La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : La mauvaise éducation de Pedro Almodovar

La mauvaise éducation de Pedro ALMODOVAR

( Drame psychologique espagnol - Date de sortie : 12 Mai 2004 - Durée : 1h 50min)

Avec Gael Garcia Bernal, Fele Martinez, Javier Camara...

Scénariste : Pedro Almodovar
Producteur : Agustin Almodovar

Compositeur : Alberto Iglesias
Directeur de la photographie : José Luis Alcaine
Ingénieur du son : Miguel Rejas
Directeur artistique : Antxón Gómez
Monteur : Jose Salcedo
Producteur exécutif : Esther Garcia

Distribution : Pathé Distribution, France
Sony Pictures Classics, U.S.A.


La mauvaise éducationQui aujourd’hui est capable, comme Almodòvar, de manipuler à ce point le spectateur, l’emmener sur des chemins impossibles, le tromper sur le propos du film, la nature des personnages, les fictions gigogne qui dévorent le scénario et le rendent à la fois hitchcockien et mélancolique, burlesque et lyrique, obscène et raffiné? Peu de cinéastes savent ainsi trouver la vérité au fond du mensonge et l’élégie sous le couvert du grotesque. Le plaisir toujours renouvelé du spectacle almodovarien est donc en premier dû à ces acrobaties narratives. Ces qualités ne sont pas neuves et elles s’accompagnent bien sûr d’un grand sens plastique. Mais il y a des nouveautés avec ce film.  Le mélodrame était jusque là une constante de son travail, même s’il s’agissait d’en subvertir tous les ressorts. Ici, le récit est constamment manipulé mais il est raconté sérieusement. On ne trouve le mélodrame que dans les extraits d’un film espagnol vus par les personnages. Il y a dans La mauvaise éducation du roman-feuilleton (substitution de personnages, vengeance tardive, meurtres crapuleux), beaucoup de “film noir”, mais rien de l’ironie qui était encore présente dans “Parle avec elle”. L’aspect autobiographique n’explique pas cette absence d’ironie, car dans tous ses films Almodòvar parle de lui-même. C’est plutôt une évolution stylistique dont il faudra observer la suite dans les œuvres à venir. Par cette distance moins grande avec son sujet, La mauvaise éducation devient, en dépit du grand plaisir qu’on prend à son spectacle, le film le plus triste et le plus désenchanté qu’ait réalisé le grand manchego.

 René MARX (article publié en 2004 dans Fenêtres sur Cours)

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