fort que ce film nous donne. Il fait ce cadeau et permet peut-être de relativiser un peu nos propres problèmes d'occidentaux nantis et quelque fois trop vite désabusés.

Il y a aussi la très belle voix du narrateur, Richard Gere qui a accepté de prêter sa voix comme combien d'acteurs ou d'actrices le font ainsi gracieusement. Par curiosité on peut en savoir un peu plus sur cet acteur américain et ses engagements via Wikipédia. Il n'a pas dit oui par hasard semble-t-il....

Nous allons par ce film à la rencontre d'une culture qui nous échappe et que l'homme veut faire survivre. L'histoire va jusqu'au bout, il faut la découvrir avec ses surprises et ses joies. Tant d'autres plans éclairent aussi les difficultés qui seront à vaincre, comme une sensation d'abandon, comme la vie, sans fin.
Et pourtant ce n'est pas triste car les enfants rient, ils vivent l'instant présent et comprennent aussi la chance qui leur a été donnée.

C'est un film juste qui raconte un acte d'humanité et de courage.

Elyane DANIEL


La Traversée du Zanskar - Bande annonce
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