La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Le temps de l'aventure de Jérôme Bonnell

Le temps de l'aventure de Jérôme Bonnell

Sortie salle ; 10 avril 2013
Durée : 1h 45min
Comédie dramatique française
Écrit et réalisé par Jérôme Bonnell

Interprètes ;
Emmanuelle Devos : Alix
Gabriel Byrne : L'homme
Gilles Privat : Rodolphe
Aurélia Petit : Diane
Laurent Capelluto : Olivier
Jean-Charles Clichet
Sébastien Pouderoux
Eddie Chignar

Chef décoratrice : Anne Bachala
Chef maquilleur : Barbara Schneider
Chef coiffeur : Ainhoa Eskisabel
Directeur de la photographie : Pascal Lagriffoul
Chef monteur : Julie Dupré
Ingénieur du son : Laurent Benaïm
Monteur son : Julie Brenta
Mixage : Emmanuel Croset
Chef costumier : Carole Gérard
Directrice du casting : Isabelle Ungaro
Scripte : Christine Catonné-Raffa
1er assistant réalisateur : Guillaume Huin
Directeur de production : Diego Urgoiti-Moinot
Directrice de post-production : Mélanie Karlin
Directrice de post-production : Eugénie Deplus

Attachée de presse : Marie-Christine Damiens

Producteur : Edouard Weil
Production : Rectangle Productions
Coproduction : Scope Pictures
Distributeur France (Sortie en salle) : Le Pacte
Coproduction : Element Pictures
Coproduction : Alvy Distribution
Coproduction : France 3 Cinéma

Le temps de l'aventure

En général une critique se doit de raconter l'histoire, au moins un peu. Alors voilà, un homme ne répond pas à sa compagne au téléphone, il s'appelle Antoine, elle s'appelle Alix. Il est Parisien, elle comédienne à Calais, mais pas à succès, lui technicien son sur des documentaires vaguement sociaux-institutionnels.

Une carte de crédit ne fait pas de cadeau parce que le compte est à découvert, une batterie de portable est à plat, une femme qu'on ne connaît pas va être incinérée, une soeur est jalouse et fait du mal tout en niant qu'elle le fait exprès, un prof de littérature venu d'Angleterre qui a plein d'enfants et un âge un peu plus avancé que l'héroïne à la carte muette sent le regard parlant de la jeune femme dans le train... et quelque chose de l'immobilité que Jérôme Bonnell filme avec une acuité, une humanité et une justesse impressionnantes, va être remis en question.

Le temps d'une parenthèse, d'une chambre d'hôtel, de deux besoins qui se rencontrent. Mais dire deux besoins c'est déjà mettre des mots explicatifs et limitatifs sur une histoire qui est bien plus troublante, à la fois simple et insoluble, suspendue justement et limitée seulement parce que la normalité, comme un poteau en pleine poire, cherche bien sûr à enrayer le rêve. Parce que la vie est comme ça, parce que les garçons de café sont souvent des cons, et que le film n'hésite pas à le montrer, parce que le jour de la fête de la musique est assourdissant, et le film n'hésite pas à le montrer non plus, quand, comme chez Jacques Tati, le monde aux apparences enchantées se présente avec son bon droit comme un obstacle. Histoire romantique et sexuelle aussi, mais surtout romantique, une vraie lumière sur deux acteurs époustouflants - Emmanuelle Devos bouleversante et magnifique, Gabriel Byrne, être contenu aux yeux de braise, filmés avec amour, elle cherchant ses mots en anglais, lui ayant décidé depuis longtemps, pour des raisons secrètes, d'oublier le français. Excellente idée que ce soit un homme d'ailleurs que rencontre Alix, parce que c'est cet ailleurs qui lui manquait, cet au-delà des balises, du travail, de la famille, de la société, du destin.

Parce que l'amour qui passe entre eux c'est aussi l'amour que le réalisateur porte à ses personnages, les deux principaux bien sûr, gros plans qui en disent long, une vie peut être longue dit Alix, dont les répliques sont d'une intelligence incisive et sincère, poignantes et drôles aussi, l'humour on le sait l'élégance du désespoir, et brillamment accompagnées par celles de cet homme chic, vrai, délicat, qui lui, mieux qu'Antoine, sait répondre à cette demande de quelque chose de simplement beau, sans explication, sans marchandage. Parce que c'est peut-être le vrai sujet du film : est-ce que le rêve ne commence pas juste à la frontière où cesse le marchandage ? Amour aussi, ou plus exactement compassion pour les personnages secondaires et, il faut le noter car c'est rare, pour les figurants, ceux du métro qui filent le vertige à Alix, comme cela nous arrive à tous, de ne plus pouvoir supporter l'affront du quotidien qui réclame que l'on s'y plie, qu'on se plie à ses horaires, à ses contraintes, que l'on vive plié, une main tendue vers nous parfois, mais jamais bien longtemps.

Et la classe absolue de ce film est que remuant, on l'aura compris, des questions essentielles et profondes sur le rapport à la solitude, il ne se départit jamais de l'humour également personnel et subtil de Jérôme Bonnell, un réalisateur qui est traversé de la première seconde jusqu'à la fermeture du film, qui n'est peut-être pas une fermeture absolue, par la conscience du dérisoire quand il devient l'essentiel. "Le temps d'une aventure", je pense qu'on l'aura compris, n'est pas le film à rater avec ce retour des beaux jours... car si les beaux jours passent vite la carrière de cinéaste de Jérôme Bonnell ne craint aucun nuage. Il a la maîtrise de l'oeil, du récit, de la mise en scène, il donne avec ses acteurs un grand film d'amour.

Michel MARX

 

Bande-annonce :

LE TEMPS DE L'AVENTURE - Bande-annonce par lepacte-distribution



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