La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : La sagrada familia de Sebastián Campos

La sagrada familia de Sebastián Campos

(Drame chilien réalisé par Sebastián Campos - Année de production : 2005 - Date de sortie : 24 Janvier 2007 - Durée : 1h 39min.)

Avec : Marco : Nestor Cantillana - le père de Marco : Sergio Hernandez - Soledad : Coca Guazzini - Sofía : Patricia López - Rita : Macarena Teke - Aldo : Mauricio Diocares - Pedro : Juan Pablo Miranda

Directeur de la photographie : Gabriel Díaz et Sebastián Campos
Compositeur : Javiera & Los Imposibles
Monteur : Sebastián Campos
Directeur artistique : Antonia Hernandez
Costumière : Carolina Espina
Assistant réalisateur : Paula del Fierro
Ingénieur du son : Patricio Munoz

Scénariste : Sebastián Campos
Producteur : Úrsula Budnik
Coproducteurs : Logo Retaguardia, Andrés Waissbluth et Christian Jimenez
Producteurs exécutifs : Úrsula Budnik et Antonio Ballestrazzi
Distribution : Epicentre Films, France
Attachée de presse : Isabelle Buron

Grand Prix Rencontres Cinémas d'Amérique Latine de Toulouse 2006
Prix FIPRESCI aux Rencontres Cinémas d'Amérique Latine de Toulouse 2006
Prix SIGNIS au Festival International de Cinéma Indépendant de Buenos Aires (BAFICI) 2006

La sagrada familia

Dans une fort jolie maison suspendue au-dessus de la mer où tout devrait confortablement se dérouler, une famille chilienne traditionnelle, catholique et bourgeoise, paresse durant la Semaine Sainte. Il y a le père, architecte qui aime bien le vin et a une vision de son métier plus pragmatique que celle de son fils. Son fils, Marco, architecte en début de carrière aux regards encore adolescents qui, lui, est très inspiré par Gaudi (d'où le titre du film). La mère, lente et pleine de la lâcheté de sa classe qui se cache derrière un ton démagogique, repousse sans cesse un départ pourtant nécessaire pour soulager la peine d'une amie qui vient de vivre un drame. Seulement voilà, Marco leur a présenté Sofia, sa petite amie, intellectuelle révoltée contre les principes chrétiens, comédienne de théâtre qui prépare le rôle d'Ophélie. Et l'épouse du vieux beau se sent encore moins pressée de partir, puis part, puis ce qui devait arriver arrive. Sofia fait prendre conscience à chacun des deux garçons - le père et le fils - de la réalité de leurs solitudes. En contrepoint, une ancienne amie de Marco est muette - en tout cas tant qu'elle ne décide pas qu'il est utile de parler - et un couple homosexuel est de passage. Il y a tout dans cet échantillon, le bien y est représenté comme le mal, le bonheur comme la jalousie, l'amour comme la déchirure, l'authenticité comme la trahison, le précipice de toutes les falaises, celles qui suplombent la mer comme celles qui narguent les sentiments. Car si la nature est plus belle que les hommes, elle est tout aussi violente, et très présente dans ces images qui semblent volées et cahotiques, résultante d'une caméra à l'épaule et du choix de l'improvisation, tournées en trois jours - ce qui n'est pas forcément gage de puissance même si l'auteur s'explique en long et en large dans les dossiers de presse sur ce choix qu'il a fait pour son premier long-métrage. Un long-métrage aux ambitions un peu limitées pour le public français qui retrouvera là la révolte des années 70, Patricia López reprenant la fonction du Terence Stamp de Théorème. Sauf que Sebastián Campos n'est pas Pasolini et que la critique sociale est dans La sagrada familia assez plate. On s'ennuierait presque s'il n'y avait le talent d'acteur de Sergio Hernandez, si vrai que l'on a la sensation d'avoir déjà connu ce personnage, ce père déçu, encore séduisant, rival d'un fils en pleine construction (la preuve, il porte un plâtre, avant de les essuyer !). La jeune femme est insupportable - c'est son rôle : lascive, sûre d'elle, hystérique, prônant l'hédonisme. Les homos s'engueulent, la muette sensuelle observe, le fils, sensuel aussi mais retenu, souffre et erre avec sa jambe plâtrée pendant que le père, pathétique, retrouve de l'ardeur et se met à oublier Dieu ... Du beau monde, on l'aura compris, l'argent ne fait pas le bonheur et les charpentiers construisent moins bien leurs vies que leurs maisons ! C'est bien sûr un portrait critique d'une société que nous connaissons mal ici, n'ayant pour beaucoup du Chili que le souvenir d'une dictature, d'un passage à gauche il y a peu, d'une cuisine relevée et d'un vin qui concurrencerait presque le goût français. Mais le Chili c'est autre chose nous dit Sebastián Campos. C'est une société en pleine mutation qui cherche ses repères, c'est une génération en crise, une crise des valeurs qui nous paraît dépassée en Europe mais doit être replacée dans son contexte si l'on veut s'attacher à cette histoire. Certains verront peut-être dans cette tentative d'approcher au plus vrai un psychodrame représentatif un courage de cinéaste. D'autres auront du mal à accepter ce ton discordant, reflet d'une discorde familiale finalement banale. Reste que l'affrontement d'un père et d'un fils est tout de même un beau sujet. On regrettera cependant que l'auteur ait donné tant d'importance à ce fléau de Sofia et se soit débarrassé à bon compte de cette gênante épouse, sans l'absence de laquelle... tout aurait été différent. L'ange exterminateur fatigue autant le spectateur que ce microcosme auquel elle s'attaque, dotée d'un pouvoir symbolique auquel on ne croit qu'à moitié, et d'une séduction un peu lourde (même si ça marche parfois) et que ça finit par faire mal, très mal, comme dans un bon polar. Le réalisateur est-il si sûr que tourner en trois jours et sur la base de l'improvisation n'était pas donner justement trop d'importance à ses personnages et à ses acteurs narcissisés par ce principe, qu'une mise en scène plus sélective auraient rendus plus convaincants ? Car le cinéma est un médium qui, par le principe du négatif, réclame l'inversion : le faux sonnera vrai, le vrai ne sera pas crédible. C'est sûrement l'écueil de cette décision qu'il met pourtant en avant avec une certaine prétention : aller vite, faire confiance à la crise intériorisée des acteurs-personnages, tout miser sur le concept. Alors de beaux moments semblent lui échapper, ou être volontaires, c'est vrai. Le mal-être langoureux touche parfois. Il reste après avoir vu le film quelques belles images et un goût de réalisme palpable. Mais il aura fallu de la patience au spectateur pour ne pas qu'il s'insurge contre un principe dont il se sent otage du début à la fin et qui fait de ce film davantage une expérience personnelle qu'un bel ouvrage.

Michel MARX

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