La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : La visite de la fanfare de Eran Kolirin

La visite de la fanfare de Eran Kolirin

Film israélien - Titre original : Bikur Ha-Tizmoret - Comédie - Année de production : 2007 - Date de sortie : 19 Décembre 2007 - Durée : 1h 26min.

Écrit et réalisé par Eran Kolirin

Interprètes :
Tewfiq : Sasson Gabai
Dina : Ronit Elkabetz
Haled : Saleh Bakri
Simon : Khalifa Natour
Camal : Imad Jabarin
Iman : Tarak Kopty
Fauzi : Hisham Khoury
Makram : François Khell
Saleh : Eyad Sheety
Papi : Shlomi Avraham
Itzik : Rubi Moscovich
Avrum : Uri Gavriel
Iris : Hilla Sarjon
Léa : Ahouva Keren

Directeur de la photographie : Shai Goldman
Compositeur : Habib Shehadeh Hanna
Monteur : Arik Lahav Leibovitz
Chef décorateur : Eitan Levi
Costumier : Doron Ashkenazi
1er assistant réalisateur : Yochanan Kredo
Ingénieur du son : Itai Eloav
Directeur du casting : Orit Azoulay

Producteurs : Ehud Bleiberg, Koby Gal-Raday, Guy Jacoel, Eylon Ratzkovsky, Yossi Uzrad

Distribué par Sophie Dulac Distribution (sddistribution@wanadoo.fr)

Presse France : Laurette Monconduit et Jean-Marc Feytout
17/19, rue de la Plaine, 75020 Paris, France - Tél. : +33 1 40 24 08 25 – Fax : +33 1 43 48 01 89
lmonconduit@free.fr

1er prix du 24ème festival international de Jérusalem (2007) - Meilleure actrice Ronit Elkabetz - Meilleur acteur Sasson Gabai.
Cannes 2007 : Prix de la critique Internationale - Prix de la Jeunesse - Coup de Coeur d'Un Certain Regard.
European film Awards 2007 (20ème édition) : Sasson Gabbaï (interprète de Tewfiq) prix du meilleur acteur. Le réalisateur, Eran Kolirin, Prix Fassbinder de la Découverte européenne.
Louve d'Or récompensant le meilleur long métrage au 36e Festival du nouveau cinéma de Montréal (2007).
Rencontres Internationales de Cinéma de Paris 2007 : Grand Prix du Public - Prix Nouveaux Regards
Festival de Munich 2007 : Prix du Public

La visite de la fanfarePenser simple c'est comme filmer simple, c'est parfois le plus difficile. Et pourtant Eran Kolirin, pour ce premier long-métrage de fiction, y parvient avec un talent évident, qui évide et propose : les sentiments humains qui passent à travers ce que le silence permet quand les regards parlent. Dans les regards il y a en premier lieu celui ravageur et ravagé, splendide, empli d'énergie, de féminité et de révolte sensuelle à la recherche de changement de Ronit Elkabetz (star israélienne, réalisatrice d'un très beau premier long-métrage en 2005 : Prendre femme), ici Dina, qui signifie la loi en hébreu. Dans la Bible, Dina, dernière enfant de Léa et Jacob, venue après douze frères qui vont former les douze tribus d'Israël, est violée par un prince d'une ville voisine et ses frères en tuent tous les habitants. Le film n'y fait pas référence mais ne faut-il pas saisir dans cette relation au nom que le vide qui pèse sur la petite ville où tombe par erreur la fanfare de la police egyptienne venue représenter l'Egypte lors de l'inauguration d'un centre culturel voisin est l'écho de la solitude de Dina ? Sans doute, en tout cas il nous est permis de nous interroger sur l'idée que le désert où le hasard nous projette - et laisse le temps d'une nuit cette formation musicale dont on va suivre chacun des membres dans ce qu'il a de plus charmant et de plus triste comme autant d'autres regards très justement suivis par une caméra attentive - est aussi celui de ces âmes qui vont tenter de s'approcher, de se comprendre, de remplir le temps en y laissant se glisser quelques vérités vertigineuses : un passé chargé pour tous, qui les a fait ce qu'ils sont, des êtres humains qui remplissent leurs fonctions. Dina, patronne d'un restaurant engageante et maladroite envers elle-même, Tewfiq directeur de la fanfare si digne qu'on se demande bien entendu ce qu'il ne veut pas montrer, et on le découvrira, Khaled un des musiciens, séduteur invétéré qui subit les reproches de ce chef et en est pourtant le pendant complice, une sorte d'opposé indissociable... et tous les autres, avec leurs espoirs de mieux, leur petite folie, et leur ennui qui ajoute au silence (de la parole) et n'est pas sans rapport non plus avec les choix musicaux un peu particuliers et plus fins qu'il n'y paraît au début que leur formation semble balader de lieux en lieux, porteuse d'une responsabilité diplomatique, qui n'en fait pas des baroudeurs mais des sortes de voyageurs tirés à quatre épingles qui, derrière leurs costumes, sont des gamins généreux ou perdus, selon les circonstances, selon qu'on les écoute ou qu'on les entend, selon qu'on les accueille et ce que l'on fait d'eux. Et c'est ici toute l'humanité de ce film sur la solitude et la rencontre, sur les fermetures chroniques et les ouvertures possibles, pour employer des termes musicaux car c'est bien d'une partition qu'il s'agit, et tant de films sur la musique sont ratés qu'il faut ici saluer l'intelligence de la portée narrative... et la référence pleine d'âpre et douce nostalgie à Chet Baker, autre solitude. Comédie, film à sketches dans la tradition souvent du pur burlesque italien, grande liberté dans le traitement, plans larges et soudain l'angle violent des creux et des pleins d'un visage, mouvement d'une bouche où le sens de la vanité déforme les jolis démarrages, déhanchement provocateur mais suspendu dans la pauvreté des relations que les villes engendrent, La visite de la fanfare est bien entendu aussi une réflexion sur la rivalité, la notion d'ennemi, guerres internes métaphoriques du conflit qui éloigne les deux pays et, le temps d'un film, invite à la rencontre. Voici pourquoi faire simple est difficile. Il aura sûrement fallu pour l'auteur passer par des chemins créatifs fort subtils pour ainsi nous prendre à revers et faire en sorte que les silences parlent, que tout soit dit dans les aspérités qui forment comme le chemin vers le point imperceptible et pourtant magique de la paix. Et pas de naïvetés ou de facilités, pas de happy-end ou de résolution fictive, la fanfare part comme elle est venue, quelques signes de mains, aussi timides que délicats contenant tout le sens du tremblement fragile qu'aura représenté ce passage, laissant comme une trace dans le vent et le sable. Seul un amoureux transi qui attendait un appel devant la cabine téléphonique, signe du lien qui est comme le refrain iconique de ce petit bijou d'histoire, connaîtra l'apaisement, mais pour combien de temps ?

Michel MARX


Site officiel du film : www.sddistribution.fr/

 

Accueil | Copyright | Contact | ©2007 Michel Marx