La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Le Petit Peintre du Rajasthan de Rajkumar Bhan

Le Petit Peintre du Rajasthan de Rajkumar Bhan

(Inde - Titre original : Darpan ke peechhe - Année de production : 2005 - Sortie France: 10 Janvier 2007 - 1h28 / 35 mm / couleur)

avec :
Sulabha Deshpande (la grand-mère),
Omkar Lele (Anirudh),
Nandu Madhav (Aniketh),
Seetharam Panchal (le peintre),
Maithili Zaokar (Malati),
Ram Kapoor (le grand-père)

Scénario: Rajkumar Bhan
Image : Jogendra Panda
Son : Manas Choudhury
Décor : Alok Haldar
Montage : Aseem Sinha
Musique : Sanjeev Kholi
Costumes : Maghna Prem

Production : Marc Irmer, 1001 Productions / Rajkumar Bhan, RMI
Distribution : Eurozoom
Avec la participation du Ministère français de la culture, du CNC Fonds Sud, du Ministère des affaires étrangères

Le petit peintre du RajasthanAnirudh est un enfant unique (c'est le premier rôle de cet enfant choisi, et bien choisi, entre trois cents, par le réalisateur) élevé dans la ville de Poona, une des plus importantes villes-satellites du Sud de Bombay, par des parents très occupés. Le père est cadre moyen et, pour choisir une carrière, a renoncé aux valeurs de leur passé. Chaque jour il prend le train pour Bombay, située à 130 kilomètres de Poona. Quand des agitations secouent le pays, les parents de Anirudh l'accompagnent chez sa grand-mère paternelle (magiquement interprétée par la très grande actrice indienne Sulabha Deshpande), à Shekhawati, au Rajasthan, région du nord de l'Inde, et l'y laissent, le temps que le calme social revienne. De plus, le père doit se rendre en Angleterre et cette garde leur rendra service. La grand-mère accepte, non pour toutes ces raisons mais parce que Anirudh est son petit-fils et qu'elle a eu si peu l'occasion de le voir. Ce n'est pas une femme qui tergiverse. Elle a cette dignité qu'elle porte avec générosité, tendresse et rigueur. Anirudh ne tarde pas à découvrir l'art auquel s'était dévoué son grand-père : la peinture murale des Havelis, ces maisons décorées qui ressemblent à des palais anciens - les premières ont été construites au 18ème siècle - et sont au nombre d'une dizaine de milliers dans cette zone quasi dépeuplée. C'est de ce dépeuplement que nous parle le film - un film qui parle peu mais dit beaucoup, et de l'exode rural indien et de tous les exodes ruraux. La grand-mère apprend à Anirudh que son père laissa la région suite à une sécheresse qui en fit fuir beaucoup, mais qu'elle choisit de rester, malgré les conseils des proches, parce que la vie citadine n'était pas pour elle. Une femme exemplaire, bonne, simple et vraie, d'où sa profondeur, et qui présente à l'enfant un peintre voisin pour lequel elle prépare des couleurs. L'initiateur rencontre un enfant attentif, curieux, volontaire, et qui a sans doute hérité d'un talent familial. Mais Aniketh, le père, macho, et Malati, la mère, soumise - nouvelle génération régressive - reviennent le chercher comme reviennent les vagues, annonçant qu'ils s'installent à Bombay, balayant sur leur passage tout le sel de la tradition que l'enfant avait recueilli. Images magnifiques, temps suspendu, horizon offert, sourire des éléments. Un film pour enfants - conseillé à partir de huit ans - mais destiné tout autant aux adultes. On espère qu'il fera réfléchir les publics de ce monde car s'il n'est pas didactique, il est très riche en enseignements et en symboles sur la transmission. Il fait glisser, entre ces colonnades du désert et ces terrasses labyrinthiques, un message universel : seules les grands-mères sont modernes et nos ancêtres, quand le temps a passé, ne meurent pas mais partent vers une autre vie. Un premier long-métrage de Rajkumar Bhan, ce réalisateur doué, un puissant moment de cinéma dont on attend le succès.

Michel MARX

 






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