La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : La vie des autres de Florian Henckel von Donnersmarck

La vie des autres de Florian Henckel von Donnersmarck

Film allemand - Titre original : Das Leben der Anderen - Genre : Drame - Année de production : 2006 - Date de sortie : 31 Janvier 2007 - Durée : 2h17min.)

Scénario et réalisation : Florian Henckel von Donnersmarck

avec : Le ministre Bruno Hempf : Thomas Thieme - Christa-Maria Sieland : Martina Gedeck - Hauptmann Gerd Wiesler : Ulrich Mühe *- Georg Dreyman : Sebastian Koch - Anton Grubitz : Ulrich Tukur - Paul Hauser : Hans-Uwe Bauer - Benedikt Lehmann : Ludwig Blochberger - Karl Wallner : Matthias Brenner - Einsatzleiter : Werner Daehn - Frau Meineke : Marie Gruber

Directeur de la photographie : Hagen Bogdanski
Compositeur : Stéphane Moucha et Gabriel Yared
Monteuse : Patricia Rommel
Chef décoratrice : Silke Buhr
Costumière : Gabriele Binder

Producteurs : Quirin Berg et Max Wiedemann
Coproducteur : Florian Henckel von Donnersmarck
Distribution : Océan Films, France
Attachée de presse : Eva Simonet

Meilleur film allemand de 2006. Prix du meilleur film, du meilleur scénario et du meilleur acteur lors de l'European Film Awards. Prix de la meilleure mise en scène, du meilleur acteur, du meilleur second rôle masculin, de la meilleure photo, des meilleurs décors et du meilleur scénario lors de la cérémonie des German Awards. Prix Satyajit Ray au London Film Festival. Prix du public lors des festivals de Locarno, de Vancouver, de Varsovie et de Pessac en 2006. Oscar 2007 du meilleur film étranger . Clef d'Or pour la musique originale de Gabriel Yared et Stéphane Moucha au Festival d'Auxerre de 2006.

* L'acteur Ulrich Mühe est mort , à l'âge de 54 ans, des suites d'un cancer, le 22 juillet 2007.


la vie des autresDe la pure fonction de la fiction ou de la traversée du mur : Premier long-métrage d'un réalisateur de 33 ans qui a gardé dans sa mémoire émotive le souvenir de ses passages du mur quand, avec ses parents, il allait rendre visite à des amis de l'Est, et qu'on les regardait, parce qu'ils venaient de l'Ouest. Cette peur, de la première à la dernière image de ce film magnifique, il nous la transmet, soutenu dans sa mise en scène impeccablement maîtrisée par la musique étouffante des brillantissimes Gabriel Yared et Stéphane Moucha. La vie des autres est le premier film à avoir reçu l'autorisation de tournage dans les locaux de la Stasi, Ministerium für Staatssicherheit, « Ministère pour la sécurité d'État » en français, service de police politique, de renseignements, d'espionnage et de contre-espionnage du régime communiste de la République démocratique allemande (RDA) créé en 1950 et qui siégeait sur la Normannenstrasse à Berlin-Est. 17 prisons et 286 000 agents, une partie officielle, une autre non officielle. L'arme principale : la destruction psychologique et non la torture physique. Celui ou celle qui était soupçonné, mis sous surveillance, puis arrêté, avait le choix de collaborer ou voyait sa carrière, ses études, selon le cas, clos. Une organisation qui tomba en même temps que le mur de Berlin, la nuit du jeudi 9 au vendredi 10 novembre 1989, suivi par l’ouverture immédiate des dossiers. Cette atmosphère démente, ce contrôle diabolique, permanent et étatique, Florian Henckel von Donnersmarck ne manque à aucun moment de talent pour nous la représenter, dans un scope aux implacables géométries. L'histoire se passe en 1984, en Allemagne de l'Est, on l'aura compris, et s'attache aux destins d'un dramaturge honnête, Georges Dreyman, et de sa compagne, sensuelle, sensible, inquiète et dépendante de médicaments... la comédienne de théâtre Christa-Maria Sieland. Celle-ci a le malheur d'être convoitée par le ministre de la Culture Bruno Hempf qui sait la soumettre et se met en tête de se débarrasser de Dreyman. Mais comme il n'a rien à lui reprocher politiquement, il faudra bien lui trouver quelque chose. Ce quelque chose, ce sera à un agent de la Stasi à la vie lisse et solitaire, l'obéissant Wiesler, de le trouver, suite aux ordres d'un intermédiaire, son ancien camarade de faculté, le lieutenant supérieur Grubitz, qui voit dans cette affaire une possibilité d'avancement. Mais ce que découvre Wiesler n'est pas exactement ce que l'on attend de lui, un casque d'écoute sur les oreilles, planqué officiellement dans les combles de l'immeuble où vit le couple dont l'appartement est bardé de micros et de caméras. Ce qu'il découvre fait la beauté du film, sa grandeur, son humanisme, Wiesler trouve par sa propre et immobile traversée du mur, dans ce monde qui n'est plus celui de sa banlieue grise mais de l'art et de la conscience du monde, le sens de la bonté. Il en paiera le prix, un prix partagé avec ses victimes désignées. Mais rien de spectaculaire, au sens d'une complaisance qui aurait pu être le risque d'une telle tentative filmique. Non, c'est dans une grande dignité que le réalisateur pourtant jeune sait avec maturité, intelligence et brio emmener tous ses personnages, et nous toucher, jusqu'au dernier moment dans cette oeuvre sur le sacrifice. Alors on aura pensé bien sûr à d'autres films, et non des moindres : au Dernier métro où Truffaut savait de la même façon décrire les coulisses du théâtre et la délicate position de celui qui écoute la vie des autres, quand les autres lui sont si proches; où il traitait aussi des mécanismes de défense contre l'oppression et l'obscurantisme, de la tromperie tolérée et du silence, qui est une force aussi, quand il est le vecteur de l'intelligence de l'âme. A William Styron adapté par Alan J. Pakula dans Le choix de Sophie parce que Stingo, l'écrivain témoin de la passion d'un couple, allait s'immiscer dans leur vie par fascination. Deux drames dans l'ombre d'une Allemagne d'une autre époque non sans rapport direct avec celle de La vie des autres. Au film d'Éric Rochant, Les patriotes, pour la même observation méticuleuse de Services Secrets et le clin d'oeil humain dans un système pourtant si strictement déshumanisé. A Dogville, pour la topographie bouleversante de l'intimité des autres (ce qui est la pure fonction de la fiction) rendue transparente par un dispositif faisant aussi référence à « l'effet de distanciation » selon Bertold Brecht. Mais La vie des autres ne plagie pas, et au contraire s'ajoute, plein de terreur et d'amour, à cette liste que l'on pourrait dresser des grands films sur l'espionnage et sur le brin de paille qui dans les mécanismes les plus fiables sait donner de l'honneur à l'homme, parfois au plus petit de tous, au plus facilement méprisable parce qu'il n'est que le maillon faible de la chaîne du pouvoir, l'outil. Brillante distribution, rythme parfait, intrigue d'une efficacité sublime. Fait rare, dans la salle de banlieue (pas si grise que celle de Wiesler...) où j'avais suivi, haletant, ce film aux nombreuses récompenses méritées, les spectateurs ont applaudi au final, comme au théâtre. Preuve que le réalisateur avait atteint son but, nous avions cru, moi y compris, que nous avions en effet partagé le désespoir et l'angoisse de ces gens d'un sombre théâtre, soumis à un régime qui n'avait su que les narguer, ou les anéantir. Nous avions cru, ou compris, que les autres, c'était nous... Alors c'est le même mot qui nous vient que celui prononcé par le bibliothécaire qui, quelques années plus tard, apporte à Georges Dreyman la pile impressionnante d'archives de la Stasi le concernant : Chapeau !

Michel MARX

Message d'une internaute : "J'ai vu La vie des autres, quel beau film, les couleurs, la musique… l'acteur qui joue l'espion est vraiment bouleversant, mélange d'enfant et de machine. Tu as remarqué la question qui ouvre le film? (et qui est la question du film, à mon avis) : "Un homme peut-il changer?". L'auteur le croit, contrairement aux monstres de la Stasi, et c'est très beau." S.R.

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