La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : La terre abandonnée de Vimukthi Jayasundara

La terre abandonnée de Vimukthi Jayasundara

(Titre original : Sulanga enu pinisa - Film français, sri-lankais - Année de production : 2004
Sortie en France : 25 janvier 2006 - Durée : 1h 48min)

Avec Mahndra Perera (Anura), Kaushalya Fernando (Somá), Nilupili Jayawardena (Latá), Hemasiri Liyanage (Piyasiri), Saumya Liyanage (Palitá), Pumidika Sapurni Peiris (Battí)

Scénario : Vimukthi Jayasundara
Directeur de la photographie :Channa Deshapriya
Ingénieur du son : Guillaume Leriche
Animation et effets visuels : Olivier Poujaud
Producteur exécutif : Chandana Aluthge
Coproducteur : Michel Reilhac
Chef monteur : Gisèle Rapp-Meichler
Mixage : Nicolas Naegelen
Monteur son : Franck Desmoulins

Producteur : Philippe Avril
Production : Les Films de l'Etranger, France - Arte France, France - Onoma International , France -
Unlimited, Allemagne
Exportation/Distribution internationale : Onoma International, France

Abbas Kiarostami et Milla Jovovich ont décerné la Caméra d'Or ex-aequo à Sulanga Enu Pinisa (La Terre Abandonnée) de Vimukthi Jayasundara, présenté dans la section Un Certain Regard, et à Me and You and Everyone we Know (Toi, Moi et tous les Autres) de Miranda July, présenté dans le cadre de la Semaine Internationale de la Critique.

La terre abandonnéeVimukthi Jayasundara est né au Sri Lanka en 1977. Écrivain, critique de films et scénariste, il a été formé à la réalisation à l'Institut du Cinéma et de la Télévision de Pune, en Inde. Après avoir réalisé "The Land of Silence", un documentaire sur les victimes de la guerre civile sélectionné dans plusieurs festivals (Marseille, Rotterdam, Berlin), il a obtenu une bourse d'études en France et intégré l'Ecole d'Art du Fresnoy avant d'être résident à la Cinéfondation du Festival de Cannes en 2003. "Dieu est absent mais le soleil se lève encore sur une maison isolée entre deux arbres, en terre abandonnée", ainsi résume-t-il son film qui nous laisse pétrifiés d'angoisse tant le silence est lourd, l'image époustouflante, les enjeux quasi mystérieux. Des paysages suspendus dans un univers de juste après-guerre civile (opposant le gouvernement à la guerrilla tamoule) presque vide d'âmes et où la nature répond par la même aridité, la présence de la mer ne semblant laver de rien. Ouverture métaphorique d'un film très esthétique qui évoque une renaissance salie par la boue : une main surgit de l’eau, suppliant qu'une aide arrive. Et puis, c'est une maison où l'on ne parle même plus de confort tant tout est rudimentaire, dans laquelle vit dans un silence difficile un couple (Anura, l'homme, Lata la femme), leur fille (Batti) et la soeur de l'homme (Soma), qui est gardien d'on ne sait quel camp (un tank fait tourner près de là son canon sans jamais tirer), garde symbolique d'un lendemain de menaces qui pointent encore. Car en effet, des militaires sans vergogne ni raison hantent toujours cet espace où son fusil paraît dérisoire face à leur nombre et à leur détermination. Leur détermination c'est de lui faire faire le sale boulot, achever un prisonnier dont la tête est recouverte d'un sac, à la manière forte, bien éloignée de certaines conventions qui ne semblent pas être de rigueur dans ce sol floué où le sang a coulé et va couler encore sous nos yeux. Après cela, ils abandonnent leur "exécuteur" nu et trempé, qui doit faire le chemin du retour dans la tenue d'Adam, réduit à une plus grande faiblesse encore que celle à laquelle nous assistions depuis le début. Pendant ce temps, sa soeur est témoin d'un meurtre plus symbolique, car il est moral, mais tout aussi meurtrier puisqu'il entraînera cette soeur vers un point de non retour. Le suspense est donc possible dans le choix d'un traitement poétique, griffé par les marches absurdes en ce désert sans témoins des soldats de la garnison qui semblent porter le fardeau d'un non-sens obligé, celui des guerres fratricides où le désir demeure. Un désir qui inonde chaque image, avec, pour seule réponse, comme dans les plus beaux films de Satyajit Ray, à qui l'on se met à penser, même si le réflexe serait de comparer cette cinématographie à celle, justement, de Abbas Kiarostami qui lui a remis son prix cette année, au croisement de ces regards sur le monde meurtri, l'innocence de l'enfance, par les paroles et le regard de la petite fille, et la sagesse des anciens, celle d'un gardien sans âge, dont la peau est aussi ridée que les expériences éternelles, sources des douloureuses légendes, ici racontée par lui : celle d'un bossu qui brûle et brûle encore.

Michel MARX


Accueil | Copyright | Contact | ©2005 Michel Marx