La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : La Fiancée errante de Ana Katz

La Fiancée errante de Ana Katz

(Film argentin - Titre original : Una Novia Errante - Genre : Drame - Année de production : 2006 - Date de sortie : 08 Août 2007 - Durée : 1h 30min.)

Réalisatrice : Ana Katz
Scénario : Ana Katz et Ines Bortagary

Interprètes :
Inés : Ana Katz - Miguel : Daniel Hendler - Germán : Carlos Portaluppi - Andrea : Erica Rivas
Pablo : Nicolas Tacconi - Tati : Violeta Urtizberea - Lorena : Catherine Biquard - Sonia : Silvina Sabater - Le père d'Inès : Arturo Goetz

Directeur de la photographie : Lucio Bonelli
Compositeur : Nicolás Villamil
Directeur artistique : Mariela Rípodas
Maquilleuse : Florencia Yorio
Superviseur des effets visuels : Javier Marco Rubio
1er assistant réalisateur : Adriana Vior
Ingénieur du son : Jesica Suarez
Directeur du casting : Marcos Montes
Directeur de production : Emiliano Alvarenga

Production : Flehner Films, Argentine
Distribution : Bodega Films, France
Attachée de presse : Elodie Avenel

Présenté en Sélection Officielle, Section Un Certain Regard au Festival de Cannes 2007, prix Cinéma en Construction au Festival de San Sebastián en 2006

La Fiancée errante

Ana en Inés
Née à Buenos Aires en 1975, Ana Katz réalise et joue dans El Juego de la Silla en 2002 (pas encore sorti en France), interprète en 2004 la jeune mariée dans le film uruguayen de Pablo Stoll et du regretté Juan Pablo Rebella (décédé en 2006) Whisky. Dans La Fiancée errante, qu'elle a écrit, réalisé, produit, elle joue ... La protagoniste s'appelle Inés, son copain s'appelle Miguel, on leur donne la trentaine, ils ne sont ni beaux ni laids, ils sont ces gens que l'on croise dans les bus, dans les gares, dans les rues, qui vivent et composent, et craquent, et luttent, et mentent, et font silence, et cherchent, ont du mal tout simplement à vivre l'amour à la hauteur de l'autre. Car tout commence dans un bus, en effet, qui se dirige de Buenos Aires jusqu'à Mar de las Pampas, station balnéaire où Inés et Miguel ont décidé de passer des vacances hors-saison pour fêter l'anniversaire de leur rencontre. Inés est agaçante, empêche Miguel de dormir, réclamant une mise au point (sans doute énième) sur la notion de couple, un gamin l'agace, elle, en la visant avec son jouet laser... la gêne s'installe comme en relais, et quand Inés descend du bus, une station trop tôt parce qu'elle n'est pas au mieux de son contrôle, Miguel ne la suit pas, autrement dit la plante. On pense alors au beau film Stand-by de Roch Stéphanik, sorti en 2000, où Dominique Blanc interprétait Hélène, jeune femme abandonnée par son mari à l'aéroport d'Orly alors qu'ils s'apprêtaient à partir ensemble, justement à Buenos Aires. Le postulat est donc le même mais la suite est différente. Inés ne se prostitue pas comme Hélène, non, elle s'installe à l'hôtel où elle avait prévu de séjourner avec Miguel, expliquant qu'il ne va pas tarder, et tente de rattraper leur histoire par des coups de téléphone aussi insistants que ses plaintes dans le bus. Appels auxquels il finit par ne plus répondre jusqu'à une certaine détente dans leur drame où il la laisse comprendre que c'est bel et bien fini entre eux. Entre-temps elle aura fait des rencontres, avec d'autres Porteños (habitants de Buenos Aires) venus chercher leur compte de nature à des centaines de kilomètres de leur capitale : un archer, Germán, en surpoids, dont on n'est pas tout à fait sûr qu'il a dépassé la dépression post-séparation dont il parle pourtant au passé, et dont elle n'est pas sûre, on la comprend, il a de quoi l'inquiéter. Elle finit même par le fuir comme elle a été fuie par Miguel. Et pourtant il la soutient jusqu'au bout, imperturbable, dans la crise qu'elle passe avec difficulté dans ce monde reculé où les éléments naturels semblent donner à son refus d'étre quittée une caisse de résonnance écrasante, presque trop grande pour les petites bouffées d'air que le poids de l'angoisse lui distille jusqu'à l'évanouissement. Il y a le jeune homme qui tient le local téléphonique où elle "s'accroche", qui lui demande de se calmer mais sait qu'elle est en difficulté; il y a le responsable de l'hôtel, d'abord plein de complicité, puis de tact, puis de distance; il y a la jeune fille de l'accueil de cet hôtel, d'abord sympathique puis procédurière, hôtel qui est comme une ancre dans cette lente maturation, salivation, retraction, acceptation; et il y a la mer (mais il n'y aura pas de mère...), celle qui ramène les morts (le deuil) et fait venir les familles, ici une famille réduite : un père, brillamment interprété par Arturo Goetz, excellent acteur du cinéma argentin découvert dans La Nina Santa de Lucrecia Martel, et une soeur bavarde et sautillante comme une soeur, lumineuse Violeta Urtizberea subtilement mise en scène et envahissante comme un reflet d'Inès, qui finissent par récupérer la jeune abandonnée. Un amour qui se termine a le goût d'une chanson, c'est aussi triste que cela. On est resté, comme Inés, suspendu à cette pampa magnifique et angoissante, comme ceux qui l'ont entourée, devant la vrille de sa détresse montrée à tous les stades, dans un film en HD porté à l'épaule, qui attache le spectateur à cette identification d'une crise en le mettant, comme les témoins de l'histoire d'Inés, à cheval (c'est le cas de le dire) entre compassion et malaise. Une crise argentine cette fois individuelle mais pas moins universelle. Un regard juste sur un sujet simple et pourtant d'une densité éternelle comme les vagues. A voir vite pour soutenir cette sincère et appréciable créativité qui font d'Ana Katz une réalisatrice puissante. On attend El amigo francés, actuellement en production. On a envie de continuer à marcher comme Inés qui se déplace dans cet univers plein de bruissements avec une furieuse envie parfois hagarde d'être réconciliée avec un élément perdu, elle-même. La Fiancée errante est, sous son air discret et ombrageux, un grand film.

Michel MARX

trailer :

Site Officiel Argentine: www.unanoviaerrante.com.ar/

 

 

 

 

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