La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : LA COMÉDIE DE DIEU DE João CESAR MONTEIRO


La comédie de Dieu de João CESAR MONTEIRO

(1995 -2h43)

Avec Claudia Teixeira, Max Monteiro, Raquel A

La comédie de DieuUn Américain, paraît-il, prépare sérieusement une nouvelle adaptation de "Lolita". Qu'il ne voie pas "La Comédie De Dieu", de João César Monteiro! Il rentrerait sous terre ou se ferait moine, écrasé par l'un des seuls films, qui sans jamais citer Nabokov, ne soit pas indigne du Russe génial de Montreux. Dans "Souvenirs de la maison jaune" en 1989, apparaissait le personnage de João de Deus, vagabond génial poursuivant ses obsessions dans une des villes les plus poétiques d'Europe, Lisbonne. Dans ce nouveau film, Monteiro interprète toujours ce Jean de Dieu qu'il a créé mais lui a donné un métier, inventeur de glaces aux parfums incomparables. Il règne sur des vendeuses qu'il compare à des madones vénitiennes, exigeant d'elles une propreté parfaite, leur limant les ongles, mais ne se contentant pas de plaisirs si frustes. Et c'est "La Comédie de Dieu", le seul exemple de film véritablement érotique qu'on aie vu au cinéma depuis "L'empire des sens" d'Oshima. Très peu de nudités, aucune étreinte qui soit filmée directement, et pourtant une sensualité prodigieuse, environnée par un souci du goût, du toucher, de la musique, et une obsession de la précision et de la lucidité sans lesquelles il ne s'agirait bien sûr que de gloutonnerie ou d'intempérance. La référence à Nabokov ne vient pas seulement de la présence de très jeunes et très belles filles séduites par un quinquagénaire raffiné, ironique, exigeant. Tel Humbert Humbert, João voudrait un autre monde d'où disparaîtrait non pas la sensualité mais la vulgarité, non pas le corps mais la violence, non pas le luxe mais le règne de l'argent. Quand Nabokov écrivait des phrases sublimes, Monteiro invente à chaque plan une composition du récit et de la lumière, un nouvel ordre des images qui repousse dans l'amateurisme beaucoup de faiseurs de beaux tableaux. Et comme lui il est à la fois un virtuose et un très grand artiste burlesque. En proie à une douce colére, solipsiste, rongé par une émotion permanente devant la réalité, Monteiro se confond avec le personnage qu'il joue et incite le spectateur, au bout des deux heures quarante-cinq de son film, à trouver tout cela trop court, à en revouloir. Ce devrait être chose faite un jour ou l'autre, puisqu'on annonce la réalisation des "Noces de Dieu". João de Deus, semble-t-il, s'éprendrait d'une princesse vénitienne… (Qu'il vienne, qu'il vienne, le temps dont on s'éprenne…).

 René MARX (article publié en septembre 1995 dans Fenêtres sur Cours)
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