La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : La perrera de Manuel Nieto Zas

La perrera de Manuel Nieto Zas

(Film uruguayen - Année de production : 2004 - Sortie prochaine - 110min)

avec :
Pablo Riera "David"; Martin Adjemian "Ruben"; Sergio Gorfain "Rodney"; Sofia Dabarca "Evelin"

Réalisateur : Manuel Nieto Zas
Scénario : Manuel Nieto Zas
Photographie: Guillermo Nieto
Montage : Fernando Epstein
Production : Control Z Films, Fernando Epstein. Montevideo - Uruguay
Tel. / fax : (5982)- 410 0723 / (5982)- 410 0722

La perreraNé à Montevideo, capitale de l'Uruguay, en 1972, Manuel Nieto Zas a étudié la communication à l'Université Catholique d'Uruguay. Après avoir travaillé un an à la télévision, il s'est associé à Diego Fernández pour réaliser son premier et unique court-métrage: « Nico & Parker », qui a obtenu plusieurs prix, une exploitation commerciale en Espagne et une diffusion sur T.V.E. Manuel Nieto Zas a travaillé à partir de 2001 sur La Perrera. Ce film, pas encore sorti en France (mais on l'espère bientôt), et qui a déjà reçu de nombreux prix en festival, et fait parler de lui en Uruguay où il est en ce moment sur les écrans, raconte l'itinéraire de David, interprété par Pablo Riera, comédien débutant fort naturel, touchant et juste. David est élevé par un père strict, quelque peu argenté mais parcimonieux, flanqué d'une compagne à la vulgarité silencieuse qui lui sert son vin, père qui voit d'un mauvais oeil les désirs de ce fils aux jeans lâches et aux grasses matinées provocantes, de monter à la capitale pour continuer à étudier. Ce père pose une condition qu'il voit comme une façon de faire prendre conscience à celui qu'il considère comme un faignant que le travail sauve l'homme : construire sa propre maison dans un petit lieu balnéaire. Ce lieu, qui pourrait s'appeler le trou du cul du monde, n'est que peu habité et, de surcroît, presque seulement par des hommes. Des hommes qui s'ennuient et rechignent à la tâche parce que prêtant main forte à David ils jugent que l'argent que le père doit apporter n'arrive pas assez vite. Pourtant, frustrés déjà de tout, et surtout de sexe, ils iront jusqu'au bout de la construction, l'occasion pour nous d'accompagner ces existences en pointillés, perdues dans les joints ou les champignons hallucinogènes partagés ou vendus, et les accords d'une guitare usée jusqu'à la corde, un instrument de musique comme le dernier vestige d'un espoir de lendemain souriant. Danser sur la plage, tout casser et tout reconstruire, se menacer et s'aider, La Perrera, mot qui veut dire "Le chenil" mais aussi en espagnol "Une colère d'enfant", est un regard juste d'une campagne qui lorgne vers la ville mais est encore soumise aux usages de l'intérieur du pays, un "intérieur" très local, trop peut-être pour certains spectateurs éloignés des réalités d'un Uruguay qui n'est plus depuis longtemps ce que l'on appelait "La Suisse de l'Amérique Latine" bien avant la crise, mais qui pourra sûrement atteindre les spectateurs pour ce qu'il porte d'universel : c'est au fond l'ambition naïve d'un père autoritaire qui flaire dans sa démarche le début d'une grande construction, un complexe balnéaire dont on a du mal toutefois à imaginer un véritable avenir. C'est aussi le portrait filmé avec beaucoup de liberté et de sens du regard d'une jeunesse en marge parce que les valeurs ont changé, par un jeune réalisateur qui fut, il faut le signaler, assistant sur les très remarqués 25 Watts et Whisky des Uruguayens Pablo Stoll et Juan Rebella *. C'est ici la même production qui s'engage. Raisons suffisantes pour retrouver dans ce film l'intelligence et l'esprit cinématographique de ces deux longs métrages qui filaient aussi ces petits destins de marginaux englués. Ici David et ses "partenaires" du moment n'ont plus que leurs mains pour construire. Métaphore dont on vous laissera chercher le sens qui inonde tout ce film qui, bien entendu, au-delà d'une destinée unique, photographie avec acuité et sens du temps une terre et ses hommes, à travers le regard lumineux mais voilé par la tristesse d'un Pablo Riera porté par la vague d'un talent incontestable.

Michel MARX

*Juan Pablo Rebella est né en 1974 à Montevideo, Uruguay. Il fut co-scénariste et co-réalisateur de 25 watts en 2001 et de Whisky en 2003. Il s'est suicidé ce 6 juillet 2006. Selon le journaliste uruguayen Gerardo Minutti : " C'était un jeune très connu et talentueux. Cela représente un coup énorme pour une génération, et pour la culture uruguayenne". Nous partageons son opinion.

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